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« Le monde doit abolir le plus prémédité des assassinats. » Un vote positif à l’ONU pour un moratoire des exécutions. Editorial d’Andrea Riccardi

18 Décembre 2020

Peine de mort
Andrea Riccardi

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La mobilisation est utile, comme le montre l'engagement de la Communauté de Sant'Egidio : 114 États sur 193 ont aboli la peinde de mort. Le 12 décembre, le vote de l'ONU sur le moratoire a vu une progression des votes en faveur du moratoire universel : 123 (2 de plus que lors du dernier vote), 38 contre et 24 abstentions.

"La peine de mort est le plus prémédité des assassinats". C'est par ces mots de Gigi Proietti, décédé récemment, que s'est ouverte cette année l'édition de "Villes pour la vie, villes contre la peine de mort", organisée par la Communauté de Sant'Egidio. Les règles de la distanciation sociale n'ont pas permis le rassemblement traditionnel au Colisée avec la participation de tant de jeunes. La journée a donc été célébrée à distance sur le Web, avec des intervenants remarquables et des témoins des couloirs de la mort.

Cette initiative annuelle soutient la Campagne mondiale pour un moratoire sur la peine capitale, menée par l'Italie depuis 2007, année de la première résolution à cet effet soumise à l'Assemblée générale des Nations unies. Depuis lors, la peine de mort a fait de nombreux pas en arrière : aujourd'hui, 114 États sur 193 l'ont abolie (8 seulement pour les crimes de droit commun) et 28 sont abolitionnistes de fait, ayant suspendu les exécutions. C'est un pas décisif vers l'abolition totale. La campagne a touché de nombreux États où la question est sensible : les États-Unis, le Japon, l'Inde et les pays islamiques. Le mouvement des "Villes pour la vie" permet également aux communes de pays qui maintiennent la peine de mort d'adhérer à la campagne, élargissant ainsi la base du consensus. 

Un mouvement international qui franchit les frontières culturelles, religieuses et politiques. À ce jour, 2 371 communes y ont adhéré et tous les 30 novembre - date de la première abolition officielle par le Grand-Duché de Toscane en 1786 - un monument de la ville est illuminé en signe de soutien.

Cette année, la journée a été ouverte par David Sassoli, président du Parlement européen, qui a parlé de "l'échec" de la peine capitale, qui n'est pas dissuasive pour la criminalité (l'une des principales justifications de son maintien). L'une des pires caractéristiques de la peine capitale, a souligné Mario Marazziti, coordinateur de l'événement, est son irréversibilité. La juge sud-africaine Navi Pillay, présidente de la Commission internationale contre la peine de mort, s'est adressée à Joe Biden souhaitant un moratoire aux États-Unis, dont 22 États sont actuellement abolitionnistes et 3 observent un moratoire.

Le point de vue musulman a été présenté par l'avocate malaisienne Suzana Norlihan Ujen : "La charia elle-même n'impose pas la peine de mort et ne la recommande pas". Le tweet du pape François, arrivé pendant l'événement et reprenant le hashtag de l'initiative (#nodeathpenalty), a créé une grande surprise. Il a écrit : "Même le meurtrier ne perd pas sa dignité personnelle et Dieu s’en fait le garant. Le rejet ferme de la peine de mort montre à quel point il est possible de reconnaître l’inaliénable dignité de tout être humain". 

La juriste Sandra Babcock a parlé de Lisa Montgomery, dont l'exécution est prévue en janvier 2021 aux États-Unis. C'est là une histoire de violence terrible, subie dans son enfance, qui l'a traumatisée à vie et qui explique comment elle en est venue à commettre un crime. Sa sentence doit être revue !

Un protagoniste a eu le dernier mot : Joaquin Martinez, condamné à mort en 1997 pour un crime qu'il n'avait jamais commis. "Je parle contre la peine de mort, parce qu'elle représente la haine et le manque d'humanité."

Le 12 décembre, un nouveau vote sur le moratoire mondial a eu lieu à l'ONU. Le 30 novembre a représenté une étape importante. La mobilisation se poursuit pour que de nouveaux pays s'ajoutent à la liste de ceux qui abandonnent cette pratique d'un autre âge. L'abolition de la peine de mort est un signe de pacification dans nos sociétés et de respect de la vie, aujourd'hui si menacée, aussi par la pandémie.

Editorial dans Famiglia Cristiana, 13/12/2020
[traduction de la rédaction]