|
Le samedi est passé ; voilà un jour nouveau. C’est vrai, il commence d’une manière triste, aussi triste que l’est souvent notre vie. C’est une aube triste, auprès d’un tombeau. La tombe de Jésus n’est pas une tombe spéciale, c’est un tombeau aligné parmi les autres tombeaux d’hommes et de femmes. Il y a peut-être une tristesse de plus : dans ce tombeau, ce n’est pas uniquement le corps d’un ami qui est enseveli, mais aussi l’espoir d’un royaume nouveau qui avait enflammé ce petit groupe d’hommes que Jésus avait entraîné depuis la Galilée. Si le monde avait le courage de rester près des tombeaux ! Un sentiment d’angoisse le traverserait, un sentiment de peur, face à la mort de l’espérance, du futur. Il y a aujourd’hui des pays qui sont devenus de grands tombeaux, des cimetières de victimes souvent innocentes, à cause de l’oppression, de la violence, de la guerre. Devant ce panorama de mort, beaucoup d’hommes prennent la fuite, comme le firent les disciples de Jésus. Seulement trois femmes, écrit l’Évangile de Marc, s’arrêtent. La première, Marie Madeleine, est une femme un peu étrange : elle a été guérie de sept démons. L'autre Marie est la mère de Jacques et puis, il y a Salomé. Ce sont trois pauvres femmes galiléennes, qui ont suivi Jésus jusqu’à Jérusalem. Maintenant, perdues et secouées après les tristes évènements dont leur maître a été victime, elles n’ont plus qu’à se rendre au tombeau. À l’aube, elles étaient déjà là, se demandant comment entrer dans le sépulcre. Une lourde pierre, comme le sont les pierres qui écrasent la vie des faibles, fermait le tombeau. Mais, aussitôt arrivées, elles virent que la pierre avait été enlevée et elles virent un ange, vêtu de blanc, assis à droite. Elles furent saisies de peur, mais l’ange proclama l’Évangile de la résurrection : « N’ayez pas peur ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié. Il est ressuscité, il n’est pas ici ». C’est la première Pâques : pour une petite communauté de seulement trois pauvres femmes, étrangères et méprisées. Une fois encore, ce que Jésus avait dit s’accomplit : « La bonne nouvelle est annoncée aux pauvres, heureux celui qui ne scandalise pas à cause de moi ». C’est la première Pâques. Mais même si elle n’est que pour trois pauvres femmes, elle n’est pas un fait privé ; elle est pour tous les disciples : « Maintenant allez, et dites à ses disciples et à Pierre qu’il vous précède en Galilée ». Et à partir de là, les disciples auraient dû annoncer la résurrection à tous les hommes jusqu’aux extrémités de la terre. La résurrection est une annonce qui secoue toute la vie des hommes. Elle la secoue de fond en comble pour lui donner un nouveau visage, elle roule les pierres lourdes qui pèsent sur les cœurs des hommes pour les rendre libres, elle illumine l’obscurité qui assombrit l’existence pour manifester la clarté de la miséricorde. Celui qui ressuscite est le crucifié. Cet homme mort sur la croix est aujourd’hui revêtu de la puissance de Dieu. Et la croix qui exprimait l’impuissance, est devenue la puissance de Dieu dans le monde. C’est assez fréquent que dans la tradition iconographique des Églises d'Orient la croix porte, d’un côté, Jésus crucifié et de l’autre, Jésus ressuscité. Dans les apparitions, c’est le crucifié qui apparaît ressuscité, pour manifester la force de son amour pour nous : comme il avait été crucifié pour nous, ainsi il est ressuscité pour nous. C’est l’annonce que ces femmes reçoivent de l’ange, et qui provoque une grande joie et de la crainte. De la joie parce qu’elles pressentent que Jésus pourra rester avec elles, mais aussi la crainte de se trouver plongées dans le jour de Dieu. Et elles s’enfuirent loin du tombeau. Elles ne restèrent pas immobiles là où elles se trouvaient. La hâte les envahit. Oui, on ne peut pas hésiter face à l’annonce de la résurrection. Le temps presse ; pour annoncer la libération aux prisonniers du mal, à celui qui étouffe sous la méchanceté, à celui qui est esclave de l’orgueil et de la haine, à celui qui est écrasé par la faim et la guerre. Même trois pauvres femmes peuvent le faire. Elles justement, qui étaient méprisées et bien peu considérées, furent envoyées les premières pour annoncer l’Évangile. Et les disciples doivent aller en Galilée, à l’extrême périphérie d’Israël, où commence la région des païens : là, ils rencontreront le Seigneur ressuscité et de là ils partiront sur les routes du monde. La Galilée est l’immense banlieue pauvre du monde qui attend l’annonce d’une espérance ; mais c’est aussi peut-être le cœur de chacun de nous qui attend de voir le Seigneur. « Le Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité! »
|