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La sécularisation ! ? Les chrétiens ne peuvent-ils pas la vivre comme une chance, un appel à retrouver les valeurs évangéliques, à devenir moins matérialistes, plus simples et ouverts aux autres ?
Responsable de la Communauté Sant'Egidio en Belgique Auteur du livre "L'évangile dans la ville" (vient de paraître) Conférencière pour "Altercité - chrétiens en forum"
Alors qu'on pensait au XXe siècle que le phénomène religieux menaçait de disparaître, nous constatons, au XXIe siècle, une nouvelle floraison des religions et de l'identité religieuse. Il suffit de penser à l'intérêt croissant pour l'islam, l'hindouisme, le judaïsme et le christianisme dans les relations internationales. Dans cette optique, la religion, qu'on regardait hier avec mépris ou qui était marginalisée, est souvent considérée comme un instrument pour conjurer toutes sortes de conflits. Bien des villes d'Europe sont aujourd'hui une fenêtre sur le monde : on y rencontre des gens et des communautés de diverses origines, cultures et religions. La présence de la diversité, même si elle n'est pas sans problème, offre, à côté de ses implications sociales, une occasion unique de rencontre et de dialogue pour la ville. Le dialogue entre les religions dans l'esprit d'Assise est en soi un signe d'espoir parce que les gens ne s'entre-tuent plus au nom de leur Dieu. Le dialogue atteste que seule la paix est sainte et qu'aucune guerre ne peut être bénie par Dieu. Les religions ont une tâche importante dans l'éducation des gens à l'amour de la paix, à l'intérêt pour l'autre, à la volonté de réorienter ses propres points de vue. Le dialogue entre les religions est de plus en plus considéré comme une contribution réelle au vivre ensemble en paix et en harmonie.
L'inégalité croissante peut actuellement être considérée comme une des plus grandes menaces pour la paix dans le monde. A partir de son amour pour les pauvres, Sant'Egidio a rencontré la guerre, que son fondateur Andrea Riccardi a nommée "la mère de toutes les pauvretés". Une grande partie de la population mondiale n'a accès ni aux soins de santé, ni à l'enseignement, ni à la nourriture ni à l'eau potable, ni à la protection et vit dès lors sans la moindre perspective d'avenir. Comme le disait le maître de la non-violence, le Mahatma Gandhi : "La pauvreté est la pire forme de violence que l'on impose aux pauvres". On ne peut séparer la paix de la justice, dans un monde qui se résigne toujours plus à l'existence de vastes régions de désespoir. La paix n'est pas possible tant que des peuples voire des continents entiers n'ont aucun avenir en vue. La faim et la guerre sont les compagnes les plus fréquentes de l'homme et de la femme africains. Ils sont frappés en outre par la terrible épidémie du SIDA, qui constitue un vrai génocide.
Dans notre monde globalisé, il est toujours plus difficile de dire que nous ne savions pas. Certes, la plus grande partie de l'opinion publique en Europe est consciente de l'injustice du monde qui ménage des destins différents pour ses enfants du Nord et pour ceux du Sud, où sévit la maladie de la violence et de manque de futur. Mais, pourtant, beaucoup d'Européens se sentent impuissants et baissent les bras : on constate beaucoup de pessimisme et de résignation. C'est ici que surgit un défi : comment peut-on donner forme à une culture de la globalisation ? Ce n'est pas simple, car au moment même où le phénomène de la globalisation nous permet de communiquer sans problème avec quelqu'un d'autre au bout du monde, le monde riche tourne son regard vers lui-même, vers l'interne. Manifestement, la globalisation n'exclut pas la "provincialisation". Aussi, dans notre pays, qui se trouve pourtant au centre de l'Europe, les créateurs d'opinion, de gauche ou de droite, du croyant au libre penseur, convergent dans un discours communautaire qui absorbe trop d'énergie culturelle, politique et même économique. En étant présents à Anvers, à Bruxelles et à Liège, les gens de Sant'Egidio ont mûri la conviction que la Belgique pourrait être une vision d'avenir plutôt qu'un regard sur le passé. Dans une Union Européenne qui réunit de plus en plus de peuples et de nations, et dans un monde où les frontières s'estompent, notre pays ne pourrait-il jouer un rôle exemplaire avec son mélange original de cultures, de structures de population, d'institutions raffinées et équilibrées et de capitale cosmopolite ? Le défi de notre pays est de montrer qu'il est possible de conjuguer identité et ouverture, particularisme et vivre ensemble, dans un Etat qui n'est pas fondé sur des critères ethniques. En outre, notre pays a une importante vocation européenne : contribuer à construire la paix au-delà même de l'Europe.
Mais pour vivre avec un esprit généreux et ouvert aux carrefours de l'humanité, il faut de la confiance et de la foi, sans pour autant pouvoir offrir des solutions immédiates aux grands défis. Les solutions se trouvent où le coeur et la raison se rencontrent. Le vide spirituel que traverse l'Europe en ce moment fait vivre de façon peureuse et repliée : nous voyons des Européens anxieux qui cherchent surtout à sauvegarder leur richesse matérielle. De plus en plus de gens semblent pourtant se rendre compte que quelque chose manque dans notre monde qui sacrifie facilement toute forme de spiritualité au matérialisme, qui nous réduit à être des esclaves de l'économie et de la consommation. Ici se situe un dernier défi développé dans mon dernier livre : comment se situer face à la sécularisation - souvent décriée ? Les chrétiens ne peuvent-ils pas la vivre comme une chance et comme un appel urgent à devenir simples et pauvres, pour pouvoir vivre avec des priorités évangéliques, plutôt que de vivre comme des nostalgiques du passé ? Plus que jamais, il est possible d'être un chrétien convaincu, tout en étant ouvert aux autres religions et aux humanistes, en dialoguant et en collaborant avec eux. La vie des chrétiens n'est pas un monument du passé, mais plus que jamais, dans une société polarisée et anxieuse, une aventure d'amour et de paix.
Hilde Kieboom
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