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12 Septembre 2011 16:00 | Residenz, Schwarzer Saal

Nos contemporains et la recherche de Dieu…, Claude Baty


Claude Baty


Président de la Fédération protestante de France

Le champ proposé est vaste comme le monde. Il faut donc trouver un angle d’attaque. En y pensant je me suis souvenu que depuis quelques temps on réfléchissait à une mesure du bonheur. J’imagine en effet qu’il y a quelque chose à voir entre la recherche de Dieu et la recherche du bonheur !
Il n’y a pas si longtemps qu’on se demande si le PIB (produit intérieur brut) indicateur bien connu, est suffisant pour juger de la situation d’un pays et de ses habitants. Un PIB élevé dans un pays gouverné par un tyran, indique-t-il un niveau de vie satisfaisant pour ses citoyens ? On peut en douter. Le PIB ignore de nombreux éléments qui sont déterminants pour la vie de chacun. Par contre il semble que quand on coupe des arbres, le PIB augmente ! Une avancée est intervenue quand les statisticiens du PNUD (programme des Nations Unies pour le Développement) entre autres, ont mis en œuvre un Indicateur de Développement Humain qui tient compte de l’espérance de vie et du niveau de formation, par exemple. Puis est venue l’idée de d’avoir un indice du bonheur mondial. Cet indice tiendrait compte de la paix et de la sécurité, de la liberté et de la démocratie, des droits de l’homme, etc.
La France est relativement mal classée en termes de bonheur, parce que les Français ne font confiance à rien, ni à personne, selon le  livre de Yann Algan et Pierre Cahuc, intitulé : « La société de défiance ».  Ce livre explique que la différence de performances entre la France et les pays nordiques (Suède, Norvège, Pays Bas, Danemark, Finlande) où le bonheur est à son comble, vient du fait que les Français ne font confiance ni au gouvernement, ni aux entreprises, ni aux médias, ni aux syndicats, ni à la justice. À personne en fait puisqu’à la question : « Est-il possible de faire confiance aux autres ? », près de 80 % des Français répondent « non », alors que 60 à 70 % des habitants des pays nordiques disent faire confiance aux autres.
Vous allez dire que je suis parti loin de mon sujet… pas si sûr.
Nos contemporains recherchent manifestement autre chose que des biens, monnayables, de la technique, du confort. Nous voyons aussi l’importance que peut avoir la confiance dans le sentiment de bonheur. Mais on ne leur pose pas la question de savoir s’ils ont confiance en Dieu !

Les hommes et les femmes d’aujourd’hui comme ceux d’autrefois, ont besoin de paix, de liberté, d’espérance, de confiance… Nous nous rapprochons de notre sujet ! En occident nous avons cru pendant un moment que le progrès irrésistible des sciences et des techniques, rendait caduques les religions. Le 21e siècle a montré l’inverse. La recherche de Dieu a pris des tours parfois discutables, où étaient oubliés des composants notables du bonheur… comme la paix.
D’un côté les modernes européens ont montré qu’ils avaient besoin d’autre chose que des biens de consommation. D’un autre les révolutions arabes, comme on les appelle, montrent que la religion ne peut servir d’étouffoir aux aspirations humaines fondamentales.

Le Dieu en qui je crois, ne m’enseigne pas que le bonheur est pour après la vie. Si j’en crois l’Ecclésiaste (Qoheleth) il ne faut pas absolutiser le bonheur, ici-bas. Notre bonheur est limité, mais réel et donné par Dieu.
Le Qoheleth est connu par un discours d’apparence désabusé, tout est vanité… Le bonheur également… quand il est absolutisé. Mais cela ne l’empêche pas de poser cette question : à quoi servirait-il de vivre deux fois mille ans, sans jouir du bonheur (6.6) ? Le bonheur possible, petit bonheur sans doute, apparaît un peu comme des arrhes. Il ne s'agit donc pas de renoncer pour avoir, mais de recevoir pour encore recevoir, de Dieu !

Avoir le goût du bonheur, c’est avoir le goût de Dieu. Il est écrit dans un Psaume : « goûtez et voyez combien le Seigneur est bon, heureux l’homme qui trouve en lui un abri » Ps 34.9.
Il me semble que nos contemporains montrent qu’il ne faut pas jouer les droits de l’homme contre les droits de Dieu. Dieu n’échange pas de la souffrance ici-bas contre du bonheur dans l’au-delà.
Les religions doivent donc veiller à ne pas tenir des discours qui finalement opposent Dieu et l’homme. Dieu aime le monde, il aime les hommes même si les hommes ne lui rendent pas toujours.
Il est tellement évident que le bonheur ici-bas ne peut être complet, que certains de nos contemporains ont tendance à vivre dans la peur. Les catastrophes alimentent la conviction que la fin du monde est proche.
La dernière fièvre eschatologique annonce la fin du monde pour 2012, le 21 décembre. Comme solution, certains ont suggéré de supprimer cette date du calendrier ! Trêve de plaisanterie, ce genre de prédiction est un genre bien connu qui suscite toujours bien des émois. Cela signifie-t-il qu’il n’y aura jamais de fin ? Non, évidemment. Mais cela rappelle que l’humanité qui cherche le bonheur est aussi hantée par la peur du jugement. Certains voient dans le cataclysme, la violence du jugement, une réponse à leur angoisse. Ainsi l’humanité n’a guère changé. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. J’espère que les religions résisteront aux pulsions de violence de l’humanité pour favoriser son goût pour le bonheur qui me semble correspondre au vœu de Dieu.


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