LES ECRITURES. APPROCHE CATHOLIQUE
1) DES ECRITS A LA SAINTE ECRITURE
Les Ecritures sont tout d’abord un corpus de textes, parvenus à nous grâce à une diversité de manuscrits, qui présentent entre eux quelques variantes. Avant tout travail de traduction, il faudra établir le texte, avec tout ce que cela implique de réflexions, de recherches et de discernement.
Ce corpus ressemble moins à un livre qu’à une bibliothèque d’écrits d’époques diverses, s’étalant sur près d’un millier d’années. Ces livres appartiennent à des genres littéraires très différents : récits, chroniques, poèmes, prières, livres juridiques, écrits prophétiques, sentences, lettres et même un genre littéraire un peu particulier appelé « évangile ».
Cette bibliothèque est close. Elle a été voulue ainsi, d’abord par le Judaïsme après la destruction de Jérusalem en 70 après Jésus-Christ, puis par l’Eglise chrétienne qui établit le canon des Ecritures au cours du 3° siècle. L’Eglise catholique donnera une liste exhaustive des livres qu’elle considère canoniques au Concile de Trente au 16° siècle : 46 livres pour l’Ancien Testament (45 si Lamentations et Jérémie sont mis ensemble) et 27 pour le Nouveau.
Ces textes peuvent être l’objet de multiples approches et susceptibles, comme tout autre produit culturel, de multiples modes de lecture (historico-critique, psychanalytique, symbolique, structurale, narrative…). Dans cette approche, même la clôture du corpus peut être remise en question : on situe les textes bibliques en lien avec d’autres textes qui ont apparu à la même époque qu’eux. Je pense en particulier à la foisonnante littérature apocalyptique de la fin du premier siècle ou de la première moitié du second.
Pour des chrétiens, cette bibliothèque est composée de deux types de textes, des textes d’avant l’ère chrétienne, appelés Ancien (ou Premier) Testament et des textes du premier siècle de l’ère chrétienne, appelés Nouveau Testament. C’est l’événement de Jésus Christ, Fils de Dieu, venu nous révéler et nous communiquer la tendresse du Père, la bonté surprenante de Dieu, qui est au cœur de ce corpus des Ecritures. La religion chrétienne n’est pas une religion du « Livre » mais une religion de la personne et de la Parole, celles de Jésus Christ qui vient nous révéler le vrai visage du Père. Dans une perspective chrétienne, l’Ancien Testament, à travers la mise en œuvre d’une lente pédagogie de Dieu vis-à-vis de son peuple, est une préparation à la venue de Jésus et le Nouveau est une évocation du passage, de la parole et de l’action de celui-ci.
En Jésus Christ se révèle le visage d’un Dieu qui veut entrer en relation avec les hommes, sceller avec eux une alliance d’amour. A travers la vie du Peuple juif et celle de Jésus se révèle l’offre de Dieu, c’est-à-dire l’invitation faite à l’homme d’entrer dans une communion avec lui, communion, source de vie pleine, de transformation intérieure et de paix.
Dans une lecture de foi, ces textes des Ecritures ne sont pas simplement une expression contingente et partielle de ce que les hommes ont perçu de la Révélation de Dieu, mais ils sont le lieu de la communication de la Parole de Dieu, de ce que Dieu aujourd’hui veut dire à l’homme. Ces Ecritures sont saintes car elles sont le lieu de révélation aujourd’hui de la Parole de Dieu. Le Concile Vatican II écrit : « Dans les Saints livres, en effet, le Père qui est aux cieux vient avec tendresse au-devant de ses fils et entre en conversation avec eux. » (Dei Verbum, n° 21). Comme Jésus a été pleinement homme et pleinement Dieu, les Ecritures sont à la fois pleinement humaines et pleinement divines, au sens où elles sont inspirées par Dieu, par l’Esprit Saint. Il faut à la fois souligner leur aspect humain, parfois trop humain, d’incarnation dans une culture et leur aspect de communication d’une Parole de Dieu, qui est lumière et force de transformation pour ceux qui l’écoutent et la reçoivent. « En effet, les paroles de Dieu, exprimées en langues humaines, ont pris la ressemblance du langage humain, de même que le Verbe du Père éternel, ayant assumé l’infirmité de notre chair, est devenu semblable aux hommes. » (Dei Verbum, n° 13)
2) L’INSPIRATION DES ECRITURES
Ceci nous invite à avoir une conception large de l’inspiration des Ecritures, c’est-à-dire de l’action de l’Esprit qui nous permet de discerner dans les Ecritures la Parole même de Dieu. Il paraît important de situer l’action de l’Esprit Saint :
- tout d’abord dans les événements qui sont interprétés comme lieu où Dieu donne des signes de sa présence et de sa volonté. Jésus de Nazareth lui-même n’a rien écrit. C’est par ses paroles et par ses gestes (accueil, pardon, guérison, miracle…) qu’il révèle la puissance de Dieu à l’œuvre : Le Règne de Dieu s’est approché de vous !
- ensuite dans la communauté des disciples qui garde mémoire de ces souvenirs, de ces paroles, qui les transmet de vive voix dans des catéchèses, des célébrations, des annonces à l’extérieur, des prières…. C’est dans cette communauté que souvent commencent à être mis en forme ces témoignages. Notons que la tradition orale et l’Eglise précèdent ainsi les Ecritures et vont en être le milieu porteur. On peut dire que les Ecritures cristallisent ce dont était porteuse la tradition apostolique.
- L’Esprit guide aussi les rédacteurs qui vont coucher par écrit ces témoignages : « Les auteurs sacrés composèrent donc les quatre Evangiles, choisissant certains des nombreux éléments soit oralement soit déjà par écrit, rédigeant un résumé des autres, ou les expliquant en fonction de la situation des Eglises, gardant enfin la forme d’une prédication, de manière à nous livrer toujours sur Jésus des choses vraies et sincères. » (Dei Verbum, n°19) L’Esprit Saint ne dicte pas mécaniquement le texte révélé aux auteurs bibliques mais il passe par leur humanité, leur culture, leur foi, leur passion pour le Christ et pour l’Evangile.
- C’est aussi l’Esprit qui guide les Eglises quand elles vont faire ce travail de discernement pour ne garder que les textes dans lesquels se reflète vraiment l’enseignement des apôtres. Cette Eglise qui va clore le Canon est une Eglise qui vit, qui se nourrit de la Parole et de l’Eucharistie, qui possède une structure apostolique, épiscopale, qui se sait chargée du ministère de régulation doctrinale pour que l’Eglise vive bien sa foi « selon la confession de foi des apôtres. » Cette clôture du canon ne doit pas être vue comme une mainmise de l’Eglise sur les Ecritures mais comme le geste d’obéissance d’une Eglise qui reconnaît comme s’imposant à elle ces Ecritures, fidèles expressions de la foi apostolique. L’Eglise se met sous l’Ecriture et accepte de se laisser juger par elle. Le critère utilisé pour ce choix est celui de l’emploi du livre dans la liturgie de l’Eglise. On reconnaît que le texte est inspiré parce qu’on l’a expérimenté ecclésialement comme inspirant.
- C’est l’Esprit qui agit aujourd’hui dans le cœur de l’Eglise et dans le cœur de chaque croyant quand ils ouvrent les Ecritures. C’est lui qui leur fait discerner en elles la Parole de Dieu. C’est lui qui est lumière, illumination, force transformante des cœurs et des esprits. C’est l’Esprit qui permet à chaque croyant d’être cette bonne terre, qui porte du fruit et du fruit au centuple. Là aussi l’inspiration de l’Ecriture se manifeste par tout ce qu’elle inspire dans le cœur des croyants : « La force et la puissance que recèle la Parole de Dieu sont si grandes qu’elles constituent, pour l’Eglise, son point d’appui et sa vigueur et, pour les enfants de l’Eglise, la force de leur foi, la nourriture de leur âme, la source pure et permanente de leur vie spirituelle. » (Dei Verbum, n° 21)
- C’est enfin, l’Esprit qui conduit l’Eglise vers la vérité toute entière, c’est lui qui lui garantit qu’elle n’errera pas dans la foi. En effet, elle est doté d’un double charisme, articulé d’ailleurs l’un sur l’autre : le sens de la foi des fidèles au sein du peuple de Dieu et le service du Magistère, chargé de veiller à ce que l’interprétation de l’Ecriture soit toujours fidèle à la confession de foi apostolique et à la Tradition vivante de l’Eglise.
3) SE NOURRIR DES ECRITURES
Je crois qu’on peut parler pour l’Eglise catholique d’un véritable mouvement de redécouverte des Ecritures, dans tout le 20° siècle (surtout durant la 2° partie du siècle et le début du 21°). Le Concile VATICAN II a beaucoup contribué à lire les Ecritures comme lieu où retentit la Parole de Dieu : « (Il faut) que l’accès à la Sainte Ecriture soit largement ouvert aux chrétiens. » ( Dei Verbum, n° 22) Dans son projet de réforme liturgique il demande que la lecture des Ecritures soit à l’honneur, qu’on trouve sa proclamation au cœur de toute célébration, qu’on permette un accès à une plus grande variété des textes bibliques : Trois lectures à l’Eucharistie dont un texte de l’ancien Testament. Proclamation de l’Evangile sur un cycle de trois ans : ce qui permet, outre le contact avec l’évangile de Jean, d’écouter chaque année un évangile synoptique : Matthieu, Marc et Luc.
Outre le fort investissement consenti dans l’exégèse biblique tout au long du siècle, on constate aujourd’hui une multiplication de groupes bibliques, de groupes de lecture de l’Evangile, de parcours spirituels bibliques. Il y a une attente pour découvrir les Ecritures, les lire et les entendre comme une Parole de Dieu, pour découvrir en elles la présence vivante de Jésus Christ. Saint Jérôme ne disait-il pas : « Ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ. » ? Se vit aujourd’hui dans l’Eglise catholique la réception de ce que le Concile Vatican II avait souhaité et demandé : « Que l’étude de la Sainte Ecriture soit donc pour la sacrée théologie comme son âme. Que le ministère de la Parole, qui comprend la prédication pastorale, la catéchèse, et toute l’instruction chrétienne, où l’homélie liturgique doit avoir une place de choix, trouve, lui aussi, dans cette même Parole de l’Ecriture, une saine nourriture et une saine vigueur. » (Dei Verbum, n°24)