Le jour du Seigneur

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26e dimanche du Temps ordinaire
Mémoire des saints Côme et Damien, martyrs syriens (†303 env.). La tradition se souvient d'eux comme deux médecins qui soignaient gratuitement les malades. Mémoire particulière de tous ceux qui se consacrent au soin et à la guérison des malades.


Première lecture

Nombres 11,25-29

Le Seigneur descendit dans la nuée pour parler avec Moïse. Il prit une part de l'esprit qui reposait sur celui-ci, et le mit sur les soixante-dix anciens. Dès que l'esprit reposa sur eux, ils se mirent à prophétiser, mais cela ne dura pas.
Or, deux hommes étaient restés dans le camp ; l'un s'appelait Eldad, et l'autre Médad. L'esprit reposa sur eux ; eux aussi avaient été choisis, mais ils ne s'étaient pas rendus à la Tente, et c'est dans le camp qu'ils se mirent à prophétiser.
Un jeune homme courut annoncer à Moïse : « Eldad et Médad prophétisent dans le camp ! »
 Josué, fils de Noun, auxiliaire de Moïse depuis sa jeunesse, prit la parole : « Moïse, mon maître, arrête-les ! »
Mais Moïse lui dit : « Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux ! »

Psaume responsorial

Psaume 18 (19)

Les préceptes du Seigneur sont droits,
ils réjouissent le cœur.

La loi du Seigneur est parfaite,
qui redonne vie ;
la charte du Seigneur est sûre,
qui rend sages les simples.

La crainte qu’il inspire est pure,
elle est là pour toujours ;
les décisions du Seigneur sont justes
et vraiment équitables.

Aussi ton serviteur en est illuminé ;
à les garder, il trouve son profit.
Qui peut discerner ses erreurs ?
Purifie-moi de celles qui m’échappent.

Préserve aussi ton serviteur de l’orgueil :
qu’il n’ait sur moi aucune emprise.
Alors je serai sans reproche,
pur d’un grand péché.  
 

Deuxième lecture

Jacques 5,1-6

Et vous autres, maintenant, les riches ! Pleurez, lamentez-vous sur les malheurs qui vous attendent.
Vos richesses sont pourries, vos vêtements sont mangés des mites,
votre or et votre argent sont rouillés. Cette rouille sera un témoignage contre vous, elle dévorera votre chair comme un feu. Vous avez amassé des richesses, alors que nous sommes dans les derniers jours !
Le salaire dont vous avez frustré les ouvriers qui ont moissonné vos champs, le voici qui crie, et les clameurs des moissonneurs sont parvenues aux oreilles du Seigneur de l'univers.
Vous avez mené sur terre une vie de luxe et de délices, et vous vous êtes rassasiés au jour du massacre.
Vous avez condamné le juste et vous l'avez tué, sans qu'il vous oppose de résistance.

Lecture de l'Évangile

Alléluia, alléluia, alléluia.

Hier, j'ai été enseveli avec le Christ,
Aujourd'hui je ressuscite avec toi qui es ressuscité.
Avec toi j'ai été crucifié,
souviens-toi de moi, Seigneur, dans ton Royaume.

Alléluia, alléluia, alléluia.

Marc 9,38-43.45.47-48

Jean, l'un des Douze, disait à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu'un expulser les démons en ton nom ; nous l'en avons empêché, car il n'est pas de ceux qui nous suivent. »
Jésus répondit : « Ne l'en empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ;
celui qui n'est pas contre nous est pour nous.
Et celui qui vous donnera un verre d'eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense.
« Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu'on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu'on le jette à la mer. 
Et si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la. Mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie éternelle que de t'en aller dans la géhenne avec tes deux mains, là où le feu ne s'éteint pas.
Si ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le. Mieux vaut pour toi entrer estropié dans la vie éternelle que de t'en aller dans la géhenne avec tes deux pieds.
Si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le. Mieux vaut pour toi entrer borgne dans le royaume de Dieu que de t'en aller dans la géhenne avec tes deux yeux,
là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s'éteint pas.

 

Alléluia, alléluia, alléluia.

Hier, j'ai été enseveli avec le Christ,
Aujourd'hui je ressuscite avec toi qui es ressuscité.
Avec toi j'ai été crucifié,
souviens-toi de moi, Seigneur, dans ton Royaume.

Alléluia, alléluia, alléluia.

Homélie

Ce passage de l'évangile de Marc nous présente Jésus en train de poursuivre sa marche vers Jérusalem, tout en s'entretenant avec ses disciples. L'épisode de dimanche dernier est encore très vif dans notre souvenir : Jésus leur avait demandé de quoi ils discutaient en chemin, juste après qu'il leur ait annoncé sa passion. Ils n'avaient pas répondu, n'osant avouer qu'ils s'interrogeaient sur le point de savoir lequel d'entre eux était le premier. Aujourd'hui nous voyons Jean, l'un des Douze qui s'étaient tus, prendre la parole pour déclarer d'un ton assuré : " Maître, nous avons vu quelqu'un chasser des esprits mauvais en ton nom ; nous avons voulu l'en empêcher, car il n'est pas de ceux qui nous suivent. " En disant cela, Jean montre qu'il n'a rien compris. Encore une fois, Jésus réunit ses disciples, et avec patience il les instruit, les corrige, leur apprend à comprendre et à juger la vie selon l'esprit évangélique. C'est aussi ce qui se passe chaque dimanche, quand le Seigneur réunit ses disciples et s'adresse à eux en parlant à leur cœur, pour y semer la bonne graine et extirper les mauvaises herbes qui empoisonnent leur vie et celle des autres.
À nous aussi, il arrive de voir les choses comme Jean. Mais ce n'est pas ainsi qu'on défend la vérité. En général, cette attitude est destinée plutôt à défendre les privilèges, les prises de position, les convictions, sans considérer l'essentiel, à savoir le salut des hommes. On ne défend pas la vérité en sauvegardant ses privilèges, au point même d'écraser les autres. Cette mentalité est profondément enracinée dans le cœur des hommes, comme le montre un épisode analogue rapporté dans le livre des Nombres, qui remonte aux débuts du peuple d'Israël. On vient informer Moïse que deux hommes, qui ne sont pas venus à la tente de la Rencontre et n'ont donc pas autorité pour le faire, se sont mis à prophétiser. Josué, le serviteur de Moïse, demande à son maître de les arrêter. Mais Moïse répond à ce jeune homme trop zélé : " Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux, pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! "
Ce qui intéresse Josué, de même que Jean et les autres disciples (et beaucoup d'entre nous), ce n'est pas la guérison des malades et des possédés, mais le groupe ou l'institution dont ils font partie. Et c'est en fait leur intérêt, leur pouvoir, qu'ils cherchent à défendre dans ce groupe ou dans cette institution. Mais ce n'est pas ainsi que Jésus voit les choses. Son cœur est bien plus grand que celui de ses disciples, et sa miséricorde pour les faibles et les pauvres sans limite. C'est pourquoi il répond avec fermeté : " Ne l'empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi : celui qui n'est pas contre nous est pour nous. " Le bien, quel que soit celui qui l'accomplit, vient toujours de Dieu. Celui qui aide les pauvres, soutient les faibles, réconforte les désespérés, pratique l'accueil, promeut l'amitié, œuvre pour la paix, est toujours disposé à pardonner, celui-là vient assurément de Dieu.
Balayant toutes les logiques préétablies, Dieu est présent là où il y a amour, bonté, paix et miséricorde. Dieu est présent dans l'assoiffé à qui l'on donne un verre d'eau, dans l'affamé à qui l'on offre un morceau de pain, dans le désespéré à qui l'on adresse une parole d'amour. L'Église, qui est la gardienne de cette vérité évangélique même si elle n'en est pas la seule détentrice, doit la vivre et l'annoncer avec force. Il serait vraiment triste de réduire la force miraculeuse de la miséricorde de Dieu à la mesure étroite de notre logique. Jésus n'a-t-il pas dit : " Le vent souffle où il veut : tu entends le bruit qu'il fait, mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va " (Jn 3, 8) ? L'esprit de Dieu est sans limite. Heureux serons-nous, si nous sommes capables de le reconnaître et de l'accueillir ! L'Apôtre nous dit en outre que nous devons être attentifs à ne pas l'attrister. D'où la vanité des discussions au sujet de telle ou telle expérience qui n'entre pas dans notre logique.
Nous devons avoir une vision plus vaste, en faisant place à l'action de l'Esprit de Dieu dans le monde. Ne soyons pas irrités en voyant des personnes qui ne font pas partie de notre groupe chasser les démons, comme le fut Jean. Jésus, lui, se réjouit de voir les hommes retrouver la santé : la gloire de Dieu, c'est l'homme vivant, a dit saint Irénée. Grande a été sa joie lorsqu'il a créé l'homme et la femme. L'auteur biblique le dit bien, lorsqu'il note : " Et Dieu vit que cela était très bon. " Cette joie doit être aussi celle des disciples. Tous, nous devons nous réjouir du bien que nous voyons dans le monde, car il vient de Dieu, la " source de tout bien ", comme le chante la liturgie.
Les paroles très dures que Jésus prononce à la fin de ce passage évangélique visent à indiquer aux disciples le chemin à suivre : " Si ta main, ou ton pied, ou ton œil t'entraînent au péché, coupe-les. [...] Il vaut mieux entrer estropié dans la vie éternelle que d'être jeté avec ses deux pieds dans la géhenne. " Entraîner au péché signifie faire trébucher et tomber, ou du moins ne pas soutenir ceux qui sont faibles et qui ont besoin de réconfort. Nous croyons que le bonheur consiste à se préserver, à suivre notre chemin dans ce monde en évitant les obstacles et sans jamais rien perdre. Jésus nous dit au contraire que le bonheur consiste à nous dépenser pour l'Évangile, à donner notre vie pour les autres. Souvenons-nous de cette phrase de Jésus, citée par Paul : " Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir " (Ac 20, 35). C'est pour cela qu'il vaut la peine de faire des sacrifices. L'amour des autres exige toujours des sacrifices, des renoncements. Il ne s'agit pas bien évidemment de nous mutiler, mais plutôt de changer nos attitudes et notre cœur. Nous avons trop tendance à nous occuper uniquement de nous-mêmes, à mettre nos mains et nos pieds au service de nos intérêts. Oublions-nous un peu, et nous serons sûrement plus heureux. Qu'au moins une de nos mains aide ceux qui souffrent, et nous éprouverons la joie qui fut celle de Jésus. Suivons la voie de l'Évangile, et nous deviendrons des témoins de l'amour de Dieu. Nous comprendrons mieux alors ces paroles de Jésus : " Celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour l'Évangile la sauvera. "