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Des voix du Burkina Faso, un pays cher à la Communauté frappé par la violence

16 Mise À Jour De 2016 - OUAGADOUGOU, BURKINA FASO

L’attentat terroriste à Ouagadougou, où Sant’Egidio est présente

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"Ils ont voulu toucher un pays où la cohabitation entre différentes religions est possible". Mira Gianturco, responsable internationale du programme Bravo, de la Communauté de Sant'Egidio, se trouve à Ouagadougou et a vécu retranchée chez elle les heures dramatiques de l'attaque djihadiste dans le centre de la capitale burkinabé. "Ce matin, des dizaines d'amis musulmans m'ont appelée, des personnes qui voulaient savoir comment j'allais, si tout allait bien. L'un d'eux est même venu chez moi me chercher".

Les religions mulsumane, chrétienne et traditionnelle ont toujours vécu ensemble de manière pacifique au Burkina Faso. "La cohabitation a été et est possible. Ce qui frappe, c'est que cette attaque arrive au moment où une page se tourne après le coup d'Etat : un président a été élu, un gourvenement a été créé, la transition est terminée. On veut empêcher la poursuite de ce processus. Mais il existe beaucoup de signes de la volonté des gens de vivre ensemble et il est important que ce qui est arrivé et la peur ne bloquent pas ce processus".

"Je pense que cet attentat a été accompli non seulement pour déstabiliser le pays mais aussi pour frapper la cohabitation entre les peuples. Pour frapper un lieu où de nombreux frères et sœurs d'Occident étaient présents", ajoute le Père Philippe Zongo, l'un des responsables de Sant'Egidio très impliqué au Burkina Faso et qui vient de rentrer à Rome. Selon le religieux, l'attaque est "quasiment une copie" de ce qui s'est passé à Bamako, au Mali, où, en novembre, un hôtel très fréquenté par des étrangers a été pris d'assaut. C'est donc "un message à toute l'humanité, c'est un problème qui concerne l'humanité entière". Le Père Zongo craint lui aussi que l'assaut ne puisse de quelque manière miner la cohabitation entre musulmans et chrétiens (ces derniers représentent environ 30 % de la population) qui a jusqu'à présent donné de bons fruits. "Il existe une cohabitation séculaire entre musulmans et chrétiens et il y a toujours eu un fort dialogue d'amitié", a-t-il souligné. Mais à présent cette attaque "pourrait être interprétée comme une opposition entre musulmans et chrétiens alors qu'il ne s'agit pas d'un problème de religion. Le problème est le mal qui ronge notre société". "Comme toujours le mal est présent et veut semer la peur, mais nous, nous ne cédons pas à la peur, car nous sommes certains qu'ensemble nous pouvons sauver le monde", a assuré le religieux.

Au Burkina Faso, la Communauté de Sant'Egidio est très active et présente. "Nous faisons le service de la prière, des rencontres, le service aux pauvres", a encore expliqué le Père Zongo. "Cette année par exemple nous avons réalisé le repas de Noël avec les prisonniers et les enfants des rues". Le repas servi aux enfants des rues est un rendez-vous hebdomadaire qui se déroule dans un centre situé dans la rue où se trouve l'Hotel Spendid. "C'est aussi une manière de renforcer les relations humaines et la culture de la vie, les valeurs spirituelles".

Bravo (Birth Registration for all Versus Oblivium) réalise depuis 2009 une campagne d'enregistrement pour assurer la délivrance d'un acte de naissance à ceux qui, autrement, ne pourraient pas l'obtenir. "L'absence d'enregistrement à l'état civil alimente les conflits et est source d'instabilité. C'est le cœur du problème, donner une identité à ceux qui n'en ont pas. Nombre de ceux qui se livrent à la violence proviennent des catégories sociales les plus défavorisées. Si l'on réussit à donner une identité à tous, la sécurité aussi en sortirait renforcée". Chaque année, fait savoir la Communauté de Sant'Egidio, 51 millions d'enfants dans le monde ne sont pas enregistrés à l'état civil et deviennent ainsi la proie facile d'abus de tout type, des abus sexuels à l'enrôlement dans les forces armées, en passant par le travail des enfants et les mariages précoces. Deux petites filles sur trois en Afrique subsaharienne ne sont pas enregistrées à l'état civil et sont d'un point de vue légal des enfants "invisibles".

Source AGI