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A l'occasion de l'anniversaire de la Communauté, un regard rétrospectif sur 2010 : une année avec ceux qui sont pauvres, une année de dialogue et de recherche de la paix


 
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A l'occasion du 43ème anniversaire de la Communauté, un regard rétrospectif sur 2010 :
une année avec ceux qui ne comptent pour rien, une année de dialogue pour construire la paix et l'amitié préventive

Un début très modeste. L’amitié, l’Évangile, les pauvres. Il n’y avait même pas de nom. Celui-ci arrive cinq ans plus tard : Sant’Egidio, l’ancien monastère de cloîtrées qui a rouvert, alors qu’il était abandonné. Cette église, à présent trop petite, devient la première église à ouvrir le soir à Rome, pour une prière ouverte à tous, dans le Trastevere. Aujourd’hui, dans de nombreux quartiers de Rome et dans beaucoup de villes du monde, d’autres prières du soir, à la fin de la journée, disent que le centre de Sant’Egidio, quoi que la communauté fasse et quoi qu’elle soit dans le monde, reste la prière et l’écoute de l’Évangile qui s’ouvre à tous sans exclusions.

Preghiera nella basilica di Santa Maria in Trastevere

Les galeries de photos
des repas de Noël dans le monde 


 

 

 

UN BILAN, UNE ANNEE, 2010

 L’anniversaire de la Communauté est l’occasion d’une réflexion sur les faits, sur le monde et sur la façon dont la Communauté, dans différents pays, s’est efforcée d’être « Église de tous et particulièrement des pauvres ». Une réflexion non seulement sur ses succès, mais aussi sur les difficultés, dans un climat qui, dans certains pays, est devenu hostile envers les plus faibles, et qui a vu croître le nombre de croyants tués parce qu’ils se rendaient à l’église, ou parce qu’ils avaient fait le choix d’être des ponts d’humanité dans des zones d’affrontement. La réflexion sur l’année écoulée met aussi en évidence la difficulté d’aider dans des situations de guerre et de violence endémique, ou bien encore la blessure de voir la lenteur avec laquelle le monde parvient à intervenir dans des situations extrêmes de douleur et de pauvreté, comme à Haïti, tout en investissant par ailleurs des énergies extraordinaires.

 

 

 

 

2010 est une année que, de manière programmatique, Sant’Egidio a principalement voulu dédier à l'Afrique. Or, tout en mettant l'Afrique au centre pour construire des alternatives concrètes à l'envie de fuir, aux épidémies, à cette absence de légalité et à ces abus que l'absence d'enregistrement à l'état civil de millions d'enfants et de personnes de tous âges rend encore plus aigus, alors que les communauté de Sant’Egidio se sont davantage investies en multipliant les opportunités et en créant de l'espérance pour résister à l’afro-pessimisme, celui de l'Afrique et des pays riches, l’Europe et la lassitude de l'Europe surtout, s'est imposée comme un autre défi, humain, spirituel, culturel, à affronter ensemble, à l’heure où l'Afrique semble devenir moins intéressante pour les Européens, tout en suscitant à l'inverse un intérêt grandissant de la part de la Chine.

Pour le salut de l’Afrique, on a le sentiment à Sant’Egidio, dans toutes les communautés, qu’il y a besoin de plus d'Europe, d’une Europe moins renonciatrice et moins bloquée par les problèmes internes. A l’heure où les Européens sont mis au défi de trouver un cœur, une âme et une passion au sein de la globalisation, défi devenu culturel, même personnel, nous avons assisté à une responsabilité et une prise d'initiatives croissantes de la part des différentes communautés en Asie et dans les Amériques : des communautés jeunes, en essor, ont assumé la responsabilité du dialogue et de la réconciliation, lancé des interventions d’aides lors des urgences provoquées par les ouragans et les tremblements de terre, des initiatives en faveur de la libération des prisonniers, de l'enregistrement des enfants invisibles, de l’accompagnement des personnes âgées, en faveur des droits et de la dignité des immigrés, des personnes handicapées, dépendantes, des Roms, des jeunes sans travail.

 Cet engagement a été constant aussi dans les communautés italiennes et européennes. Ce résumé d'une année, qui privilégie quelques épisodes emblématiques, majoritairement en Italie et en Europe, pèche par omission à l'égard des centaines d'initiatives prises dans le monde, souvent dans des dimensions plus modestes mais qui prennent sur place une importance majeure et inédite : un travail extraordinaire qui suscite et anime des segments de société civile dans des pays sans démocratie, où l’État est faible et les moyens d'éducation et de promotion de l'opinion publique sont très peu développés. Dans ce sens, chaque initiative citée dans ces brèves notes doit toujours être imaginée dans des lieux différents, avec des modalités particulières, dans un style, local et global, toujours un peu planétaire.

Dans la plupart des 73 pays, où œuvrent plus de 60 000 personnes de la Communauté de Sant’Egidio et avec elles, ceux et celles qui sont nombreux à collaborer avec la Communauté, il faut se représenter une vie quotidienne faite d'écoles de la paix, d’accompagnement des personnes âgées en difficulté, de promotion d'une culture de l'accueil envers les Roms, les immigrés, les ethnies et les minorités sociales, de prière, d'engagement actif dans des alternatives à la croissance d'une violence diffuse devenue problème planétaire, au risque quelque fois de sa vie. Ces trois dernières années, deux jeunes adultes de la Communauté de Sant’Egidio ont été tués à cause de leur engagement pour la justice, parce qu'ils étaient chrétiens et qu'ils n'avaient pas accepté d'être corrompus ou conformistes, dans un milieu à forte teneur d'illégalité et sur des territoires contrôlés par des bandes de trafiquants et de jeunes criminels.

Le bilan de 2010 est celui d'une croissance de la Communauté de Sant’Egidio dans de nombreux pays du Sud du monde, et celle aussi des écoles de l'Évangile, un large mouvement de groupes d'adultes : des chrétiens et des non chrétiens, qui s'approchent de l'Évangile comme des personnes en recherche, attirées par Jésus et par un style de vie moins replié sur soi-même, ouvert aux autres et aux pauvres, avec aussi un engagement personnel. Important à Rome, en Italie et dans beaucoup de pays européens, l’essor de la Communauté devient un élément d'humanisation et de réconciliation dans la vie quotidienne de grandes villes européennes traversées parfois par l'intolérance et la fragmentation sociale. 2010 a été aussi l’année d'une génération plus importante de laïcs chrétiens africains, latino-américains, indonésiens, asiatiques, en mesure de dialoguer avec tous et de créer de l'espérance pour d'autres jeunes et adultes : même dans des pays où les chrétiens sont des minorités, et quelquefois la cible d'extrémistes.

LA DERNIERE SEMAINE DU MOIS DE JANVIER 2011

Il est difficile de raconter une année entière. Rien que dans la dernière semaine du mois de janvier 2011, on a vu des initiatives pour résoudre la situation de conflit en Côte d'Ivoire à un niveau de base, pour réduire notamment le risque d'affrontements dans la rue et de victimes, de semblables initiatives prises à la périphérie du pays, en attendant que se résolve sans provoquer de guerre civile l'affrontement entre « deux présidents », celui reconnu par la Communauté internationale et le sortant. « Vivre ensemble » à Ouellé est un exemple de la manière dont œuvrent les communautés de Sant’Egidio dans des lieux et des villes qui ne sont pas connus en Occident, mais où vivent des milliers et des millions d'hommes et de femmes, mais aussi à Abidjan avec les réunions du groupe de contact permanent des leaders des différentes communautés religieuses, pour contribuer à la réconciliation nationale. Toujours au cours de la dernière semaine, citons : l'intervention à la Chambre des députés à Rome à l’occasion de l'année européenne du bénévolat ; le nouveau Guide pour les pauvres « Où manger, dormir, se laver » pour la ville de Madrid ; la mémoire de la déportation des juifs à la gare de Milan ; le programme « Vive les Aînés ! » comme proposition publique valable notamment pour les administrations locales, à Novare et, à Rome, le dernier dimanche de janvier, la mémoire de toutes les personnes qui ont perdu la vie dans la rue : la dignité et l’amitié pour tous les sans domicile et le souvenir de leur nom : un rendez-vous et un symbole, dans des villes habituées à tout, distraites. Et, encore, l'arrivée des premières aides au Fatima Hospital de Sagordha, dans le Pendjab pakistanais.

Le site web de la Communauté est encore une autre manière de raconter ou de se représenter la densité de l'année qui vient de s'achever : un carrefour d’informations et de langues. Il y a sept langues principales et quinze autres qui comportent un nombre moins important de pages et d'informations, mais qui donnent une idée de ce qu'est aujourd'hui la Communauté de Sant’Egidio et de ce qu’elle dit, à l'extérieur, mais aussi à l'intérieur. Il est possible de suivre chaque jour la prière communautaire, en ligne, retransmise en collaboration avec la fréquence In Blu pour l’Italie et accessible via internet à 20h30, heure italienne, dans le reste du monde.

Le site www.santegidio.org est mis à jour quotidiennement : si on le suit, on comprend sans peine que les problèmes du monde sont toujours, dans une certaine mesure, pour Sant’Egidio, des problèmes « internes », « domestiques ». Il ne pourrait pas en être autrement, quand des communautés, toujours composées d’autochtones, sont répandues dans 73 pays du monde, même là où les moyens de transports publics n'arrivent pas, dans les régions éloignées des villes en Afrique, sur les hauts-plateaux en Amérique Latine, ainsi que dans les principales capitales du monde. Ainsi, le défi des soins, gratuits, pour les malades du SIDA proposés dans dix pays d'Afrique sub-saharienne, constitue l'un des programmes les plus importants, de par sa dimension et l’implication de la Communauté dans le monde, mais c'est aussi une réponse nécessaire et naturelle, pour ne pas accepter et considérer comme normale la distance entre la disponibilité des traitements dans notre monde et l'absence du nécessaire, le droit aux soins nié comme droit humain, en Afrique sub-saharienne. Le programme DREAM a atteint le nombre de 100 000 personnes en traitement, en 2010, avec un million de personnes impliquées, avec leur famille, dans la prévention, dans l'éducation, dans la thérapie antirétrovirale, dans la lutte contre la maladie et la tuberculose, dans la thérapie nutritionnelle, dans le conseil, le soutien aux adolescents infectés par le virus depuis leur naissance, dans la thérapie des enfants (avec des chiffres qui, dans ces deux derniers cas, figurent parmi les plus élevés dans le monde). Le programme parvient aussi à former 3500 professionnels, ce qui constitue déjà un patrimoine humain de connaissance et de capacités techniques qui restera travailler en Afrique, sans « fuite des cerveaux ».

Local et global. Cela nous permet bien des fois d'être prêts, d'être parmi les premiers, car nous sommes déjà sur place. En effet, lors des grandes urgences planétaires, nos aides ne sont pas des aides qui viennent de l'extérieur et qui peuvent créer des problèmes. Ce fut le cas à Haïti, où, déjà dans le chaos de l’acheminement des aides, a été réalisée une maison d'accueil opérationnelle pour recevoir les enfants sans famille. Ce fut le cas aussi Pakistan, pour la population musulmane touchée par l'inondation, ou encore en Irak, au Nigeria et dans différentes régions du monde. Des communautés chrétiennes en difficulté ont été soutenues par un flux constant d'aides dans quelques-unes des régions les plus complexes du monde. Mais chaque jour, et cette dernière semaine aussi, est un jour où des dizaines de milliers d'enfants des rues, d'enfants des grandes périphéries mondiales grandissent dans les écoles de la paix. Dans ces écoles, à Rome, contrairement à la série d'insuccès partiels qu’ont rencontrés toutes les politiques d'intégration de la population rom ces deux dernières décennies et qui ont laissé la place à des sentiments croissant d'intolérance, contrairement à une politique qui veut conjuguer lutte contre la dégradation, quotas et assainissement des conditions de vie sans proposer en même temps des interventions de lutte contre toutes les formes d’abus et sans créer des conditions de vie dignes, les programmes expérimentaux lancés par la Communauté ont enregistré des succès avec une hausse de 21% du nombre enfants roms qui fréquentent régulièrement l'école. Ce programme nommé « Droit à l'école, droit à l'avenir » a été approuvé et reçu le label « bonne pratique » par l'Union européenne.

LA CHOSE LA PLUS IMPORTANTE N’EST PAS UNE NOUVELLE DE JOURNAL

Dans un bilan annuel, seuls les éléments les plus importants risquent d'être retenus, or, le centre de la vie de la Communauté de Sant’Egidio, partout dans le monde, est une « contre-information », une non-information : s’efforcer être des hommes et des femmes qui ne pensent pas qu'à eux-mêmes, qui mettent au centre la gratuité, dans un monde, tout au moins le monde occidental (mais ce modèle est attirant aussi pour le Sud de la planète), où tout s'achète et se vend. Un monde où le sens du bien commun risque de se brouiller et de s’évaporer, même, parfois surtout, au niveau des classes dirigeantes. Gratuité : les pauvres comme amis et partie intégrante de la Communauté. Le « trésor de l'Église » comme le disait le martyr Laurent, ainsi que l'a rappelé à la Communauté, il y a un peu plus d'un an, le pape Benoît, au cours de sa visite à la mensa de Rome, via Dandolo, où il est resté un long moment à déjeuner avec les pauvres. Le rapport avec le pape Benoît s'est approfondi lors de rencontres dans différentes parties du monde et la Communauté a cherché, de manière simple, à être un soutien dans une année qui a été difficile aussi pour l'Église catholique et pour l'évêque de Rome.

 A l'issue d'une décennie, qui a été caractérisée par l'affrontement et par la guerre et par une crise radicale de crédibilité des marchés, après une décennie difficile, qui laisse à la décennie suivante un monde avec moins de ressources, la Communauté de Sant’Egidio, partout où elle est, s'efforce de créer les conditions pour vivre ensemble, pour réduire l'intolérance, la « diabolisation » de l'autre, qui conduit aux guerres civiles, aux persécutions religieuses, à l'affrontement social, à la marginalisation des immigrés et des pauvres, sous toutes ses formes.

Une décennie s'est conclue. Commencée symboliquement avec le 11 septembre 2001, elle a été marquée par l'idée et par la pratique, vite mise en faillite, de la « guerre préventive ». Avec le temps, cette idée semble être devenue, dans bien des milieux, une attitude et une idéologie diffuses, tant au niveau personnel qu’au niveau social. On observe une croissance, pas seulement en Italie, de l’ « antipathie sociale ». En coïncidence avec une crise financière vite devenue économique et sociale, qui a pris des dimensions et des chiffres importants, un climat d'inhospitalité exacerbée a progressivement pris la place de traditions et de pratiques consolidées d'inclusion. Pas seulement en Italie, mais aussi dans l'Est de l'Europe, et ailleurs. Les Communautés de Sant’Egidio ont multiplié les rencontres publiques, renforcé le dialogue avec les administrations, avec l’opinion publique, en promouvant des manifestations, des interventions culturelles, la défense concrète de minorités devenues objet d'une méfiance croissante et d'agressivité. Devant une fragilité sociale, qui s'est souvent transformée en peur, en demande de mesures exemplaires, en simplifications, en criminisalisations de ceux qui viennent de l'extérieur, qui sont différents, les Communautés de Sant’Egidio, en Italie et dans le monde, ont travaillé pour chercher les motivations et les chemins du vivre ensemble, en reconstruisant culturellement et concrètement le sentiment d'une unité de destin entre les générations, entre anciens et nouveaux citoyens, entre ethnies différentes. C'est un travail de « paix préventive », qui va du niveau personnel - comportement, engagement personnel et spirituel de pacification active - à la construction de voies de dialogue œcuménique, interreligieux et entre les parties en conflit. Micro et macro.

 Les jeunes pour la paix, les mouvements du Pays de l'arc-en-ciel, davantage adressé aux enfants et aux adolescents, ainsi que le mouvement des « Amis », qui rassemble les personnes handicapées et non handicapées, en Italie et dans le monde, ont représenté un lieu de formation à la non-violence et d'initiatives en faveur des minorités les plus faibles. C’est une école où s’apprennent l'art de vivre ensemble et la capacité de résister à la tentation de voir dans d'autres groupes des concurrents et des ennemis. Mais il y a aussi les ateliers d’art qui ont organisé des expositions itinérantes, en Italie et en Europe.

Une anthropologie de la coexistence civile et de l'amitié a inspiré la formation d'une dizaine de milliers d'enfants et de jeunes. Beaucoup d’entre eux aussi se sont approchés de l'Évangile et de l'exemplarité de la passion et de l'émotion que Jésus éprouve pour chaque homme et chaque femme, à commencer par les plus pauvres : citons le travail en faveur de la reconnaissance de la nationalité italienne pour les enfants nés en Italie de parents étrangers (à Gênes et dans d'autres villes italiennes, la campagne nationale pour la réforme de la nationalité lancée par la Communauté de Sant’Egidio) ; l’accueil des enfants des rues en pleine période d’affrontement en Côte d'Ivoire ; l'opération « Recycle tes jouets » menée dans de nombreuses villes italiennes et européennes, pour créer un autre rapport avec la consommation et faire prendre conscience de l'importance de ne pas polluer et de réutiliser les jouets peu utilisés, tout en suscitant l’amitié, par l’intermédiaire d’un projet de solidarité, entre les enfants et les jeunes du Nord et du Sud du monde.

Cette éducation à la paix et à l'amitié avec l’ « autre » s'est traduite par des centaines d'initiatives, certaines majeures, d'autres locales. Le pèlerinage des jeunes d'Europe de l’Est à Auschwitz-Birkenau, « pour un monde sans violence » en est un exemple, tout comme le colloque sur le thème « Vivre ensemble dans les villes multiculturelles », en présence du Président de la République italienne, Giorgio Napolitano lors de l’Exposition universelle de Shanghai. Puis, du mouvement des Amis sont venues des propositions innovantes, notamment sur les grands thèmes de la cohabitation urbaine et l'identité nationale, en Italie. A contre-courant de ce qui se pratique habituellement, grâce aux œuvres des ateliers d’art du mouvement des « Amis » et aux expositions thématiques qui se sont succédé avec les années, a été ouvert Torbellamonaca un musée qui conserve les œuvres des artistes handicapés. Les œuvres présentées lors de l'exposition « Nous, l'Italie » sont d'une grande, parfois d’une extraordinaire et bouleversante qualité. Elles proposent une réflexion artistique sur l'Unité de l'Italie et sur ses valeurs communes, dans une phase où les tensions vers la cohésion nationale apparaissent affaiblies, notamment pour ce qui concerne la classe dirigeante ou le leadership du pays. Cette anthropologie s'est manifestée en de nombreuses circonstances par des initiatives exemplaires, des exemples concrets adressés à tous et proposés comme alternative aux schématisations et à l'affrontement, qui se sont banalisés dans le discours public au point de devenir quasiment une « pensée unique ».

 Dans la situation difficile que traverse la Côte d'Ivoire, les rencontres entre imams et responsables chrétiens avec la population ont contribué à réduire le nombre de victimes de la violence à une période de troubles pour le pays, placé dans un état de guerre civile latente. Dans le même temps, les interventions se poursuivaient au niveau des instances dirigeantes pour déterminer une voie d'issue à la situation créée par les élections présidentielles et deux présidents élus.

Il s'agit d'une pratique quotidienne qui devient intervention politique complexe, parfois couronnée de succès, dans le cas, notamment, des accords de « paix préventive » qui ont impliqué toutes les forces en présence au Niger (15 octobre 2010) et en Guinée Conakry. Ce pays, le Niger, est emblématique des menaces pour la stabilité de l'Afrique, en tant qu’espace de transit du trafic et du terrorisme international, espace d’illégalité diffuse et d’instabilité politique chronique. L’accord signé à Rome entre toutes les forces politiques en présence, pour déterminer un parcours commun et établir un calendrier en vue d'instaurer la démocratie, un gouvernement et des institutions d'ici les prochains mois, est une bonne nouvelle à l'échelle internationale, tout comme le travail mené en Guinée Conakry et à Rome, au mois de mai, jusqu'à la signature du protocole d'entente de toutes les forces de l’Assemblée nationale et du gouvernement de transition, en vue des premières élections présidentielles et législatives libres dans l'histoire du pays, après les quarante années de dictature qui ont suivi l'indépendance du pays.

C'est un travail qui, en 2010, a reçu la reconnaissance de l'Union africaine (16 juillet), avec la signature du « protocole d'accord de coopération entre la Communauté de Sant’Egidio et la Commission de l’Union africaine », suivie de la signature des Accords de coopération (« Accord sur les sièges et les activités internationales ») entre l'Italie et la Communauté de Sant’Egidio, dont on reconnaît le rôle de « super partes » dans les médiations internationales et la coopération. Le Prix de la Fondation Chirac à Mario Giro pour la « Paix préventive », décerné en 2010 à Paris, après le Prix Charlemagne remis à Andrea Riccardi en 2009 à Aix-la-Chapelle, marquent la continuité d'un travail pour la paix, qui s'enrichit aujourd'hui d'un engagement capillaire, au niveau des enfants, des jeunes, des familles, des communautés locales, des classes dirigeantes, pour une cohabitation pacifique, surtout dans des régions marquées par la guerre ou par la violence diffuse.

C'est l'un des éléments identitaires de la Communauté de Sant’Egidio, qui traverse ces deux dernières décennies de manière particulière. Pour la première fois, avec des documents de première main et des faits jamais racontés, les principales histoires de médiation et de travail pour la réconciliation nationale et la fin de guerres civiles et d'affrontements ethniques ont été publiées sous la forme d'un ouvrage : « Fare Pace » (ed. Leonardo International). Dans beaucoup de villes italiennes, la présentation de cette première histoire des principales médiations internationales de Sant’Egidio est devenue une occasion citoyenne permettant d’amorcer une réflexion sur les voies alternatives à la guerre dans la résolution des conflits et sur la nécessité d’atténuer le climat d'affrontement, social notamment, dans notre pays.

L'ouverture de la mensa et de l'école à Goma (RDC), la « caravane de la paix »au Salvador pour parler aux jeunes du pays et offrir une alternative aux modèles déviants maras, qui, en 2009, ont tué William Quijano, responsable des écoles de la paix de la Communauté dans le quartier d'Apopa, les initiatives de mémoire de la Shoah, de Bratislava à Milan (« Quai 21 »), de Würzburg à la grande marche du 16 octobre à Rome, s'inscrivent dans la même sensibilité et nécessité de construction d'une culture de l'Autre, en alternative à une culture du « mépris ».

On trouve un écho de ce travail et de cette sensibilité dans plusieurs documentaires qui, tout à fait par hasard, se sont concentrés au cours de cette année : L’audace de l'amour, qui revient sur l'histoire de la Communauté de Sant’Egidio, pour la première fois ; Contagio Positivo, qui met au centre le Malawi et ses difficultés et d'où émerge, dans sa beauté et son efficacité, le programme DREAM ; Dominique’s Story, qui raconte la vie et les derniers instants de Dominique Green, condamné à mort au Texas, et le début de la Campagne mondiale contre la peine de mort de la Communauté ; et Signes de paix à Auschwitz, qui montre, entre passé et présent, l’horreur de la Shoah mais aussi le pèlerinage, par de nombreux aspects unique, des grandes religions mondiales à Auschwitz - Birkenau, en septembre 2009.

UN ASPECT PEU CONNU : LES INTERVENTIONS DANS LES URGENCES INTERNATIONALES - ET DANS LA VIE ORDINAIRE - DANS LE SUD DU MONDE

Sant’Egidio a un cœur romain, mais est dans le monde. La Communauté a été placée naturellement et immédiatement au cœur des principales blessures du monde, dans une année qui a vu des millions de victimes et de familles touchées, de Haïti au Pakistan, mais aussi dans des lieux qui n'ont eu aucune couverture médiatique en Occident. Et puis, il y a aussi une face quotidienne, non liée à l'urgence, avec des initiatives prises pour réduire la souffrance dans beaucoup d'endroits du monde.

 A titre d'exemple, un container d'aides parti de Rome, de la Ville éco-solidaire, a aidé les victimes de l'ouragan Ida au Salvador, tandis que la réouverture de l'école de la paix de Canapé-Vert a été parmi les premiers succès et signes d'espérance à Haïti, après le tremblement de terre d'il y a un an, puis la construction et l’ouverture d'une maison d'accueil, aujourd’hui entièrement fonctionnelle, à Port-au-Prince. Difficile de résumer autant d'interventions. C'est un parcours géographique et solidaire, sans frontières prévisibles ou évidentes : à la mi-juillet, avec les enfants et les familles adoptées à distance au Tamil Nadu, une action qui se poursuit depuis le tsunami de 2004, après les interventions qui ont permis de reconstruire maisons et écoles et relancé l'activité de pêche ; les écoles de la paix à Berat et les deux nouvelles maisons d'accueil pour les anciens pensionnaires de l'hôpital psychiatrique de Tirana, en Albanie ; les secours arrivés au Pakistan dès le 3 septembre, dans la région de Charsadda, près de Peshawar, et distribués par les communautés de Sant’Egidio locales, après l'inondation qui a frappé une zone peuplée de vingt millions d'habitants ; les soins dentaires et ophtalmologiques gratuits à Guayaquil, en Équateur, avec les écoles de la paix.

Citons encore les aides et la présence dans les zones touchées par l'ouragan en Amérique centrale, du Salvador au Nicaragua jusqu'à Cali en Colombie, avec la présence auprès des victimes d'une tentative d'empoisonnement collectif visant des hommes et des femmes sans abri ; avec les victimes du tremblement de terre à Karonga, et à Rosarno, en Italie, avec les immigrés victimes d'attaques violentes de la part de la population locale. Dans les quartiers romains, d'où sont partis des raids anti-immigrés, mais aussi dans les îles Mentanawi, en Indonésie, où les communautés indonésiennes ont été aussitôt présentes avec des aides et le soutien aux familles.

La liste est beaucoup plus longue. Mais cela donne une idée de la manière dont vivent et œuvrent les communautés de Sant’Egidio. En Italie, il faut évoquer les aides collectées dans le centre et le sud et apportées en Vénétie, avec une présence aux côtés des sinistrés des inondations de cette région : une solidarité naturelle, mais à contre-courant de la réalité du climat culturel du pays. Ce qui a fait la différence, dans toutes les parties du monde, c'est encore une fois la capacité d'être « local » et de mettre à disposition un savoir-faire de solidarité internationale et des moyens qui, collectés, arrivent directement à la population, grâce au bénévolat total et au professionnalisme caractéristiques de ceux qui ont choisi de consacrer des semaines ou un mois dans les zones d'urgence, comme cela a été le cas pour le tremblement de terre de Haïti où, dès les premiers jours, se sont succédé bénévoles et professionnels des communautés des États-Unis, du Salvador et d'Amérique centrale.

Parallèlement, le nombre des adoptions à distance a augmenté pour dépasser les 9000. Les adoptions à distance permettent à autant de familles et de jeunes d'avoir accès à l'école et à l'éducation supérieure. Dans certains cas, elles ont permis la création de maisons d'accueil et de refuges pour les enfants des rues, qui grandissent et étudient grâce aux adoptions à distance et initiatives de soutiens de villages entiers et de groupes de familles. Une quotidienneté qui a son poids et qui humanise de manière stable et silencieuse.

LA MÉMOIRE DES OUBLIÉS, POUR DONNER DIGNITÉ À TOUTE VIE HUMAINE

Mais il y a sans doute un aspect qui raconte plus que d’autres ce qu’a été l’année 2010 de Sant’Egidio. Peu connu, il peut sembler insignifiant. La synthèse se trouve peut-être dans ladite « Messe pour Modesta », la liturgie célébrée en mémoire de toutes les personnes sans domicile, mortes dans la rue, à Santa Maria in Trastevere, le 30 janvier 2011. Cette mémoire, qui a lieu le dernier dimanche du mois, est marquée tous les ans depuis cette année 1983, où une femme qui vivait dans la rue, Modesta Valenti, fut victime d’un malaise et mourut sans recevoir les soins et les secours nécessaires, au prétexte qu’elle était sale. Le souvenir, nom par nom, de tous ceux qui ont perdu la vie dans la rue ces dernières années, et l’an passé, rassemble un peuple d’amis des pauvres et de pauvres qu’on ne voit que rarement à l’église. La certitude de ne pas être oublié, la dignité du souvenir, de l’affection, même des années après, contraste grandement avec l’anonymat des grandes villes, avec la raréfaction des rapports humains, avec la vitesse et la concentration sur le seul présent. Cette mémoire concerne ceux qui sont considérés comme invisibles dans une grande ville, ceux qui ne comptent pour rien et qui ne sont parfois même pas pris en compte dans les recensements.

La mémoire de ceux qui sont faibles et qui ne comptent pour rien, des victimes de la petite et de la grande violence urbaine a été une constante, dans les quartiers romains et dans le monde. L’identification des personnes mortes de froid, des funérailles dignes, l’accompagnement dans les derniers instants de la vie de beaucoup de personnes âgées dépendantes et de personnes handicapées, la mémoire célébrée en public, dans la station de métro Anagnina, à Rome, de l’infirmière roumaine Maricica Hahaianu, tuée sans raison, victime de l’intolérance, mais aussi celle du petit Marius, tué dans l’incendie de sa baraque à Rome, et la mémoire de tous les enfants et jeunes roms, des immigrés morts de manière violente ; la visite et l’aide concrète aux survivants de la tragédie de Sangem, au Sud Kivu, de la part de la Communauté de Bukavu et d’Uvira, et la proximité avec les lépreux au Mozambique, qui a créé des communautés dans lesquelles prévaut l’intérêt des malades : telle est un clé pour comprendre l’année qu’a passée la Communauté de Sant’Egidio et comprendre quelles sont ses priorités. Citons encore la liturgie œcuménique « Mourir d’espérance », en souvenir des personnes disparues dans la Méditerranée, des réfugiés et des demandeurs d’asile à la recherche d’une vie meilleure, victimes des trafiquants et de parcours rendus de plus en plus difficiles. On en a dénombré mille de plus par rapport à l’année précédente. C’est une question remplie d’inquiétude qui est posée à la politique de sécurité mise en œuvre et aux accords internationaux qui ont rendu plus dangereux encore les voyages de l’espoir.

Chaque vie humaine a une dignité, celle des prisonniers en Italie et dans le monde, celle des condamnés à mort, la vie de ceux qui mènent une existence si marginale et si faible qu’ils suscitent parfois des pensées d’eugénisme ou d’euthanasie sociale. Chaque vie humaine a un nom, une histoire ; elle est digne d’être aimée et rappelée, en particulier la vie des plus pauvres. La souffrance et la violence provoquée par des morts brutales peut parfois ne laisser la place qu’à la prière, mais la prière est aussi une proposition faite à la conscience de villes et de communautés entières pour humaniser autant que possible la vie quotidienne, même là où elle est particulièrement dure.

Il y a plus de 80 prisons dans le monde dans lesquelles la Communauté de Sant’Egidio est régulièrement présente, en Afrique, en Amérique Latine, en Europe. La campagne pour libérer les prisonniers a impliqué plus de mille détenus dans les prisons italiennes qui aident, par un sacrifice personnel, les prisonniers en Afrique qui sont dépourvus de tout : savon, nourriture, natte pour dormir. Les matelas donnés aux détenus de la prison centrale de Garoua (Cameroun), les visites et les aides apportées dans le prison de Grand Bassam, en Côté d’Ivoire, les programmes de réhabilitation dans la prison pour mineurs de Mbeya (Tanzanie), la libération des détenus au Mozambique (25 en trois mois seulement), la présence dans les prisons d’Angoche, Pemba, de la capitale et de Nampula, et les enfants des rues libérés de prison et raccompagnés dans leur famille avec le soutien des Communautés de Sant’Egidio du Cameroun à Maroua, autant d’initiatives qui procèdent d’une humanisation pouvant aller jusqu’à l’obtention de la libération pour les prisonniers.

Grâce à des accords inédits avec les services des douanes en Italie, il a été possible de distribuer dans les prisons italiennes des dizaines de milliers de vêtements, de chaussures et de pyjamas, qui avaient été saisis pour être destinés à la distribution. L’élément le plus profond de cette humanisation en acte, pays par pays, qui s’est manifestée notamment par une campagne institutionnelle et par une proposition de loi visant à dépasser les contradictions majeures et l’échec d’un système carcéral qui se situe de moins en moins dans la « réhabilitation » et de plus en plus comme un point final aux contradictions sociales et à un système judiciaire limité au seul moment de la peine, ce furent les repas de Noël organisés dans nombre de prisons dans le monde et dans 24 prisons italiennes. Ces repas ont concerné un détenu sur vingt parmi toutes les personnes en détention en Italie et, pour la seconde fois, ce repas a eu lieu le 26 décembre, dans la Rotonde de la prison Regina Coeli à Roma, avec la participation des responsables nationaux du système carcéral dans un dialogue ouvert.

Une correspondance et un lien régulier d’aide ont été établis avec plus de 1500 condamnés à mort, tandis que le travail s’est intensifié, pays par pays, pour stopper la peine de mort dans le monde. Lors du 4ème Congrès mondial contre la peine de mort, la Communauté de Sant’Egidio, avec la FIDH, a fait la synthèse des travaux au nom de la Coalition mondiale contre la peine de mort, le 26 février 2010. Le congrès et la conférence internationale des ministres de la justice, organisés en mai 2010, ont vu la participation de plus de vingt pays et un parcours d’accompagnement technique a été proposé à des pays qui maintiennent encore la peine de mort pour les conduire vers un moratoire des exécutions et l’abolition. Le processus de sortie du recours à la peine capitale a été consolidé en Asie Centrale, avec des visites du Kazakhstan et d’Ouzbékistan ; des interventions directes en Mongolie et un dialogue avec le président des Maldives ont contribué de manière importante à l’augmentation du nombre de votes en faveur d’un moratoire universel lors de la 3ème Résolution approuvée par l’Assemblée générale des Nations Unies, tandis que le travail, effectué pays par pays, en Afrique, a contribué à la réduction des votes opposés et des abstentions.

 La campagne lancée à l’occasion de la Journée internationale des « Villes contre la peine de mort », les 29 et 30 novembre (cette année, plus de 1300 villes dans le monde sont devenues « Villes pour la vie », avec plus de 250 événements internationaux organisées simultanément), pour stopper l’exportation d’Italie du sodium thiopental, anesthésiant qui entre dans la composition du cocktail mortel utilisé lors des exécutions par injection létale, a atteint son objectif mi-janvier. La firme américaine Hospira, maison mère de la succursale italienne Liscate, restée l’unique établissement autorisé à fabriquer ce produit, a annoncé qu’elle renonçait à la production de cette substance, à cause de la campagne de la Communauté qui a impliqué entre autres, avec d’autres ONG et des initiatives parlementaires, le gouvernement italien : une difficulté supplémentaire survient ainsi dans le processus des exécutions aux États-Unis. La Communauté collabore depuis longtemps avec les organisations abolitionnistes américaines, notamment celles de l’Illinois, et avec la société civile et les instituions, pour parvenir à la signature définitive de l’abolition de la peine capitale par le gouverneur Quinn dans l’État de Chicago, attendue pour le mois de février 2011.

UNE ANNÉE DIFFICILE POUR LES CHRÉTIENS DANS LE MONDE

 Ouverte et refermée par de graves attentats commis dans les églises, et par des affrontements, en Irak, au Nigeria et en Égypte, l’année qui se conclut a vu la Communauté de Sant’Egidio aux côtés des chrétiens en difficulté dans différentes parties du monde. En Amérique Latine, de Buenos Aires à Salvador, la mémoire de Mgr Romero a donné lieu à des rencontres publiques et inspiré la réflexion des Communautés, tandis que l’on s’approche du 31ème anniversaire du martyre de l’évêque salvadorien. Des gestes de solidarité envers les chrétiens irakiens durement frappés et envers les coptes orthodoxes et le pape Chenouda, après l’attentat suicide commis au début de l’année 2011, ont voulu être un tribut d’amitié que la Communauté considère comme nécessaire, même s’il reste douloureusement insuffisant. La prière pour les victimes des attentats terroristes a accompagné, à différents moments de l’année, cette situation douloureuse. La Communauté a cherché à répondre à ce que le Pape Benoît XVI a défini « une christianophobie », en créant des occasions de dialogue, pour chasser la peur et la méfiance, sans pour autant renoncer à la communication de l’évangile, comme le témoignent la conférence internationale tenue à Rome sur le thème « Chrétiens et musulmans au Moyen-Orient en dialogue » (Rome, 22 février 2010), à Jakarta la rencontre publique sur la « communication de l’Évangile » (5 juillet) et la prière pour les chrétiens en Irak, à San Bartolomeo all’Isola Tiberina à Rome. La prière avec les Pères synodaux réunis à Rome, venus de tout le Moyen-Orient, a été une autre occasion pour réfléchir sur la nécessité du vivre ensemble sur une terre traversée aujourd’hui encore par des conflits et des conditions de vie difficiles, qui poussent beaucoup de chrétiens à émigrer et les autorités politiques et civiles à favoriser la confessionnalisation des zones résidentielles, en raison de l’insécurité croissante : un terrible effet collatéral des guerres menées pour diffuser la démocratie dans la région. Les attaques contre les lieux de culte n’ont pas épargné les mosquées en Irak, au Pakistan, et, tout au long de l’année, elles ont marqué de manière terrible l’utilisation abusive de l’identité religieuse pour créer la terreur et frapper les adversaires sociaux et politiques. Même dans ces contextes d’affrontement et de difficultés quotidiennes, les Communautés de Sant’Egidio d’Indonésie et du Pakistan ont continué leur service aux côtés des plus pauvres, de toutes confessions religieuses. A l’occasion des grandes fêtes de l’islam, l’hospitalité pour la prière a été offerte, dans différentes villes, aux immigrés et réfugiés de religion musulmane.

 La rencontre mondiale de prière pour la paix de Barcelone, au début du mois de septembre (« Famille des peuples, famille de Dieu »), au cœur de la crise économique et de la crise européenne des modèles, accompagnée de rencontres régionales de dialogue entre croyants des grandes religions mondiales, qui se sont déroulées simultanément sur les différents continents, a précédé de peu la visite du pape Benoît XVI à Barcelone pour l’inauguration de la Sagrada Familia. Elle en a préparé la signification universelle et a contribué à faire mûrir un climat d’attention positive dans une ville, où la pratique religieuse est basse, mais qui a été fortement touchée par la contribution positive de dialogue et de compréhension de cette proposition culturelle offerte par les participants à la rencontre internationale. A l’issue d’une décennie d’oppositions et de guerres, même dans une situation de crise, ont été réaffirmées avec force la possibilité d’une coexistence pacifique et la nécessité du dialogue comme réponse à la crise et à la pathologie de la peur et de l’affrontement, dans la zone méditerranéenne comme au Moyen-Orient. Ce fut un grand moment de dialogue, marqué par les présences, entre autres, du Grand Rabbin d’Israël et du Recteur de l’Université Al-Azhar, des présidents de Chypre et du Monténégro, d’intellectuels laïques et de la plus importante délégation musulmane de ces dernières rencontres interreligieuses de Prière pour la paix, issue de douze pays.

 Parmi les nombreux temps forts, il faut évoquer la confrontation difficile et franche, menée dans un dialogue ouvert à la recherche de voies alternatives à l’affrontement, entre le ministre israélien Youli Yoel Edelstein et le ministre palestinien Mahmoud Al Habas, le jour même où expirait la trêve sur les nouvelles installations de colons israéliens, à un moment de grandes tensions dans le conflit israélo-palestinien. Cet événement en Catalogne a été marqué par la présence des métropolites russes Filaret et Hilarion, et la célébration historique présidée par l’archevêque de Barcelone, avec l’homélie conjointe du métropolite de Minsk et de l’archevêque. Il s‘agit là du fruit d’une longue histoire d’amitié avec le Patriarcat de Moscou vécue et tissée par la Communauté et qui s’est manifestée aussi par la reconnaissance de l’Ordre de saint-Serge, décernée le 29 janvier 2010, à Andrea Riccardi par le Patriarche de Moscou et de toutes les Russies, Kirill. Dans ce faisceau de visites et de collaboration avec le Patriarcat de Moscou, il convient d’évoquer également le congrès international qui s’est tenu à Rome sur le thème « Ies pauvres sont le trésor précieux de l’Église : orthodoxes et catholiques sur la voie de la sainteté » (5 mai), désignant la charité comme terrain privilégié de rencontre et de travail commun dans le service aux pauvres, entre orthodoxes et catholiques.

C’est à Barcelone qu’a été annoncé le prochain congrès interreligieux pour la paix, qui aura lieu dans la ville de Munich, en Bavière, l’année du dixième anniversaire de l’attentat contre les Tours jumelles à New York, le 11 septembre 2011. Pour repartir, sous le signe du dialogue, au cœur de l’Europe, d’une ville qui a vu, dans toute leur force, les débuts du nazisme, l’horreur des persécutions et de la guerre.

Prière pour la paix, et marche de la paix, le 1er janvier. Plus de dix mille participants, le premier jour de l’année, à Rome, salués par le pape Benoît XVI à l’Angélus, qui a également rappelé que, dans d’autres parties du monde, au même moment, des dizaines de milliers de personnes ont pris part à la même marche à l’initiative de la Communauté.

RENDRE VISIBLES LES INVISIBLES

 Les « invisibles » qui ont été rendus visibles en 2010 sont en particulier les enfants et les adultes couverts par le programme « Bravo ! » pour l’inscription à l’état civil. Lancé au moyen d’un accord d’État et de gouvernement au Burkina Faso, avec l’année de l’inscription gratuite et universelle, « Bravo ! » est entré dans la pleine efficacité de son action dans l’année qui vient de s’achever. Trois millions et demi d’enfants ont été inscrits, réduisant ainsi de manière décisive une situation d’abus et de trafic humains, synonyme d’illégalité, d’impossibilité d’étudier et de travailler de manière régulière, en somme, un élément potentiel d’affrontement ethnique et de guerre civile. Ce programme a créé en même temps un modèle pour les situations d’urgence, mais aussi pour la vie ordinaire du pays, qui s’est montré capable d’impliquer la magistrature et le personnel administratif, mais aussi les médias, l’église catholique, les chefs de village et de mettre à jour et d’élever le niveau des compétences professionnelles nécessaires pour instaurer un service d’état civil permanent dans le pays.

Visionner la vidéo sur le programme Bravo !

Le modèle du Burkina Faso a été présenté lors du colloque et de la conférence internationale organisés sur les thèmes respectifs : « Plus jamais d’enfants fantômes : l’Afrique et le défi de l’inscription à l’état civil » et « Aidez-mois à exister », à Ouagadougou. Ces initiatives ont réuni des responsables politiques et administratifs de différents pays africains et posé les bases d’un programme aux dimensions plus vastes.

 Dans d’autres pays africains, « Bravo ! » a été lancé dans des dimensions moindre, sans être déployé à l’échelle du pays : à Madagascar, en Tanzanie, en Ouganda, et dans toutes les régions où fonctionnent les écoles de la paix et les centres nutritionnels de la Communauté.

 Il s’agit d’un défi de grandes dimensions – plus de cinquante millions de nouveau-nés non inscrits dans le monde tous les ans – et qui en est à peine à ses débuts. Il s’agit d’une campagne et d’un programme qui se mesurent, comme dans la lutte contre le SIDA, à des problèmes et à des chiffres gigantesques, et qui exigent des ressources considérables, même si 5% à peine des fonds collectés par la Communauté entrent dans les dépenses générales et tout le reste, soit 95%, sont intégralement investis dans les programmes en faveur des destinataires. C’est un chiffre qui fait et qui a toujours fait de Sant’Egidio un cas relativement particulier, notamment dans le secteur des organisations internationales. En 2010, l’Association « Agenda Sant’Egidio » est née et a pris ses premières initiatives pour aider à la recherche des fonds nécessaires à la mise en œuvre d’aussi vastes programmes. L’Association a organisé une soirée de bienfaisance en lien avec l’avant-première de l’opéra de Rossini Moïse et Pharaon dirigé par le maestro Riccardo Muti, au Théâtre de l’Opéra de Rome.

En 2010, le service aux personnes âgées de la Communauté (qui aura bientôt quarante ans) s’est confronté avec des situations internationales en mutation. En Italie et en Europe, sa capacité de proposition s’est affirmée au point de présenter une réforme des services aujourd’hui encore concentrés, surtout pour ce qui concerne l’hospitalisation et les grandes structures résidentielles. L’ouvrage Vive les aînés présente ce programme innovant de soin et de couverture du risque de toutes les personnes âgées de plus de 65 ans, privilégiant l’assistance à domicile à la place de l’institutionnalisation. Cela représente un tournant et une maturité pour le service aux personnes âgées. Ce programme est à disposition des administrations publiques ; il peut à la fois améliorer la qualité de la vie, réduire les risques liés à la dépendance et à l’isolement social, tout en étant fortement soutenable d’un point de vue économique.

 L’extension du programme à Rome au quartier Esquilino et dans d’autres régions d’Italie permet d’offrir des exemples concrets, qui relancent la possibilité d’une couverture intégrale de toutes les personnes âgées de plus de 65 ans. La proposition de généraliser pour la première fois l’expérience de « Vive les Aînés ! » a été faite aux cinq provinces de la région Latium. Il y a, en perspective, un rehaussement de la qualité de vie des personnes âgées, même peu indépendantes et la possibilité de réduction des hospitalisations. Le programme et son efficacité ont été récompensés le 21 juin, par la Médaille August and Marie Krogh, la reconnaissance de l’Académie du Danemark pour les programmes d’excellence dans l’amélioration de la qualité de vie.

Mais cette année a aussi marqué un tournant dans la relation avec les personnes âgées. En effet, les Communautés de Sant’Egidio dans le monde, dans les pays du Sud, ont enregistré une multiplication des épisodes de violence et de discrimination contre les personnes âgées : le contraire d’une idée répandue qui consiste à croire la personne âgée honorée dans les sociétés traditionnelles. Dans la transition brutale et confuse des cultures traditionnelles à la globalisation, les personnes âgées risquent d’être la catégorie la plus faible et la moins protégée, avec les enfants, dans le Sud du monde. Au Mozambique, en Guinée Conakry, à Santa Maria di Cahabon, à Alta vera Paz (Guatemala), à Managua, au Nicaragua et dans d’autres pays, sont nées des associations d’ « amis des personnes âgées ». L’événement central a été la conférence internationale qui s’est tenue au Malawi et qui a mis à l’ordre du jour de différents pays africains ce qui risque de devenir la nouvelle urgence invisible, dans des pays où seules 22% des personnes sont couvertes par l’assurance maladie ou la retraite, par rapport aux plus de 75% en Europe. Une nouvelle frontière pour le Sud du monde.

 

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