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Andrea Riccardi : L’avenir de l’Europe se joue en Méditerranée

14 Juillet 2017

Pourquoi fuient-ils leur pays ? De nombreux pays sont en proie à la guerre ou à la crise climatique, mais certains n’y voient simplement pas d’avenir. Il y a besoin d’agir en Afrique pour le développement et pour aider les jeunes à affectionner de nouveau leur terre.

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Les migrants provenant d’Afrique sont plus qu’une urgence. Il faut des réponses qui ne soient pas dictées par l’émotion. Les flux de migrants provenant de l’Afrique augmentent. Ce n’est pas une urgence, mais un « exode » constant. Que faire ? C’est une invasion ? Des tensions ne vont-elles pas éclater entre Italiens et nouveaux arrivants ? Ce sont les questions quotidiennes. La réponse forte semble être le « mur » : empêcher les arrivées. Il n’est pas possible de le faire, comme la Hongrie et les autres pays de l’est. Devant nous, il y a la mer. Il faudrait alors bloquer les côtes libyennes. Ou fermer les ports. Mais un problème aussi grand a besoin de solutions réfléchies, qui ne soient pas dictées par l’émotion. Ce qui est en jeu, c’est l’humanité dans le traitement de nombreuses personnes qui se déplacent sur des embarcations de fortune, fournies par de riches organisations criminelles. En 1942, le navire roumain Struma rejoignit Istanbul avec 800 Juifs à bord. Les autorités turques l’emmenèrent au large, car les Anglais lui avaient refusé l’entrée en Palestine. Le navire coula au large d’Istanbul avec son chargement humain, frappé par un sous-marin soviétique. Pouvons-nous accepter qu’il advienne de même en Méditerranée ? Que se passe-t-il en Afrique ? Certains Africains fuient la guerre ou la crise climatique. Pourquoi sont-ils si nombreux à venir de la Guinée ou de la Côte d’Ivoire, où il n’y a pas de guerre ? Il y a une perte de la confiance des jeunes dans leur pays, dans lequel ils ne voient plus d’avenir. Ainsi, comme le propose la chancelière Merkel, il faut agir en Afrique pour le développement et aider les jeunes à affectionner de nouveau leur terre. J’ajoute : il faut responsabiliser les présidents africains, lesquels ne montrent pas qu’ils ressentent avec force le drame des exodes. Il y a ensuite le trou noir du désert entre la Libye et le Niger, où des acteurs tribaux se connectent à des organisations criminelles. Depuis des années, je dis avec insistance qu’il faut renforcer les Etats du Sahel et du Sahara, en rappelant combien l’intervention militaire en Libye contre le régime criminel de Kadhafi a créé une situation bien pire. La question porte aussi sur l’Europe. Sa politique a été de laisser la « patate chaude » dans les mains de l’Italie (où arrivent 90 % des embarcations) et de la Grèce. Nous sommes fiers de notre pays pour son engagement à secourir et accueillir. L’échec de la répartition des réfugiés  dans les pays européens montre pourtant l’indisponibilité à partager le poids qui pèse sur l’Italie. Seule l’Allemagne est solidaire. La France hésite pour des raisons d’opinion publique. Marco Impagliazzo a rappelé qu’il y a une directive UE de 2001, selon laquelle face à un afflux massif de réfugiés on peut accorder, de manière solidaire, la protection temporaire avec l’engagement des Etats membres. La réception de cette directive est validée avec le vote de 14 des 27 Etats membres. De cette manière ou d’une autre, la solidarité européenne est sollicitée. De même qu’après 1989, les pays européens ont soutenu la réunification de l’Allemagne et se sont ouverts ensuite aux Etats de l’est, de même l’Union européenne se joue aujourd’hui en Méditerranée avec ceux qui arrivent sur nos côtes et avec l’Afrique.