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Léon Lemmens, des périphéries du diocèse du Pape aux limites du monde

12 Juin 2019

Sant'Egidio
La Belgique

Sa mémoire dans RomaSette

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Il y a deux ans, le 2 juin 2017, mourait en Belgique Monseigneur Leon Lemmens, un prêtre romain atypique : un de ces prêtres qui deviennent romains par expérience et par formation, et qui repartent de Rome après un long séjour, non sans avoir enrichi l’Eglise locale qui les a accueillis.

Monseigneur Lemmens est né le 16 mars 1954 à Boorsem, une petite commune du Limbourg, la province la plus orientale des Flandres, une des trois régions composant la Belgique, située vers la frontière avec les Pays-Bas. Il était le troisième d’une famille, profondément catholique, de neuf enfants. A la fin des années soixante, il fait ses études au petit séminaire de Sint-Truiden, et de 1971 à 1977, au grand séminaire du diocèse de Hasselt. Hasselt était un nouveau diocèse, érigé par Paul VI, qui reprenait un territoire rattaché auparavant à Liège, réalisant ainsi une séparation entre les paroisses de langue flamande (rattachées à Hasselt) et les paroisses francophones, liées à l’évêque de Liège.

En 1977, Leon Lemmens devient prêtre. Ayant remarqué ses capacités intellectuelles et spirituelles, son évêque l’envoie à Rome pour trois ans d’études, à l’Université Grégorienne. Il y obtient une licence en théologie morale et un doctorat en théologie. Et à Rome, en 1977, le jeune prêtre rencontre la Communauté de Sant'Egidio, en apprécie la proximité avec les pauvres et la manière efficace d’incarner la vie chrétienne. Il commence à fréquenter la petite église de Sant’Egidio dans le quartier du Trastevere, et pendant les années de son séjour à Rome, il célèbre fidèlement l’eucharistie, dimanche après dimanche, à la périphérie de Rome, pour des personnes qui se retrouvent dans une chapelle tenue par la Communauté dans le quartier populaire du Trullo. C’est là qu’il rencontre la pauvreté de la périphérie romaine, qui a tant besoin de l’Evangile, et là que se nouent des liens d’amitié solides et fidèles avec des personnes âgées, des adultes qui découvraient ensemble le salut offert par l’Evangile.

De retour en Belgique, Leon Lemmens devient vicaire à la paroisse de Sint Martinus à Genk (1981-1984) et enseigne au grand séminaire de Hasselt ; lorsque la Communauté de Sant'Egidio nait en Belgique, à Anvers en 1984, il s’investit dans cette aventure et s’engage à célébrer la messe toutes les semaines à Mönchengladbach, pour un groupe d’étudiants et de jeunes professionnels allemands, franchissant la frontière toute proche qui sépare de l’Allemagne. Homme cultivé, expert en liturgie, thème auquel il a dédié plusieurs travaux universitaires et pastoraux, il est appelé au milieu des années 90 pour assumer la charge de vicaire épiscopal du diocèse de Hasselt, responsable de la formation, de la communication et de la culture. Puis il est nommé supérieur du grand séminaire (1997-2004) et à la même période devient vicaire général du diocèse.

Dans sa fidélité à l’Eglise universelle, le père Lemmens répond positivement à l’appel qui lui est fait, en 2004, par la Congrégation pour les Eglises Orientales, et s’installe de nouveau à Rome. Il s’investit généreusement auprès des séminaristes et des prêtres des Eglises catholiques orientales qui font leurs études à Rome, dans les Collèges pontificaux et à l’Institut Pontifical Oriental. Lors de ce nouveau séjour à Rome, il reprend activement ses relations avec la périphérie, célébrant la messe dans un quartier nouveau du nord de Rome, Serpentara, nouant des relations avec de nombreuses familles et personnes en difficulté, envers lesquels il se montra toujours disponible et plein de tendresse.

Pour la Congrégation des Eglises orientales, le père Lemmens mène différentes missions d’ordre pastoral et œcuménique en Iraq, Arménie, Ethiopie, Indonésie ; à son retour, il parlait à ses amis des périphéries des mondes qu’il avait rencontrés. Il assume avec joie la responsabilité du Séminaire et des séminaristes de la Communauté de Sant'Egidio, à Rome, et n’oublie pas de passer du temps auprès de personnes âgées, dans une maison d’accueil tenue par la Communauté sur la colline du Janicule. Sa stature imposante, sa façon de se baisser avec tendresse pour écouter et enlacer les plus fragiles, sa voix grave qui s’épanchait souvent en éclats de rire ont accompagné de nombreux amis romains.

En 2011, le pape Benoît XVI le nomme évêque auxiliaire du diocèse de Malines-Bruxelles, pour le vicariat du Brabant Flamand.  Il reçoit de Monseigneur Vincenzo Paglia, président du Conseil Pontifical pour la famille, la croix pectorale du cardinal Jozef Cardijn (mort en 1967), fondateur de la JOC, la jeunesse ouvrière chrétienne. Devenu membre de la Conférence épiscopale belge, il insiste pour que celle-ci publie une lettre pastorale sur le thème des migrants. La lettre fut publiée en 2015 avec le titre « Vivre ensemble avec nos frères et sœurs réfugiés et migrants. » L’année suivante, on l’appelle pour prêcher la retraite des prêtres et évêques au Rwanda.

Depuis 1987, Monseigneur Lemmens avait participé fidèlement aux rencontres interreligieuses pour la paix organisées par la Communauté de Sant'Egidio. A l’occasion du 30e anniversaire de la première rencontre, convoquée par Jean-Paul II, il participe au meeting d’Assise. Il accueille et accompagne le patriarche de Constantinople, Batholomée, et salue affectueusement le pape François, qui participait à l’événement. Mais ces jours-là, il se sent très faible, premiers symptômes de la maladie qui devait le conduire à la mort en moins d’un an.

 

La vie du père Lemmens, entre la Belgique et Rome, avec de nombreuses missions qui l’ont conduit à travers le monde, a toujours trouvé son enracinement dans les périphéries du diocèse du Pape. Il a montré combien, de cette perspective, il est possible de comprendre davantage les besoins d’un peuple qui attend l’annonce de l’Evangile et a indiqué une dynamique spirituelle permettant de s’orienter dans les grands horizons du monde, précisément à partir de l’amour pour les périphéries géographiques et humaines auxquelles nous sommes appelés à répondre.

(traduit de l'italien ; lire l'article sur Romasette)