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14 janvier 2002

Le Parlement européen mobilisé contre l'exécution par lapidation d'une Nigeriane

STRASBOURG - Un groupe de parlementaires européens a écrit au président nigérian Olusegun Obasanjo, lui demandant d'intervenir pour éviter l'exécution par lapidation d'une jeune femme coupable, au regard de la loi islamique, d'avoir eu un enfant hors mariage.

Cette lettre, rendue publique lundi, est signée par 72 députés membres de la commission du Parlement de Strasbourg pour les relations avec l'Afrique.

Le cas de Safiya Hussaini Tungar-Tudu, 36 ans, doit être réexaminé lundi en appel par un tribunal islamique du nord du Nigeria. L'année dernière, la jeune femme, divorcée mais enceinte, avait été reconnue coupable de relations sexuelles hors mariage et condamnée à la mort par lapidation. Elle a bénéficié d'un sursis, le temps d'accoucher et de sevrer le bébé.

La sentence a été imposée par un tribunal islamique de Gwadabawa, dans l'Etat du Sokoto, qui figure parmi la dizaine d'Etats à majorité musulmane du nord du pays à avoir réinstauré la charia en 2000.

 Le partenaire sexuel de Safiya a lui été relaxé par le même tribunal, faute de preuves. Cette homme d'une soixantaine d'années, ami de son père, aurait violé la jeune femme à plusieurs reprises, et c'est ce que plaideront les avocats de Safiya Hussaini en appel. Quant à la jeune femme, sa seule grossesse aura suffi comme preuve pour la condamner.

L'eurodéputé britannique John Corrie, un conservateur, a remercié le président Olusegun Obasanjo, chrétien d'ethnie yoruba, d'être intervenu, empêchant que l'exécution ait lieu samedi dernier. Il l'a également exhorté à continuer à agir pour éviter cette lapidation, ''ainsi que toutes les futures exécutions''.

 ''Nul ne devrait sous-estimer l'opinion répandue dans nombre de pays du monde, selon laquelle toutes les lois devraient respecter les règles internationales régissant les droits de l'Homme'', écrit John Corrie, dénonçant ce traitement ''inhumain, barbare et cruel''.

Cette affaire a en effet provoqué une vive indignation dans le monde. En France, le Parti communiste français (PCF) et le MRAP (Mouvement pour l'amitié entre les peuples), notamment, se sont mobilisés pour obtenir la clémence pour Safiya Hussaini. Et le Quai d'Orsay s'est dit préoccupé, ''particulièrement mobilisé'', réclamant la clémence

La jeune femme a été condamnée au sort réservé aux adultères dans les interprétations les plus extrémistes de la charia: elle doit être enterrée, seule sa tête et son buste dépassant du sol, et lapidée jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Il s'agirait de la deuxième condamnation à la lapidation au Nigeria depuis le rétablissement de la charia. Un homme, condamné à la même peine pour avoir sodomisé un petit garçon de sept ans, a fait appel et est actuellement en prison. La première exécution a eu lieu le 3 janvier: un homme a été pendu pour meurtre.

Le Nigeria, le pays le plus peuplé d'Afrique avec 120 millions d'habitants, compte plus de 250 groupes ethniques, dont les plus puissants sont les yorubas, chrétiens, au sud, et les haoussas, musulmans, au nord. Le pays est agité sporadiquement par des vagues de violences ethniques, politiques, séparatistes et religieuses, qui ont fait plusieurs milliers de morts depuis l'arrivée au pouvoir de l'ancien général Obasanjo, premier régime civil après des décennies de dictature militaire.

Fin décembre, le Nigeria a été secoué par l'assassinat du ministre yoruba de la Justice Bola Ige, importante figure politique et proche du président Obasanjo. Ce meurtre a déclenché de violentes émeutes, et les Yorubas ont accusé les Haoussas d'en être responsables. Plusieurs journaux ont évoqué en outre la possibilité que Bola Ige soit mort parce qu'il s'opposait au retour de la charia.