news

Noël rappelle la venue de Dieu dans la faiblesse. Effacer Noël, c'est nier l'histoire des chrétiens et de toute l'Europe. Editorial d'Andrea Riccardi

11 Décembre 2021

Andrea Riccardi

Partager Sur

L'image de la Nativité de Giotto projetée sur la façade de la basilique supérieure d'Assise.

Cette fête est un moment important de notre culture : l'idéologie de la neutralité est anachronique...

L'Union européenne veut-elle effacer Noël ? Il y a quelques jours, dans le "Guide de la Commission de l'Union pour la communication inclusive", des propositions surprenantes sont apparues. Parmi elles, l'invitation à ne pas utiliser le mot de Noël, mais plutôt celui de "festivités", et à ne pas utiliser des noms chrétiens comme Marie et Jean, mais des noms neutres comme Malika et Jules, est frappante. L'objectif déclaré de ces mesures est d'éviter les manifestations d'intolérance qui retiendraient pour acquis qu’en Europe, tout le monde est chrétien. En outre, tous les chrétiens ne célèbrent pas Noël à la même date.

Un langage neutre est souhaité afin de ne pas discriminer les autres religions ou les non-croyants. Le "guide" a été retiré, notamment en raison des protestations de nombreuses personnes, dont plusieurs Italiens. Mais la question demeure. C'est un problème de mentalité qui, depuis un moment, se manifeste dans les institutions européennes et dans certains milieux politiques. Une mentalité dépassée. Cette question ne doit pas être abordée dans une logique de défense des valeurs chrétiennes contre le sécularisme.

Regardons la réalité en face : la fête de Noël a parcouru un long chemin dans l'histoire, à tel point qu'elle est vécue au-delà du christianisme. J'ai souvent été surpris de la voir célébrée dans des pays non-chrétiens et par des non-chrétiens. Ce processus a suscité l'inquiétude de ceux qui voyaient qu’on oubliait la spécificité du message chrétien. Le cardinal Biffi a dit il y a des années que nous faisons la fête "en oubliant celui que l'on célèbre : voyez à quoi 'on a réduit Noël aujourd'hui : un événement festif et consumériste".

Noël n'est vraiment pas une fête importune ou discriminante. Il s'agit plutôt d'un moment important et traditionnel de notre histoire et de notre culture. Il ne peut être effacé au nom de la neutralité. Parce qu'un pays implique une histoire et une culture particulières. Et Noël est devenu une fête européenne. La neutralité bafoue l'histoire non seulement des chrétiens, mais aussi de la société dans son ensemble.

Lors des fêtes chrétiennes, les musulmans ou les juifs vont souvent souhaiter leurs vœux à leurs amis chrétiens. C'est devenu une tradition dans certains milieux. Ce geste montre le lien d’un vivre ensemble libre et fraternel dans la diversité.

Avoir des convictions ou une foi n'accable pas les autres, c'est même presque toujours une condition préalable à un dialogue constructif. L'Église n'a pas l'intention de confessionnaliser les pays européens, mais elle est une communauté pour laquelle Noël est une fête qui l'interpelle profondément par son message évangélique et à laquelle elle se prépare pendant l'Avent.

L'idéologie de la neutralité (qui peut être expliquée comme une demande de liberté dans des situations où la majorité est opprimée, ce qui n’est pas le cas) a vraiment un goût du passé. Les femmes et les hommes qui sont perdus, comme en cette époque de transition et dans le monde global, ont besoin de vivre leurs convictions dans le dialogue avec les autres et dans le respect. Le président français E. Macron a reconnu, dans son discours de 2018 aux Bernardins, combien les catholiques français ont servi leur pays et sont morts pour lui, pas seulement pour des idéaux humanistes ou laïques, mais "portés par leur foi en Dieu et leur pratique religieuse". La foi est une réalité de l'histoire commune.

En bref, il me semble qu’il est temps non pas d'effacer la mémoire, mais d'écrire de nouvelles pages de vie et d'histoire. Pour les chrétiens, Noël est un rappel de l'avènement de Dieu dans sa faiblesse. Certainement pas une manifestation de force ou d'arrogance.

Editorial d'Andrea Riccardi paru dans Famiglia Cristiana du 12/12/2021

[traduction de la rédaction]