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Synode sur l'Amazonie : entretien avec Mgr Spreafico. Ecouter le cri de la terre et le cri des pauvres

27 Octobre 2019 - ROME, ITALIE

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Ambrogio Spreafico, évêque de Frosinone-Veroli-Ferentino, et participant au Synode sur l'Amazonie qui s’est conclu aujourd'hui, explique d'où vient l’intérêt de l'Eglise pour l'Amazonie, alors que cette région n'était pas au centre de l'actualité dramatique. Des questions qui se posent sur un plan particulier, comme la situation des populations indigènes victimes de l'exploitation des ressources, mais aussi sur un plan universel, avec la façon d'écouter le cri des pauvres, en même temps que le cri de la création.

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Le synode sur l'Amazonie est un signe du particularisme qui devient universalité dans l'Eglise

Nous arrivons au terme du Synode sur l'Amazonie. Il s'agit d'un synode important, voulu par le pape François, il y a deux ans. On voit ici combien l'Eglise et le pape François vivent le sens de la prophétie, car il y a deux ans, personne ne parlait de l'Amazonie. Aujourd’hui, on en parle enfin, car nous assistons malheureusement à l'actualité d'un territoire en difficulté, grand comme vingt fois l'Italie. Un grand territoire qui se trouve principalement situé au Brésil, mais qui comprend en fait neuf pays rattachés au bassin amazonien, lequel est constitué non seulement du fleuve Amazone mais aussi d'autres grands fleuves. On appelle cette région le «poumon de la terre», mais il s'agit aussi d’un poumon avec de grandes souffrances. Le fait que le pape François ait voulu un Synode signifie que cette réflexion, qui est particulièrement liée à Laudato Si’, est une réflexion non seulement des membres de l'Eglise qui vivent sur le territoire amazonien, mais aussi une réflexion pour toute l'Eglise. C’est un particularisme qui devient universalité : la beauté de notre Eglise réside aussi en cela. Rome est le signe de l'universalité de l'Eglise et ces questions qui viennent du Synode sur l'Amazonie sont des questions qui concernent la création, donc la création dans sa complexité : la terre, les rivières, l’eau, la pollution, l'exploitation des ressources, la violence contre la terre, mais aussi la violence contre les peuples. En Amazonie, il y a de nombreux peuples indigènes, qui parlent environ 100 langues et de nombreux dialectes. Il s'agit d'un peuple constitué de peuples. On pourrait dire qu'il y a une harmonie de différences, expression que j'utilise volontiers de temps à autre pour définir la création : une harmonie de différences.

Le cri des pauvres est repris dans le cri de la création : le lien entre le Synode et Laudato Si’ 

Comme l'a écrit le pape François dans Laudato Si’, il apparaît que le cri de la terre et le cri des pauvres sont deux cris très liés l'un à l'autre. Le discours du Pape François est un discours profondément biblique. En lisant la Bible, notamment les psaumes mais pas seulement, dans l'Exode, on parle de la lamentation, du cri d'Israël, de Dieu qui écoute le cri de son peuple esclave en Égypte. Ce cri nous parvient à travers l'Amazonie, car en Amazonie il y a de nombreuses souffrances. Il s'agit des souffrances des hommes et des femmes qui vivent dans la pauvreté, bien souvent privés d'un lieu où s'établir, privés de la terre à cause des grandes exploitations, de la déforestation, privés des minéraux précieux présents dans le sous-sol, des multinationales, et donc aussi de la violence sur les personnes. Il y a des martyrs en Amazonie, des hommes et des femmes qui ont défendu les peuples indigènes, qui ont défendu la terre et qui sont morts pour cette raison. En ce sens, je dirais que le cri de la terre, le cri des pauvres nous est adressé à nous aussi comme une question qui nous ouvre l'horizon, car je crois que l'un des grands problèmes de notre Eglise en Italie, peut-être aussi en Europe, est que Laudato Si’ n’a pas été véritablement reçu. Nous sommes une Eglise qui en tant qu’Eglise universelle s'est beaucoup intéressée et battue pour la défense des droits, pour la paix, contre l'injustice et la violence, mais qui a peu accueilli le message de Laudato Si’, lequel a voulu insérer le cri des pauvres au sein du cri de la création. Laudato Si’ a été considéré un peu comme la Constitution conciliaire Gaudium et Spes : comme un texte qui ne concerne pas vraiment notre vie de foi. En réalité elle concerne notre vie de foi, et pour en rester au synode, on voit à quel point est pertinent ce que le pape François a écrit dans Laudato Si’ : le cri de la terre avec le cri des pauvres interrogent notre foi, la façon dont nous vivons l'annonce de l'Évangile et la communication de l'Évangile au monde d'aujourd'hui, pas seulement en Amazonie mais aussi en Europe.

Photo AP