Le futur commun, une évidence à interroger
L’humanité a un futur commun dans la mesure où il n’y a plus un coin du monde où des actions et même des propos d’une certaines ampleurs n’aient des répercutions sur le reste de la terre. Que ce soit au niveau de l’impact des activités humaines sur le climat, des décisions politiques, des règles du commerce international, à tous les niveaux, tous les pays du monde sont dans une interaction pas forcément souhaitée ni souhaitable, donc sur beaucoup de plans, dans une communauté de destins subie.
La Chine et beaucoup de pays africains ont un futur commun, pas forcément dans l’intérêt de toutes les parties, mais cela est inévitable. L’Inde, les États-Unis, l’Amérique latine ont un futur commun avec le reste du monde, pas forcément pour le bien de toutes les partis.
La question, ce serait donc : un futur commun, cela va de soi, mais dans quel sens ?
L’Europe et l’Afrique ont un passé commun, du moins à partir de certaines périodes bien connues de l’histoire de l’humanité. Que ce soit par des échanges relativement limités grâce aux navigateurs portugais, hollandais vénitiens, ou, un peu plus tard par les périodes plus douloureuses de la traite des noirs, puis de la colonisation. Dans le présent, ces deux périodes qui ont duré au total des siècles sont encore lourds de toutes les conséquences dans les destins parallèles et communs de l’Europe et de l’Afrique : d’abord, à partir des principales nations colonisatrices, des communautés de langue se sont créées autour du français, de l’anglais, de l’espagnol et de l’italiens, ce qui, tout en rappelant la douleur de l’histoire constitue un lien essentiel pour le présent et en même temps pour l’avenir.
On peut donc considérer comme évident le fait que l’Europe et l’Afrique aient un destin en commun. L’histoire les a liées pour le pire, cela est indéniable. Mais y a-t-il pour elles le meilleur dans leur futur commun, au vu de leurs rapports actuels ? Entre une entité plurielle puissante qui aspire à l’être davantage (l’Europe) et une autre entité plurielle dont la voix est moins audible dans le concert des nations (l’Afrique), le futur commun pourrait-il signifier la permanence d’un lien de vassalisation ?
Les rapports actuels surtout entre la France et ses anciennes colonies peuvent laisser augurer d’un futur commun fait de conflits plus ouverts entre de nouvelles élites politiques désireuses de s’affranchir des anciennes tutelles et ces mêmes anciennes puissances qui ne penseraient pas l’Afrique dans sa globalité en terme de partenaire pluriel pesant dans la balance, mais comme l’objet de discours parfois très paternalistes (le récent discours de Sarkozy à Dakar) et des pratiques politiques et économiques qui renforceraient la vassalisation de la partie faible (le pouvoir absolu d’Elf dans les pays où cette société se charge de l’exploitation du pétrole, les attitudes parfois ambiguës de la France dans la gestion des conflits politiques dans certains pays comme le Rwanda ou la Côte d’Ivoire.)
Le futur commun entre l’Europe et l’Afrique prendra le visage que des pays africains parviendraient à lui donner en s’offrant les moyens de devenir des partenaires de poids dans le concert des nations, comme c’est le cas aujourd’hui de la Chine ou même de l’Inde, sans que ces deux pays aient pour autant résolu les problèmes matériels de la majorité de leurs citoyens.