|
Malgré la disparition de Nathalie et Stacy, St-Léonard a voulu faire la fête et montrer sa richesse.
Interculturalité et convivialité au rendez-vous.
Certains qui ne faisaient hier que traverser le quartier n'ont vu que le côté noir: l'emplacement d'une prison, des entreprises fermées, des ateliers à l'abandon, des chiens tournant autour de réverbères. Le drame familial qui, à travers la disparition de deux petites filles, a drainé une meute de plumes et micros ne vivant que de misères humaines a alimenté cette image fausse et réductrice.
Il faut gagner la Citadelle -168 m au-dessus du niveau de la mer pour 68 à la Meuse- pour avoir une autre vision. Et se balader dans les ruelles, parfois un peu froides, pour humer la solidarité des familles africaines, parler avec les Méditerranéens à la recherche de ce soleil qui manque à leurs membres endoloris par le travail lourd, à leur souffle embué de silicose.
Si certains trouvent malvenu de faire la fête là où des familles sont en souffrance, d'autres veulent montrer une autre face de leur quartier. «Sant'Egidio (1), dit son responsable liégeois François Delooz, est actif depuis dix ans dans le quartier à travers l'Ecole de la paix, une école de devoirs pour enfants du quartier basée sur un projet d'éducation à la paix et par l'accompagnement d'ados et de personnes âgées. Il faut construire une culture du vivre ensemble.»
Président du comité des habitants de quartier St-Léonard, Jean-Marie Delhaye insiste sur l'activité qui a régné ici, à la porte de la Ville, avec la fabrication de locomotives, l'usine Vieille Montagne (zinc), la linière devenue Bedford après avoir abrité l'imprimerie de la Ville, les mines à côtés de la gare de Vivegnis où débarquèrent des milliers d'Italiens voici 60 ans avant les Espagnols, Grecs, Maghrébins et Africains. «Un quartier cosmopolite, dit-il, c'est le propre d'une ville.»
Des projets d'accueil de nouvelles entreprises se font jour à l'ancienne Brasserie Haecht ou par le biais de la Spi+, sur un terrain entre le quai et la rue Saint-Léonard, la plus peuplée de Liège avec 1 700 résidents.
Et la culture y foisonne à travers les centres culturels fondés par les immigrés avant que tout cela soit coordonné et la Maison des jeunes, la Bibi qui compte près de 35 printemps. On y trouve aussi 5 écoles primaires, du secondaire, beaucoup d'ASBL tournées vers l'informatique ou d'entreprises de formation par le travail. Cette culture éclata ce week-end en feu d'artifices. Danses, saynètes, musique, plaisirs des yeux, des oreilles et du palais. Carottes à la Tangéroise, beignets de Fès, chamborek - spécialité mésopotamienne - le disputaient au L'Raïf, crèpe marocaine, aux beignets de crevettes et de morues ou à la bière que la Tchéquie nous envie. Un couple de clowns bien de chez nous fit oublier que le soleil allait revenir, sans doute après la pluie, mais quand même...
(1) La Communauté Sant'Egidio, fondée à Rome en 1968, se base sur la prière et les relations d'amitié avec les plus pauvres des villes. Elle prône le dialogue entre religions et la résolution pacifique des conflits.
Thierry De Gyns
|