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30/10/2006 |
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Bruxelles – Bruxelles-Toussaint 2006 |
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Le chrétien, l’ami des pauvres
Le chrétien doit être présent au monde et il doit l’être d’une manière spécifique. Les domaines où le chrétien peut et doit agir sont légions : dans le domaine de la pauvreté et de l’exclusion, dans celui de la santé, dans le monde de l’handicap, dans l’accompagnement de la fin de vie, dans l’enseignement et bien d’autres… Comment être témoin du Christ dans tous ces lieux ? Comment rejoindre le monde à travers le Service ? Par son expérience et par les enseignements qu’il en a tirés, Andrea Riccardi, fondateur de la Communauté de Sant’Egidio est amené à guider notre réflexion. Depuis 1968, naissance d’une communauté La pauvreté, Andrea Ricardi la côtoie depuis longtemps, «Lorsque, dans l’ambiance de 1968, en ce mouvement de changement, mais aussi de tant de dérives tragiques, je suis tombé sur les paroles de Jésus dans l'Évangile de Matthieu au chapitre 25,40 («dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l'avez fait»), j'ai senti une invitation profonde à rencontrer ceux qui n'avaient rien à me donner en échange, les pauvres, qui semblent n'avoir rien à donner !». C’est à cette époque où le pauvre était considéré comme un problème social ou un fait sociologique, «commençait une histoire de connaissance rapprochée des pauvres, avec la Communauté de S. Egidio.» Avec elle, un autre regard se porte sur le pauvre, vu non plus comme un problème social ou politique, mais au sein d’une relation personnelle du chrétien: vous m’avez donné à manger, mais aussi j’étais malade et vous m'avez visité, prisonnier et vous êtes venus mevoir. «Il y a une consistance humaine et personnelle dans la relation avec le pauvre, que l’on découvre par l'expérience et la connaissance.» Andrea Ricardi se souvient des premiers pauvres qu’il eut l’occasion de côtoyer: des femmes, des enfants qui n’allaient pas à l’école, des personnes âgées, malades, d’autres handicapées; à propos des personnes handicapées, l’orateur saisit l’occasion de rappeler «le monde diversifié des handicapés, qu’une pratique diffuse de l’avortement est en train de détruire pour favoriser seulement ceux qui donnent toutes les garanties de naître en bonne santé.» En parlant des étrangers, on pense aux tziganes, autre peuple à la longue histoire de souffrance, «ce peuple différent qui n'a jamais eu de terre, ni de nationalisme et que nous supportons à peine à cause de sa manière énervante de cohabiter dans nos villes.». Comment s’approcher de ce monde? Par l’aide, certes, mais surtout, avec amitié. En effet, insiste le fondateur de Sant’Egidio, il s’agit de traiter les pauvres comme des amis ou des parents. «L'amitié nous ouvre à la connaissance du monde des pauvres, en tant qu’hommes et femmes, et non seulement à leurs besoins. Amis et parents: le lien de parenté amène aussi à assumer des aspects concrets de solidarité et d'aide, comme on le ferait avec un ami cher ou un parent.» Comment vivre l'expérience de Dieu? Sur ce point, la foi biblique ne crée pas un monde à part à côté de l’expérience quotidienne d’amour des hommes et des femmes de notre monde «mais elle accepte – dit Benoît XVI dans l’encyclique Deus Caritas est – tout l’homme, intervenant dans sa recherche d’amour pour la purifier, lui ouvrant en même temps de nouvelles dimensions. «Un monde qui n’est pas conscient de la valeur de l’amour glisse facilement vers un manque d’humanité.» Par manque d’humanité, il faut comprendre le mépris que nous avons des pauvres, par ce qu’ils semblent ne rien pouvoir donner en contrepartie de notre attention, n’ont pas de grande culture: ne sont pas attrayants, … Le mépris des pauvres est malheureusement monnaie courante dans nos mentalités, c’est un problème de toujours. Mais ce mépris «devient une œillère dans la vie quotidienne ; un mur lors des rencontres ; une gêne». Or nous avons tant à apprendre du pauvre, car s’il nous arrive de soutenir les pauvres, nous aussi, nous sommes soutenus par eux. «Voilà un vrai virage dans la connaissance des pauvres. Oui, les pauvres nous évangélisent. Ils nous donnent beaucoup. En premier lieu, ils nous rappellent notre faiblesse.» . «Les pauvres nous rappellent que nous sommes faibles et fragiles.» «Ils nous parlent de la vanité d'une vie renfermée dans nos milieux protégés.». Si l’amitié des pauvres nous évangélise en profondeur, cette évangélisation-là nous mène à comprendre les paroles du pape Benoît XVI dans l’encyclique Deus caritas est qui «sont une invitation pressante à avoir «un coeur qui voit», c’est-à-dire un coeur capable de se rendre compte de celui qui est en face de soi.». La relation avec le pauvre : L’aumône «On commence une relation avec le pauvre – semble-t-il bien – lorsqu’on donne. Aujourd'hui nous méprisons l'aumône. Certains soutiennent qu’il vaudrait mieux contribuer à développer les services sociaux. Je pense, commente Andrea Ricardi, que nous n'avons pas le droit de mépriser ce dont toutes les Écritures parlent, l'aumône, dont parlent aussi les grandes religions monothéistes comme le judaïsme et l'islam. Recommander l'aumône, ce n’est pas se décharger de sa responsabilité envers ceux qui ont besoin ; mais c’est au moins une invitation à s'arrêter, à regarder en face et dans les yeux le pauvre, à donner quelque chose de ce qu’on a.» «L'aumône, poursuit-il, c’est mettre un peu de pietas dans une vie sociale où elle manque considérablement.» Reprenant les propos de la récente encyclique du pape Benoît XVI qui affirment «avec force que l’amour est possible: «L’amour est possible, et nous sommes en mesure de le mettre en pratique parce que nous sommes créés à l’image de Dieu». C’est un grand espoir!». De là l’importance de l’éducation des jeunes dans laquelle il s’agit de faire une place à la connaissance des pauvres, parce que c’est un chemin de maturité. Il n’y pas de contradiction entre une vraie spiritualité, entre l’écoute de Dieu et l’amour pour les pauvres. Sans l’écoute de la Parole de Dieu, l’amour se refroidit ou devient une idéologie qui éloigne des pauvres et de leur réalité concrète. Trois réalités sont liées entre elles: Communauté, Eucharistie et Diaconie (service de la charité) des pauvres et des humbles. Dans notre monde globalisé, les pauvres lointains se sont faits proches. Nous ne pouvons donc rester indifférents. Conclusion S’inspirant du prophète Sophonie «cherchez l’humilité: peut-être serez-vous à l’abri au jour de la colère du Seigneur» (2,3), Andrea Riccardi en appelle, en conclusion, à une alliance entre les humbles et les pauvres «Ce n'est pas un fait sociologique. C’est une réalité à vivre chaque jour, en regardant dans les yeux le pauvre d’à côté, en se rappelant du pauvre éloigné. C’est une réalité que chaque chrétien peut vivre sur son chemin, sans éviter les yeux du pauvre, sans refuser d'écouter le gémissement qui vient de loin. C’est une réalité que chacun peut vivre avec un coeur humble, en restant humble. Parce que dans l'humilité grandit la fraternité avec les pauvres. C’est une alliance et une fraternité dont je me rends compte quand je lève mes yeux et je les tourne vers celui qui a été crucifié. Pauvre au milieu des condamnés à mort, humble de coeur, doux. Dans sa faiblesse, Il cache une force plus forte que celle des puissants de ce monde. En regardant vers Lui, nous serons sauvés. En regardant vers Lui, nous apprendrons à aimer tout le monde et particulièrement les pauvres. »
Andrea Riccardi
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