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Au seuil de l'année 2021: où allons-nous ? vers le chaos ou la communauté ? Editorial d'Andrea Riccardi

4 Janvier 2021

Andrea Riccardi

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"Cette forme de gouvernement traverse une période compliquée. Beaucoup sont attirés par les régimes autoritaires et populistes. Malheureusement, il y a encore trop de guerres : de la Libye au Haut-Karabakh".

Chers amis,

L’année 2020, avec la pandémie, a été une année mondiale, au cours de laquelle les frontières ont été dépassées et les phénomènes se sont répandus à grande vitesse. Un seul destin : nous l’avons constaté avec la contagion et l’attente du vaccin. Comme pour nous défendre, nous avons connu de nombreuses réactions à la mondialisation, des particularismes à différents niveaux : national, collectif, personnel (confinement recommandé à juste titre par les autorités sanitaires pour éviter la contagion). De nombreux pays ont fait face seuls à la pandémie. Et parfois aussi des régions. Certains gouvernements ont même nié la nécessité de prendre des précautions, se moquant des "prudents".

Je vous propose que nous nous penchions ensemble sur le seuil de l’année 2021 : il est étonnant de voir à quel point le monde a changé. Les Italiens ont changé. Je rencontre des gens hésitants, presque figés. D’autres qui voudraient faire plus pour la société, mais ne savent pas comment. Le problème aujourd'hui est que nous parlons du virus, mais peu de l'avenir. Essayons de relancer le débat et l'intérêt pour notre avenir, sans rester prisonniers du présent. 

Beaucoup de choses ont changé, et pas toujours pour le pire. L'Union européenne est prête à aider l'Italie à se redresser de manière substantielle. C'est une excellente nouvelle, révélant la réalité positive de l'Union. Ce qui laisse perplexe cependant, c'est la nature querelleuse de la politique, même au sein de la majorité. La vraie opportunité est de bien gouverner et de construire un avenir pour l'Italie. N'oubliez pas que l'idée de s'appuyer sur le populisme est toujours vivante chez beaucoup de nos concitoyens, qui sont perdus. Parfois, les hommes politiques oublient ce que nous risquons. 

Une bonne nouvelle nous vient des États-Unis : l'élection du nouveau président, Joe Biden, une personnalité équilibrée avec une grande expérience internationale, qui connaît la valeur des alliances et de l'Europe. Surtout, il est conscient que les démocraties vivent un moment compliqué partout dans le monde et veut les renforcer. Son prédécesseur, Donald Trump, était un modèle de leader populiste et hors du temps, malgré les institutions démocratiques des États-Unis. Biden renforcera l'alliance entre les démocraties, dans un monde attiré en partie par des régimes autoritaires, semi-autoritaires et populistes. 

Chers amis, il y a encore trop de guerres dans le monde. Regardez la Libye, où des milliers de réfugiés sont toujours emprisonnés dans un système carcéral inhumain. L'islamisme radical devient une alternative à la stabilité en Afrique et attire de nombreux jeunes, tout en profitant des problèmes ethniques non résolus. Les régions sahéliennes et sahariennes sont en difficulté. Le Burkina Faso était un état solide ; il est maintenant en crise : les écoles sont attaquées par des terroristes, comme au Nigeria. Le djihadisme attire et arme des jeunes sans avenir, notamment dans le nord dévasté du Mozambique. Dans le bassin méditerranéen, la guerre en Syrie, qui a commencé en 2011, se poursuit : le pays a été partiellement détruit et les réfugiés se retrouvent partout en Europe. Dans un Liban en proie à une grave crise politique et sociale, ces réfugiés sont aujourd'hui largement affamés. 

Ce qu'il faut, c'est une communauté internationale qui ait le pouvoir d'imposer des initiatives de dialogue. Au lieu de cela, il y a des combats, comme entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan au sujet du Haut-Karabakh. Aujourd'hui, de nombreux gouvernements choisissent facilement d’entrer en guerre avec leurs propres armées ou avec des milices engagées. Martin Luther King a publié en 1967 un livre dont le titre exprime une question qui est toujours d'actualité : Où allons-nous : vers le chaos ou la communauté ? Allons-nous vers le chaos ? Il suffirait de penser aux questions écologiques, ou aux tentatives stériles de plusieurs pays de poursuivre leurs propres intérêts de manière exclusive et indifférente aux autres. 

Le pape François a déclaré : "Nous avons continué notre route, imperturbables, pensant rester toujours en bonne santé dans un monde malade". Cela n'est plus possible aujourd'hui. On ne sauve pas tout seul. Même si vous êtes riche. Même si vous êtes une nation forte. Il est nécessaire de faire ressortir la dimension de la "communauté", du "nous" au niveau local, national et international. Ne nous faisons pas d'illusions : la pandémie ne sera pas une parenthèse, après laquelle nous reviendrons à la vie d’avant. Il est nécessaire de refonder la société sur de nouvelles bases. Nous le devons aux nombreuses personnes qui sont mortes à cause de la pandémie, à nos concitoyens appauvris, à ceux qui ont fait l'amère expérience de l'inadéquation de la société, aux réfugiés qui sont le fruit des guerres. 

On pourrait objecter que c'est une illusion. Mais demandons-nous, chers amis : que puis-je faire ? Nous ne devons pas nous laisser envahir par le découragement ou par un sentiment d'impuissance face aux institutions ou aux protagonistes de la vie publique. Ce monde ne nous convient pas : nous devons le changer ! Chacun de nous peut commencer en quelque chose. Nous devons faire mûrir de nouvelles idées sur l'avenir dans un monde pauvre en idées et sans visions.

C'est le pouvoir des sans-pouvoir, comme l'appelait Václav Havel, intellectuel devenu plus tard président, et qui a contribué, de manière décisive et non violente, à renverser le pouvoir communiste en Tchécoslovaquie. Nous devons - écrit-il - "ne pas avoir honte d'être capables d'amour, d'amitié, de solidarité, de compassion et de tolérance, mais au contraire, libérer ces dimensions fondamentales de notre humanité de l'exil de la sphère privée". Pour lui, "l'espoir d'un avenir positif pour l'humanité réside avant tout dans le réveil de la responsabilité générale". 

Plus modestement, moi non plus, je ne perds pas l'espoir d’un réveil afin que nous habitions ensemble ce monde global, comme une communauté de femmes et d'hommes responsables, avec leurs sentiments. Cela changera profondément la vie, et donc l’année 2021 et les années à venir. 

Andrea Riccardi, Editorial dans Famiglia Cristiana, 3 janvier 2021
[traduction de la rédaction]