Nous sommes au terme de ces trois jours de dialogue autour d’un thème si décisif : « Pour un monde sans violence ». Est-ce un rêve ? Un exercice rhétorique de bons sentiments ?
Oui, c’est un rêve. Je l’ai lu sur les lèvres des populations du Darfour, de l’Ouganda du Nord, de la Birmanie. Je l’ai perçu pendant la guerre au Liberia. Nous le percevons chaque jour parmi les populations du Moyen-Orient. Un monde sans violence est le rêve de ceux qui sont pris en otage par la criminalité. C’est le rêve de ceux qui vivent dans l’insécurité sous les menaces du terrorisme. C’est le rêve de ceux qui voient les jeunes grandir à l’école de la violence, se préparant à de sombres lendemains.
Oui, c’est un rêve. C’est le rêve le plus beau : un rêve de paix. C’est le rêve le plus humain.
C’est un rêve que Chrétiens, Juifs, Musulmans, Bouddhistes, Hindouistes, Shintoïstes, croyants des religions ont accueilli dans leur prière ce soir. Nous croyons à la force de la prière. Elle peut déplacer les montagnes. L’esprit fait l’histoire. Extirper l’esprit de l’histoire, comme on l’a vu au 20e siècle, veut dire souvent priver l’homme de son cœur, priver la vie de son âme. La paix a besoin du réalisme et de l’espérance de l’esprit.
Pour les croyants, le rêve d’un monde de paix n’est pas une utopie, mais plutôt un idéal à vivre, pour lequel lutter, prier, œuvrer. Un idéal auquel on ne peut renoncer ! Un monde sans idéaux meurt ou se dévalorise. La paix se réalise avec patience, avec une grande patience qui recompose les fractures.
La paix est un rêve à réaliser avec patience et pour lequel il faut prier avec insistance. C’est un rêve vers lequel il faut orienter les bons sentiments des peuples : l’amour, le respect pour l’autre, la recherche de la justice, la patience. Parce que les sentiments des hommes et des peuples sont importants. Et les religions les orientent en profondeur. Les bons sentiments sont importants ; ne les méprisons pas, comme le font ceux qui cultivent le pessimisme ou les prophètes de malheur, partisans d’un faux réalisme qui bannit l’esprit de la vie et de l’histoire.
Les religions ne sont pas un drapeau sous lequel on combat. Il est honteux que le terrorisme les exploite. Benoît XVI rappelait avant hier aux leaders religieux : « Devant un monde déchiré par les conflits, où parfois on justifie la violence au nom de Dieu, il est important de souligner que jamais les religions ne peuvent devenir des véhicules de haine ». Oui, l’esprit s’éteint quand les religions deviennent violentes.
Nous sommes reconnaissants au Saint Père pour sa présence au milieu de nous, ferme, claire, sereine. En tant que grand témoin de l’espérance, il nous a réconfortés en nous disant que « L’Eglise catholique veut continuer à parcourir le chemin du dialogue pour favoriser l’entente entre cultures diverses, traditions et sagesses religieuses ».
Je crois que cet engagement lumineux sera suivi par toutes les communautés religieuses du monde, pour réaliser avec plus d’audace une nouvelle saison de travail pour la paix à travers le dialogue, l’amitié, le franc débat. En cette nuit de Naples, les religions reluisent comme des lumières de paix.
Benoît XVI nous a donné l’exemple, s’asseyant à table avec des représentants de différentes Eglises, communautés ecclésiales et religions : partager le repas est déjà un grand signe de paix. Nous devons tous nous asseoir à table avec les autres pour parler, pour nous regarder dans les yeux et pour franchir les distances. La paix se construit dans nos cœurs par un service humble et tenace.
Tout conspire à nous rendre pessimistes, pour nous faire renoncer à un grand dessein. Le pessimisme semble plus fort que tout, comme s’il était la vérité maligne de l’histoire. Les nouvelles de chaque jour sont filtrées par une information qui les réduit à des commérages et les rend vulgaires. C’est l’expression d’un monde qui a renoncé à la lucidité d’un grand dessein et qui, dans sa faiblesse, se cache derrière des paroles grandiloquentes : qui appelle force la faiblesse, intelligence le préjugé rétrograde.
Mais ces jours-ci nous ont appris à regarder au loin, pleins d’espérance. Non seulement au-delà de la fumée du pessimisme et des prophètes de malheur : Mais aussi au-delà des grandes crises. Les acquis de ces jours-ci sont nombreux. Permettez-moi d’en souligner un, le réalisme vrai du dialogue entre Israéliens et Palestiniens d’hier après-midi, expression de la volonté d’aboutir rapidement à un accord pour cette terre déchirée.
Aujourd’hui, à Naples, nous sentons le besoin d’une saison plus audacieuse impliquant davantage les religions à la réconciliation des hommes et des peuples auxquels il faut rappeler la responsabilité de la paix. Car la paix est menacée. Et la paix a besoin de tisseurs patients et tenaces qui sachent vivre le réalisme de l’esprit. Sans esprit il n’y a pas de paix.
Le climat de Naples, la chaleur humaine, la collaboration généreuse et convaincue des Institutions ont soutenu cet événement qui n’a pas été seulement un congrès mais un mouvement de peuple et de paix. Naples sait ce qu’est la paix parce qu’elle sait combien la violence fait souffrir. Avec ardeur, Naples a été la capitale du dialogue de la Méditerranée, ville de paix. C’est pour cela que je dis : merci Naples !
Merci à l’Eglise de Naples, à son archevêque, le cardinal Crescenzio Sepe, qui nous a montré comment la spiritualité peut être une source intarissable de courage pour la paix. Sans sa ténacité, cet évènement de paix n’aurait pas pu fleurir !
Merci, leaders religieux, qui venez de partout dans le monde et montrez que la paix a ses racines dans la foi et a les couleurs de l’arc-en-ciel.
Merci, enfin, vous tous, amis napolitains qui avez collaboré bénévolement et généreusement à la réalisation de cette manifestation ! Merci à mes amis – si je peux dire – de Sant’Egidio, qui nombreux se sont mis au service de cette rencontre par leur travail humble et généreux !
Merci, Monsieur le Président de la République, parce que par votre présence et vos paroles, fruit de votre grande expérience du monde et des hommes, vous fortifiez notre conviction que le dialogue est le chemin qu’il faut parcourir pour réaliser un monde meilleur.