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Prière du mercredi saint. Méditation de Marco Impagliazzo sur l'évangile du lavement des pieds (Jn 13, 1-17)

13 Avril 2022 - ROME, ITALIE

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13 avril 2022

Sainte Marie au Trastevere

Mercredi saint

 

Méditation de Marco Impagliazzo sur l'Évangile de Jean (Jn 13, 1-17)

01 Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. 02 Au cours du repas, alors que le diable a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote, l’intention de le livrer, 03 Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu, 04 se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; 05 puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture. 06 Il arrive donc à Simon-Pierre, qui lui dit : « C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? » 07 Jésus lui répondit : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. » 08 Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. » 09 Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! » 10 Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, mais non pas tous. » 11 Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. » 12 Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? 13 Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. 14 Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. 15 C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. 16 Amen, amen, je vous le dis : un serviteur n’est pas plus grand que son maître, ni un envoyé plus grand que celui qui l’envoie. 17 Sachant cela, heureux êtes-vous, si vous le faites.

 

Sœurs et frères,

c'est le dernier soir de la vie de Jésus. Vers la fin de la soirée, Jésus se lève de table, dépose ses vêtements et prend un linge qu'il se noue à la ceinture, puis il verse de l'eau dans un bassin, va vers chacun des douze, s'agenouille devant eux et leur lave les pieds. Et il le fait avec chaque disciple, même avec Judas qui est sur le point de le trahir. Pierre, dès qu'il voit Jésus s'approcher, réagit : " Seigneur, c'est toi qui me laves les pieds ? ".

Mais comment le Maître lave-t-il les pieds du disciple ? C'est un geste qui ne peut être compris dans la logique normale de ce monde. Et Pierre, encore tellement pris par cette logique, ne comprend pas, il veut refuser le geste affectueux de Jésus qui avait expliqué plus tôt : " Qui est le plus grand, celui qui est assis à table ou celui qui sert ? ". N'est-ce pas lui qui s'assied à la table ? Pourtant, je suis au milieu de vous comme celui qui sert". Comme il est difficile de comprendre l'amour qui est un service ! Et à Pâques nous pouvons dire combien il est difficile de désarmer le cœur, de laisser l'amour le toucher.

L'Évangile du lavement des pieds exhorte les disciples à se pencher et à se laver les pieds les uns aux autres. C'est un nouveau commandement. Pour nous aussi. Nous l'avons entendu à plusieurs reprises. Mais aujourd'hui, il est nouveau. Oui, en effet, il est nouveau. Pendant que les hommes se battent et font la guerre, Jésus lave les pieds des disciples : quel abîme !

Jésus est notre Maître et nous voulons le suivre avec une plus grande attention alors que les temps que nous vivons nous parlent de la douleur de la guerre, de la division. Combien nous avons besoin de gestes comme ceux de Jésus !

Aujourd'hui, en raison des restrictions dues à la pandémie, nous ne pouvons pas répéter ce geste directement, comme nous avons l'habitude de le faire dans la Communauté. Mais nous l'acceptons comme une indication du chemin à suivre : se laver les pieds les uns aux autres, c'est-à-dire s'aimer avec plus de force et de persévérance, et laver les pieds de ceux qui les ont souillés à la manière douloureuse du monde.

Le Seigneur nous enseigne comment vivre et où commencer à vivre : la vraie vie n'est pas de se tenir droit dans son orgueil ; la vie selon l'Évangile est de se pencher vers ses frères et sœurs, en commençant par les plus faibles. En fait, nous avons tous besoin d'amitié, d'affection, de compréhension, d'acceptation, d'aide, d'écoute.  Nous avons tous besoin que quelqu'un se penche vers nous, tout comme nous avons tous besoin de nous pencher vers nos frères et sœurs. S'incliner devant mon frère et ma soeur me désarme. Se pencher désarme l'autre. Se laver les pieds n'est pas seulement un geste : c'est un mode de vie quotidien.

Oui, sœurs et frères, nous devons apprendre à vivre en nous préoccupant des autres, en nous penchant sur leurs questions, en ayant de la compassion pour tous, surtout pour les plus faibles. Jésus nous enseigne ce soir à nous préoccuper même du corps des autres, alors qu'il lave les pieds de ses disciples. Il s'agit d'un soin et d'une préoccupation pour la partie du corps qui a porté le poids du voyage.

Lorsque nous marchons, c'est-à-dire lorsque nous vivons, nous devons prêter une attention, même concrète, à la personne, à son corps. Ne faisons-nous pas de même avec tant de personnes qui vivent dans la rue, avec tant de personnes âgées qui sont seules et abandonnées, avec ceux qui n'ont aucun endroit pour prendre soin de leur corps ? Avec ceux qui sont malades ? Ne le faisons-nous pas aussi avec les corps de tant de personnes rendues fragiles par la souffrance ?

Jésus, en lavant les pieds de ses disciples, nous montre une manière de vivre : ce geste est très humain, c'est le début d'une relation profonde, d'un amour qui dépasse la tentation des mots faciles et superficiels et devient concret, vrai, attentif aux besoins des autres.

Heureux sommes-nous si nous choisissons ce geste comme notre façon d'être chaque jour ! Heureux sommes-nous car nous apprendrons à être humains, nous apprendrons la grandeur de l'amour mutuel. Aimer et être aimé. Comme ce soir-là dans une salle à l'étage.

Jésus veut que ce signe soit bien compris par les disciples. Face à la perplexité de Pierre, il dit quelque chose d'important : "Si je ne te lave pas les pieds, tu n'auras pas de part avec moi". Qu'est-ce que cela signifie ? Si Pierre ne comprend pas ce signe, il s'exclut de toute communication avec lui, il s'exclut de toute participation à l'œuvre de Jésus. En d'autres termes, pour le Seigneur, ce signe est central pour être des disciples, pour ceux qui veulent le suivre. Le lavement des pieds montre ce qu'est l'amour entre frères, mais surtout il explique avec une grande évidence que servir c'est aimer. C'est la révélation du cœur même de la Communauté. Servir, c'est aimer, tout comme aimer, c'est servir. Si vous voulez être heureux - semble nous dire Jésus - aimez, c'est-à-dire servez les autres. Si tu veux être heureux, désarme-toi, perds-toi dans l'amour.

C'est un commandement qui nous trouve encore trop distants, prudents, oublieux. Ce soir nous voulons demander le pardon du Seigneur parce que pendant cette année nous avons encore trop évité de mettre en pratique sa parole qui nous demande de nous laver les pieds les uns aux autres. Quelle distance et quel éloignement de nos frères et sœurs ! Quelle distance par rapport aux pauvres ! Combien d'attention excessive à nous-mêmes, combien d'orgueil, de prétention, de revendications en notre nom, alors que sur le chemin de la vie nous rencontrons ou entendons parler de tant de souffrance, de douleur, d'angoisse ! Demandons pardon pour le peu d'amour, le peu d'attention aux autres, le peu de soin pour les autres.

En écoutant ce soir l'Évangile du lavement des pieds, nous nous engageons à faire du geste de Jésus une manière de vivre, d'être avec les autres, mais aussi de nous présenter au monde. Aimons nous les uns les autres jusqu'au bout et surtout aimons Jésus de tout notre cœur, de tout notre esprit, de toute notre âme. Aimons ses gestes, qui nous apprennent à être humains, aimons son corps souffrant, flagellé en ces jours de passion, soyons proches de sa souffrance, de son angoisse et de sa douleur.

Après le repas, Jésus se rend au jardin des Oliviers. Dès lors, il ne se contente pas de s'agenouiller aux pieds des disciples, il descend encore plus bas, si c'est possible, pour montrer qu'il les aime. Au jardin des Oliviers, il s'agenouille à nouveau, ou plutôt il s'allonge sur le sol et transpire du sang, de douleur et d'angoisse. Laissons-nous impliquer, en ces jours, par cet homme qui nous aime d'un amour jamais vu sur terre. Si le cœur est désarmé, nous a dit Andrea, l'amour pénètre les fibres de la vie.

Que le geste de Jésus nous désarme et fasse de nous les membres de l'armée des désarmés.

[traduction de la rédaction]