Comunità di S.Egidio


01/02/2001
LE PRIX FELIX HOUPHOUET-BOIGNY POUR LA RECHERCHE DE LA PAIX 
A ETE REMIS A LA COMMUNAUTE DE SANT’EGIDIO
Discours de Louis Michel

Excellences, 
Mesdames et Messieurs,

Je voudrais d'abord féliciter Sant'Egidio et ses représentants ici même, en particulier le professeur Riccardi et don Matteo, et les assurer de mes sentiments amicaux. Je tiens également à féliciter le jury du Prix Félix Houphouët-Boigny pour la Recherche de la Paix, pour la pertinence de leur choix. Jusqu'il y a peu la guerre était synonyme de conflit international, mais les dernières décennies ont vu se multiplier les conflits ethniques, les conflits religieux, identitaires au sein même des nations. Ces crises nous ont obligé à repenser notre approche des conflits ainsi que les méthodes pour les prévenir et les résoudre. Dans le même temps, de nouveaux acteurs sont apparus sur la scène internationale et Sant'Egidio en est indiscutablement l'un de plus reconnus. Je ne veux pas rappeler à mon tour toutes les régions du monde où Sant'Egidio à été actif, mais vous ne serez pas surpris si je retiens surtout ses actions et ses réalisations en Afrique. Alors je veux vous dire que c'est aussi pour moi un motif de satisfaction que notre réunion cet après-midi soit également placée sous le signe de l'Afrique et rassemble tant d'amis sincères et engagés de ce grand continent.

Il est un autre aspect de l'activité de Sant'Egidio auquel nous sommes particulièrement sensibles. Je veux parler du dialogue interreligieux ainsi que du dialogue entre croyants et non croyants. Plutôt qu' à un conflit entre civilisations, je crois au dialogue entre les peuples et les cultures. Il y a quelques années le professeur Riccardi déclarait - et je cite - que "la droite raciste, xénophobe, lepéniste, exprime le village qui se ferme, non la ville ouverte. Ce n'est pas l'esprit d'une civilisation riche, qui connaît sa force, mais celui d'une province qui veut se clore. On ne fait pas - disait-il - de politique en se fondant sur la peur". Je peux sans réserve faire miens ces propos, ce dialogue humaniste, démocratique, respectueux, confiant, auquel Sant'Egidio contribue si bien et qui nous est aujourd'hui le plus nécessaire pour prévenir les crises d'un type nouveau auxquelles nous sommes de plus en plus confrontés.

Professeur, vous et vos amis, vous incarnez mieux que d'autres une conscience citoyenne, fondée sur l'engagement vigilant en faveur d'une société juste, généreuse et ouverte. Vous menez votre combat avec détermination mais avec mesure et pondération, sans l'entêtement agressif et souvent vain, qui caractérise trop souvent les luttes légitimes quand elles s'expriment de manière improvisée ou brutale. Vous portez pourtant en vous - je le sais, je le sens - l'inspiration de la révolte, de la saine révolte. Mais vous en canalisez si bien l'expression pour la transformer en progrès humain. Ceci confirme aussi la pertinence toujours actuelle de la démarche des pères fondateurs de l'Unesco pour qui c'est d'abord dans l'esprit des hommes que la paix doit se construire. Voilà pourquoi c'est pour moi un honneur et une joie de participer aujourd'hui à l'Unesco à la remise du Prix Félix Houphouët-Boigny pour la Recherche de la Paix à la Communauté Sant'Egidio. Je vous félicite et je vous remercie.