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24/06/2007 |
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Le titre de ce livre sonne comme un slogan électoral (très entendu récemment) ou éventuellement comme un créneau publicitaire. Loin de rester dans les promesses, Andrea Riccardi montre qu’il est possible aujourd’hui de « vivre ensemble ». Ce livre sorti chez Desclée de Brouwer vient compléter une bibliographique déjà intéressante sur la Communauté de Sant’Egidio ou sur les politiques de l’Eglise dans la prévention des conflits. Andrea Riccardi, historien du monde contemporain, a fondé la Communauté de Sant’Egidio en 1968, au lendemain du Concile Vatican II. Depuis quarante ans au moins, il sillonne la planète, s’appuyant sur un réseau de 50.000 personnes, pour faciliter le dialogue entre les peuples, pour prévenir la violence et prôner la paix. Tous ceux qui l’entendent en conférence apprécient son analyse des défis actuels et la faculté de percevoir d’où vient l’espoir. Dans ce livre « Vivre ensemble » de 206 pages, Andrea Riccardi montre sa connaissance des situations complexes à travers le monde, mais il exprime aussi son appréciation des chances de notre époque. D’emblée, il prévient : « Comment vivre ensemble ? Je suis conscient qu’il n’y a pas de réponse unique à cette question. Il faut s’efforcer de chercher des réponses variées pour des situations, des cultures, et des pays différents ». Il ajoute aussitôt : « la peur n’est pas la bonne réponse. Comme ne le sont pas non plus les bons sentiments ». Entre ces deux extrêmes, Andrea Riccardi trace une voie étroite, tortueuse, semée d’embûches, mais courageuse. La peur n’est pas la bonne réponse Ce livre apporte d’abord un éclairage intéressant sur l’histoire de plusieurs régions du monde où le « vivre ensemble » n’a pas été facile. Il commence par le génocide du Rwanda qui reste comme l’une des blessures les plus douloureuses en terme de cohabitation. Aujourd’hui, « Hutus et Tutsis pourront-ils vivre ensemble et en sécurité ? » Malgré la bonne volonté de tous, reste « la peur de vivre avec les autres, la peur qui devient meurtrière ». Andrea Riccardi revient dans les chapitres suivants sur d’autres conflits plus ou moins connus de notre génération : le sort des Arméniens en Turquie, les minorités religieuses en Grèce, etc. C’est l’occasion pour certains lecteurs de comprendre pourquoi ces pays agissent comme ils le font. L’éclairage de l’auteur apporte de l’espoir sur les situations tendues qui existent aujourd’hui au Proche-Orient, en Afrique, etc. La connaissance historique est d’autant plus nécessaire que nous sommes débordés d’informations sur les moindres événements qui se déroulent aux quatre coins du monde. Dans son chapitre sur la globalisation, l’auteur explique que le monde n’est pas partagé en deux, le Bien et le Mal. Chacun dépend de réseaux complexes, changeants, qui s’étalent sur une échelle planétaire. Cela rend le « vivre ensemble » encore plus difficile ! Il faut déjà accepter la rencontre avec un voisin différent par sa langue, par sa culture, par sa religion. Et nous sommes, en plus, en permanence confrontés à l’impact du lointain. Le choc du 11 septembre en a donné un exemple aux citoyens américains notamment. D’autres défis que la mondialisation attendent les hommes et les femmes d’aujourd’hui : la perte des valeurs religieuses sur certains continents, la radicalisation des convictions identitaires chez d’autres, etc. Le lecteur peut ainsi apprécier une vision du monde plus optimiste que ne le présentent les médias. Andrea Riccardi présente dans « Vivre ensemble » quelques clés d’avenir pour que les couleurs vives apparaissent davantage entre le noir et le gris.
Anne-Françoise de Beaudrap
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