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Peine
de mort : là où gît l'arme fatale dans le Code pénal sénégalais
29
Septembre 2003
Assane
Saada
(Dakar)
Il
y a des circonstances où le juge sénégalais ne peut reculer. Le couloir que
le droit lui ouvre, quand les 287, 288, 289 alinéa 1 et 2, 406 in fine du Code
pénal s'imposent, ne mène qu'à la mort.
Une
coalition nationale pour l'abolition de la peine de mort existe au Sénégal.
Elle regroupe une dizaine d'organisations qui, en septembre 2002, avaient initié
une pétition. Une marche pour l'abolition de cette sentence fatale avait même
été programmée en décembre dernier mais n'a finalement pas eu lieu. Dans
leur plaidoyer, les éléments de la coalition ne collent pas aux arguments
juridiques défendus par Me Doudou Ndoye (voir par ailleurs), suite à la déjà
prononcée à l'entame même des Assises 2003. Supprimer la peine de mort du
droit positif sénégalais, c'est débarrasser le Code pénal (Cp) des articles
287, 288, 289 alinéa 1 et 2, 406 in fine. Selon l'article 287, «tout coupable
d'assassinat, de parricide ou d'emprisonnement sera puni de mort». Pour l'article
288 du Cp «les bénéfices de circonstances atténuantes ne pourront être
accordés aux reconnus coupables lorsque les tortures ou les actes de barbarie
ont entraîné la mort de la victime». Mais, précise l'alinéa 2 de l'article
288, «lorsque les tortures ou les actes de barbarie n'ont pas entraîné la
mort de la victime et que le bénéfice des circonstances atténuantes aura été
accordé aux accusés reconnus coupables, la peine des travaux forcés à perpétuité
sera obligatoirement prononcée, nonobstant les dispositions de l'article 432,
alinéa 2».
Outre
le parricide et les actes de barbarie ayant occasionné la mort, le Code pénal
punit de la peine capitale «le meurtre lorsqu'il aura précédé, accompagné
ou été suivi par un autre crime» (art. 289, al 1). En outre, «le meurtre
emportera la peine de mort lorsqu'il aura eu pour objet, soit de préparer,
faciliter ou exécuter un délit, soit favoriser la fuite ou d'assurer l'impunité
des auteurs ou complices de ce délit» (art. 289, al 2). D'après l'article 406
in fine du Code pénal relatif à l'incendie volontaire, pour tout incendie
ayant «occasionné la mort ou une infirmité permanente d'une ou plusieurs
personnes se trouvant sur les lieux incendiés, la peine sera celle de la mort».
Tant
que les dispositions sus indiquées du Code pénal, ne seront pas abrogées, l'avocat
général ne pourra, en Cours d'assises, requérir autre chose que la peine de
mort contre les accusés. Le magistrat sénégalais est lié dans son pouvoir d'appréciation
chaque fois qu'il se trouve confronté à un des cas où le droit pénal appelle
l'application de la peine de mort. La coalition sénégalaise contre la peine
capitale développe donc une approche généraliste, en ne visant pas de façon
expresse les articles 287, 288, 289 et 406 du Code pénal, outre l'aspect d'inconstitutionnalité
de la peine de mort soulevé par Me Doudou Ndoye. Le 10 octobre prochain leur
offrira une opportunité de mobilisation, avec la Journée mondiale contre la
peine de mort. Le mouvement abolitionniste est fédéré par la Coaliton
mondiale contre la peine de mort créée en mai 2002 à Rome et qui «vise à
accélérer le mouvement international d'abolition de la peine capitale et à
contribuer partout où la peine de mort est en vigueur à la réduction et,
mieux encore, à la suppression définitive des condamnations à mort et des exécutions».
Cependant, célébrer une journée mondiale contre la peine de mort n'est pas
une chose inédite. En Italie, les membres de la communauté Sant'Egidio célèbrent
le 30 novembre de chaque année une opération dénommée «Cities against the
death penalty». Une célébration dont le choix de la date n'est pas fortuit.
Elle commémore le 30 novembre 1786, date à laquelle un Etat souverain, le Duché
de Toscane (Italie), abolissait pour la première fois la peine de mort. La
toute première victoire que les abolitionnistes signaient, il y a bientôt deux
cent dix-sept ans. En 2002, seuls soixante-seize pays avaient aboli la peine de
mort pour tous les crimes. Quatorze pays avaient supprimé la peine capitale
pour les crimes de droit commun. Vingt-et-un n'appliquaient plus la peine de
mort. Des abolitionnistes de fait qui, ajoutés aux abolitionnistes de droit,
portent à cent onze le nombre de pays à marcher sur les pas de la Toscane.
Au
niveau de la Coalition mondiale contre la peine de mort, on n'exclut pas de «mener
des actions urgentes d'aide à des condamnés à mort (et d'agir) de façon
complémentaire à ses membres, dans le respect de l'indépendance de ceux-ci et
lorsque seule une union des forces permettra d'espérer un résultat meilleur».
Et, pour ses premières initiatives, elle s'investit «pour encourager plus d'Etats
à co-soutenir et à voter la résolution de l'Union Européenne condamnant la
peine de mort lors de la prochaine Commission des droits de l'homme des Nations
unies à Genève. Aujourd'hui, seule l'Union européenne fait de l'abolition de
la peine de mort une condition obligatoire chez tous ses membres.
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