EDITORIAL

Les perspectives 2024: entre guerres, terrorisme, migrations et élections dans 76 pays. Regardons l'avenir sans peur

Editorial d'Andrea Riccardi paru dans Famiglia Cristiana

Le conflit entre la Russie et l'Ukraine et celui entre le Hamas et Israël trouveront-ils une solution ? Nous n'avons aucune certitude à ce sujet. Mais nous devons cultiver le courage de l'espoir.

L'année 2024 s'ouvre par la crainte. Peut-être même par la peur. Le monde est devant nos yeux. Que va-t-il se passer ? De toutes les parties du globe, nous parviennent tant de nouvelles. Nous nous sentons impuissants et vulnérables. 

Guerres, terrorisme, épidémies, déplacements massifs de populations, États fragiles ou en déliquescence, crises écologiques... On finit par craindre que le désordre du monde, d'une manière ou d'une autre, ne nous "contamine" aussi. J'ai écrit "contagion" non seulement à cause des épidémies (le Covid reste virulent, malgré la vaccination, moyen de défense à ne pas négliger), mais aussi parce que dans le monde global, tout se communique. 

La guerre en Ukraine et la crise du blé ont entraîné de graves difficultés dans les économies de nombreux pays, comme en Afrique. Tout, beaucoup de choses se sont diffusées. Et cela fait peur. 

La peur pousse à réduire sa vision de la réalité à soi-même et à quelques autres. C'est ainsi que l'on espère se protéger. Face au monde (proche et lointain), on baisse le regard et on fait confiance à des leaders rassurants. Ce sont les populismes. On s'en remet à des leaders populistes qui semblent donner des gages du fait de leur caractère. 

Le populisme est une délégation à un leader qui me protège. "Souvent, dit le pape François, les populismes tendent à gagner en popularité en fomentant les penchants les plus bas et les plus égoïstes dans certaines couches de la population". Le jeu politique des populismes consiste, d'une part, à attiser les peurs et, d'autre part, à se présenter comme les gardiens de la sécurité. 

Cette peur a-t-elle un sens ? C'est la question que nous nous posons à l'approche de 2024. Personne ne peut donner de garanties. Ni sur l'avenir d'un peuple, ni sur la vie des gens. Nous lisons dans le psaume 144 : "L'homme est comme un souffle et ses jours comme une ombre qui passe". La fragilité imprègne notre vie. Or le même psaume affirme que Dieu est notre "bouclier", celui qui prend soin de nous. 

Noël nous a rappelé que nous ne sommes pas isolés dans la mer ouverte de l'histoire : un Sauveur est né pour nous. L'Écriture répète avec insistance l'invitation à "ne pas avoir peur". Jamais la femme et l'homme n'ont été complètement "tranquilles" dans l'histoire. 

Cela étant, un grand penseur, Zygmunt Bauman, a dit que notre époque était l'une des plus sûres de l'histoire : "Les dangers qui menacent d'abréger nos vies sont moins nombreux et plus espacés qu'ils ne l'étaient généralement dans le passé". C'est une pensée qui nous aide à regarder l'avenir avec sérénité et à ne pas déléguer notre liberté à des leaders populistes. 

Noël 2024 verra l'ouverture du Jubilé 2025 : "Pèlerins de l'espérance". Il ne s'agit pas d'une fête interne à l'Eglise, elle concerne l'histoire des peuples avec leurs tensions et leurs pauvretés, mais aussi leurs ressources. 

Cela requiert du courage pour regarder le monde avec espérance. Cela ne veut pas dire sans réalisme. Aujourd'hui, il y a encore des ressources de paix et d'humanité pour le rendre meilleur. Mais les conflits nous inquiètent. 

2024 sera-t-elle l'année de la fin des combats entre Russes et Ukrainiens ? Nous nous le demandons avec angoisse. Ou bien sera-ce une nouvelle année de guerre qui usera l'Ukraine, soumise aux agressions, aux bombes, à la crise économique, aux exodes ?

La Russie est forte, mais elle a perdu 315 000 soldats. Autant de vies volées ! Et pour quel motif ? Peut-être la Russie attend-elle les élections américaines du 5 novembre 2024. Si Trump est élu, Moscou pourrait en profiter. Plus on se rapproche des élections, moins le président Biden est fort. Il en va aussi de sa capacité à intervenir dans le conflit israélo-palestinien. Comment dénouer ce douloureux écheveau ?

L'offensive israélienne vise à éliminer le Hamas, responsable de l'attentat du 7 octobre et des enlèvements. Mais la population de Gaza, qui paie un lourd tribut en vies humaines et en souffrances, semble s'identifier largement au Hamas, réalité terroriste que le monde islamique reconnaît pourtant comme un mouvement de libération. Il s'agit d'un nœud inextricable. Telle est la situation en Cisjordanie, où l'installation des colons israéliens (plus de 700 000 en incluant Jérusalem-Est) a conduit à une situation impossible. 

La guerre et les morts augmentent la distance, la rendant presque infranchissable. La thèse des deux États, Israël et Palestine, celle des accords d'Oslo, est une grave erreur aux yeux du Premier ministre Netanyahou. Mais il est insensé de laisser le conflit s'envenimer davantage. Comment sera-t-il possible de vivre côte à côte, avec toutes les garanties ? 

La guerre a été réhabilitée comme instrument de résolution des conflits. Mais elle ne résout rien et multiplie les problèmes. Si elle continue sur cette voie, l'avenir nous réservera d'amères surprises : peut-être l'invasion de la Guyane par le Venezuela de Maduro ou l'attaque de la fragile Arménie par l'Azerbaïdjan, qui revendique des terres arméniennes. Les guerres commencent et ne finissent pas : nous le voyons partout, du Yémen au Soudan. La Syrie est entrée dans sa treizième année de guerre. Nous avons besoin d'un moratoire : bannissons la guerre ! C'est une nécessité imposée par l'histoire. Le pape François l'a également affirmé clairement : "Il est temps d'abolir la guerre, de l'effacer de l'histoire de l'humanité avant que la guerre n'efface l'humanité". 

Le terrorisme constitue une menace sérieuse dans plusieurs régions. Au Sahel, il touche des États fragiles : le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Lorsqu'un État s'effondre, il est très difficile de le reconstruire. La violence terroriste se nourrit de la frustration des jeunes, de la marginalisation des groupes ethniques, mais aussi du financement occulte de puissances fortes qui cherchent à déstabiliser les autres. Le marché et la production d'armes alimentent la violence folle. 

Nous pouvons tous contribuer à la paix. Même notre Italie, dont l'avenir doit nous inspirer plus de confiance. Malgré la pauvreté et les difficultés, notre économie est l'une des plus fortes du monde. Cependant, les jeunes âgés de 25 à 34 ans qui se sont expatriés entre 2012 et 2021 manquent de confiance : ils sont environ 337 000, en majorité originaires du sud. La méfiance s'accroît avec le peu d'opportunités, mais aussi avec la peur de l'avenir. Au contraire, il y a des gens qui veulent venir en Italie, des migrants et des réfugiés, qui la voient comme une terre d'avenir. Faisons-leur de la place, notamment pour répondre à la crise démographique et à la pénurie de main-d'œuvre. 

Les résultats de la Cop28 à Dubaï sont controversés : ils ne répondent pas encore clairement aux risques climatiques qui nous menacent. Un point positif cependant : la "sortie des énergies fossiles", à l'origine de la crise climatique, est enfin envisagée. 

Est-ce la fin de l'ère du pétrole et du gaz ? Le peu qui a été gagné à Dubaï peut devenir beaucoup : c'est le résultat de la pression de l'opinion publique, des ONG et de beaucoup (dont le pape François) qui n'ont pas baissé le regard et ont insisté sur la crise écologique. 

En 2024, on votera dans 76 pays, pas tous démocratiques. C'est pourtant une année décisive. Les échéances électorales nous font prendre conscience que chacun a un poids. La distraction ou l'abstentionnisme favorisent la dégradation du monde. L'oubli favorise la culture de la guerre. Nous pouvons être des protagonistes, si petits soient-ils, en nous informant, en nous passionnant, en participant. Nous devons peser de tout notre poids pour un monde meilleur.

[traduction de la rédaction]