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Les couloirs humanitaires doivent être mis en place rapidement. Editorial d’Andrea Riccardi

26 Février 2021

Andrea RiccardiCouloirs humanitaires

Dénouer la situation des réfugiés en Libye et celle de la citoyenneté des enfants nés en Italie

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L'Italie et l'UE ont rejeté des réfugiés, en faisant appel à des groupes privés, violant ainsi le droit d'asile.

Dix ans se sont écoulés, en Libye, depuis le début de la révolte contre Kadhafi, tué en octobre 2011. Cela ressemblait à une libération de la dictature, mais le pays, livrés entre les mains de milices rivales, n'a pas connu la paix. Le 6 février, grâce à l'action de l'ONU, la création d’un gouvernement d'union nationale a été annoncée. Nous l'espérons ! C'est le début d'un processus difficile mais nécessaire, alors que la Turquie et l'Égypte ne sont pas vraiment disposées à abandonner leurs positions acquises. En attendant, des personnes qui devraient être traduites en justice pour des crimes commis contre des Libyens et des réfugiés se relaient au service de groupes ou d'institutions. 

Si les Libyens sont les otages des seigneurs de la guerre et des influences internationales, les réfugiés sont les parias de la situation. A cet égard, le dernier fait en date est une plainte civile portée contre la Marine italienne pour avoir coordonné le refoulement de migrants en Libye, non pas directement mais par l'intermédiaire de groupes privés. Cinq Érythréens soutenus par une ONG la poursuivent en justice. La plainte mentionne 270 refoulements vers la Libye, où les conditions minimales de sécurité ne sont pas réunies. Les faits remontent à juillet 2018. Il s'agit de "réadmissions informelles", une pratique régulièrement stigmatisée par les tribunaux italiens et la Cour européenne des droits de l'homme. Les migrants qui se présentent à la frontière (maritime dans le cas de la Libye, terrestre dans le cas des Balkans) sont empêchés de demander une protection internationale, en violation des directives européennes, de la Convention de Genève et de l'article 10 de notre Constitution. Demander l'asile est un droit, mais sur les routes des Balkans et de la Méditerranée, les gouvernements européens adoptent depuis deux ans des refoulements indirects ("réadmissions informelles"), avec le transport de personnes - souvent par des groupes privés - vers un État tiers, la Bosnie ou la Libye. 

Mais comment peut-on procéder à des réadmissions dans un État en guerre ? C’est actuellement l’objet de discussions au Parlement européen, après les accusations portées contre Frontex, l'opération méditerranéenne de l'UE, en raison de relations avec des lobbyistes et des marchands d'armes, par l'intermédiaire des garde-côtes libyens, ainsi que - dans ce cas - la coopération dans les refoulements sur les routes libyennes, balkaniques et égéennes. La situation de ceux qui ont été transportés de la Libye au Niger par l'OIM et qui sont maintenant bloqués dans les villages construits autour d'Agadez n'est pas meilleure. 

Le nouveau gouvernement Draghi, qui jouit d’un large consensus et d’un visage réformiste, a la responsabilité d'adopter une approche cohérente à l’égard du problème dramatique des migrations. Il est nécessaire d'aborder la question des réfugiés, piégés depuis des années en Libye, en faisant recours aux "couloirs humanitaires" (impliquant éventuellement des pays européens), mais aussi en construisant une attitude saine sur la question migratoire. Il est nécessaire de rouvrir les flux réguliers et contrôlés de migrants vers notre pays.

Enfin, pour accroître la cohésion sociale et l'intégration, il faut résoudre la réalité absurde des enfants, nés en Italie de parents étrangers ou qui ont étudié ici, qui grandissent sans la citoyenneté italienne qu’ils mériteraient, puisqu’ils ont été formés parmi les italiens (ius culturae). Ce sont des choix que les gouvernements de centre-gauche ont négligés et auxquels les gouvernements de centre-droit se sont opposés. Mais le moment est venu de se pencher sérieusement sur ces questions, en rassemblant les intérêts du pays, les raisons humanitaires et une véritable politique méditerranéenne. 

Editorial d'Andrea Riccardi dans Famiglia Cristiana du 28/02/2021
[traduction de la rédaction]