Comunità di S.Egidio


Olivier Clément
Petite boussole spirituelle pour notre temps

DDB, Paris, 2008

Préface

On ne le rencontre plus dans ces nombreuses réunions et conférences, ou nous avions l'habitude de l'écouter en France et dans d'autres pays d'Europe. Et pourtant, Olivier Clément continue de parler à travers ses écrits. Il ne donne plus de cours aux étudiants de l'Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge. On ne le voit plus à la liturgie orthodoxe de la cathédrale de la rue Daru. Mais il reste présent et nous accompagne, il demeure aussi dans notre culture européenne qui ne peut que découvrir l'importance et l'originalité de son apport.

Malade depuis quelques années, Olivier Clément vit chez lui dans un quartier populaire de Paris, non loin de Ménilmontant. De la fenêtre de sa chambre où il passe presque tout son temps, on aperçoit la ville étendue jusqu'a la tour Eiffel. Même éloigné du tumulte parisien et cloîtré chez lui, il n'a pas renoncé à regarder son poque avec intérêt et à suivre la vie française, la vie internationale, la vie de l'Église. Il lit beaucoup, reçoit des amis, voit les membres de sa famille, prie devant les petites icônes placées face à son lit. Son histoire personnelle a fait de lui un ermite dans la ville, cette ville vue d'en haut et présente à son coeur. Après une longue histoire passée au milieu de la vie des gens, au contact des jeunes, dans les débats d'idées, a l'intérieur de la vie de l'Église, il semble s'être comme retiré en ermitage.

A leur manière, la présence et l'actualité de la pensée et du témoignage d'Olivier Clément transparaissent dans cet ouvrage. On perçoit dans les essais proposés ici la sagesse d'une vie tissée d'affections, d'amitiés et de grandes passions. On devine la leçon d'une existence qui fait de lui à présent un ancien au sens noble du terme, un aîné plein de mesure et d'expérience. Ce témoignage est d'autant plus précieux aujourd'hui, où il n'est plus d'usage d interroger les plus âgés d'entre nous, où l'on court davantage derrière le clinquant des nouveautés ou les gourous a la mode, où la course à la consommation mordue non seulement la culture contemporaine, mais aussi une partie de la spiritualité.

L'essai le plus significatif de ce volume est né d'une question des amis de la communauté de Sant Égidio comment être chrétien aujourd'hui? Question posée a un homme vivant sa foi avec foi et passion, tout en réfléchissant sur sa signification. Au moment où Oliviier Clément accepte de répondre, il ne sort déjà plus de chez lui. Toutefois, les nombreux problèmes de la vie quotidienne continuent de lui parvenir. Même retiré de la vie, ermite à sa manière, il n'est pas prisonnier du pessimisme ni de la sensation d'être étranger aux événements, ce sentiment qu'on rencontre parfois chez de vieilles personnes perdues dans une époque qui ne les aime plus et qui n'est plus la leur. C'est que notre auteur n'a pas pris congé de son époque, mais vit encore avec sympathie les problèmes et la quête de ses contemporains.

Olivier Clément offre donc ici une « petite boussole pour le temps présent », comme une aide aux chrétiens d'aujourd'hui, surtout aux plus jeunes. Aux hommes et femmes dépaysés que nous sommes, comme le dit Todorov, il propose une boussole pour nous orienter dans une époque complexe.

Avec ce texte précieux sont publiées d'autres contributions du même auteur, écrites pour dis erses occasions et encore inconnues du grand public en France. Il ne s'agit pas d'un recueil de fragments constitué au hasard: Olivier Clément a toujours une solide architecture intellectuelle même si son oeuvre ne s'est jamais caractérisée par une composition excessivement systématique. Comme le faisaient les Pères de l'Église, notre auteur écrit d'abord pour répondre aux questions des chrétiens, approfondir une difficulté, commenter un texte important, guider un itinéraire, expliquer l'Écriture ou offrir la pensée des Pères. Ainsi Olivier Clément reste-t-il effectivement très lié à la vie, même si sa réflexion a des racines profondes et lointaines: ce qui est actuel dans la réflexion chrétienne, en effet, ne prend pas appui sur le présent, mais sur des racines anciennes.

Ce livre exprime non seulement l'a pensée d'un théologien orthodoxe illustre, mais aussi la sagesse d'un homme à l'histoire personnelle riche et significative; un homme singulier qui vient de plus loin que lui-même. Ses racines en effet sont françaises et occidentales et puisent également dans l'Orient chrétien. Sa pensée est originale parce que lui-même est le fruit d'une greffe complexe et bien réussie. En effet, Olivier Clément est profondément enraciné dans la culture française et dans le monde de la France contemporaine. Ses origines familiales s'inscrivent dans le sud de la France, dans un milieu laïque, non-croyant et socialiste. Mais c'est aussi un homme qui a vécu toute sa vie à Paris au contact des débats intellectuels, placé devant les défis de la vie dans une grande ville plurielle, riche et marquée aussi par le désert humain, placé encore devant le mouvement de 1968 et l'utopie d'un monde nouveau...

Clément a vécu l'histoire d'un homme occidental. II en porte avec lui les interrogations, Il a ressenti l'angoisse des horizons étroits de l'homme contemporain et de sa culture, ce qui l'a conduit a emprunter les chemins de la recherche spirituelle. Il s'est ouvert en partant de la leçon de cet historien singulier qu'a été Alphonse Dupront, présent quant à lui dans la Roumanie fervente d'avant la Seconde Guerre mondiale. Il a rencontré la foi chrétienne dans la tradition de l'Église orthodoxe. Clément est en effet un chrétien orthodoxe : il n'est pas né catholique mais, de laïc et de non-croyant qu'il était, il s'est engagé dans la foi chrétienne par le baptême dans l'Église orthodoxe.

Sa recherche inquiète se développe dans le climat dramatique de 1939-1945. Pour beaucoup de grands esprits d'alors, la guerre est un temps fécond en intuitions et en interrogations, Cela l'a été pour frère Roger de Taizé, pour Chiara Lubich, fondatrice du Mouvement des Focolari. Jean-Paul II soulignait toujours avec force combien la Seconde Guerre mondiale a constitué un creuset de vie chrétienne mais aussi une mémoire à ne pas perdre. La génération de la Seconde Guerre mondiale compte de nombreux maîtres spirituels qui ont beaucoup à dire à l'Europe d'aujourd'hui, tentée par le repliement sur elle-même. La recherche de Clément se développe ensuite dans le climat passionné de l'après-guerre, au moment où la France se reconstruit et où l'on pose les bases de l'Europe.

Dans ce contexte, Clément cherche avec passion et il parvient à trouver dans un certain sens, mais en s'éloignant beaucoup du paysage religieux de la France contemporaine. Il est devenu chrétien en accueillant l'Évangile qui lui venait de la tradition de l'Église d'Orient. Après la révolution bolchevique, beaucoup de Russes s'étaient établis en France: c'était le monde éclectique des émigrés, des gens de toutes sortes, confrontés à un Occident qui leur était jusqu'alors en grande partie étranger. La culture théologique et philosophique russe, la foi de la Sainte Russie, se sont greffées dans la France du premier après-guerre. Pensons à la grande figure de mère Marie, Russe convertie au christianisme après une vie aventureuse, moniale, amie des pauvres, morte dans les camps nazis pour avoir aide les juifs dans le Paris occupé. La greffe de l'orthodoxie en France n'est pas seulement culturelle, elle est aussi un vrai vécu ecclésial.

Clément a recueilli, avec sa sensibilité profonde, le témoignage qui lui venait de grands croyants russes, Vladimir Lossky et, devant lui, Berdiaev. Il a été l'ami de Paul Evdokimov qui a eu le génie d'introduire la culture religieuse occidentale au monde de l'ortho¬doxie. Je me souviens moi-même, étant jeune, du fort impact de la lecture de ses livres, en particulier Orthodoxie. Mais, pour Clément, ne s'agit pas seulement de théologie ou de culture religieuse. II a recueilli de la tradition. spirituelle représentée par ces croyants un message de foi et de vie.

Son passage à la foi a été accompagné de la présence du père Sophrony, un moine qui a grandi à l'école ou mont Athos et qui, comme le reconnaît Clément, « [lui] a fait comprendre que le christianisme n'est pas une idéologie, mais la Résurrection ». Sophrony né à Moscou en 1896, a été moine à l'Athos et disciple du grand starets Silouane, mort en 1938, dont il a publié la vie et l'oeuvre. Sophrony quitta ensuite l'Athos pour se rendre en France où Clément a pu le fréquenter. Cette filiation spirituelle imprègne profondément notre auteur.

Les noms cités ici évoquent une histoire particulière : cette tradition spirituelle de vie et de pensée qui vient de la Sainte Russie, de la recherche; des drames de l'histoire (avant la révolution bolchevique ou avec elle), que le christianisme russe a vécue Clément, dont la famille ne s'inscrivait dans aucune tradition chrétienne, a eu la grâce de s'unir a cette grande tradition de foi, riche et tourmentée, au contact de quelques-uns de ses témoins les plus importants. II est allé puiser a une source chrétienne très éloignée de son univers naturel et que l'histoire avait fait s'approcher de la France du fait des événements bien connus de la révolution de 1917 et de l'émigration. C'était une grande tradition représentée par des exilés et des marginaux. Clément la décrit en effet ainsi:

«Ces hommes m'ont accueilli et je n'ai jamais vu leur amitié faire défaut. Leur marginalité relative rencon¬trait la mienne et se transfigurait dans la marginalité nécessaire d'un christianisme rénové, partout en diaspora, partout crucifié entre l'exil et le royaume. J'ai reçu le baptême dans l'Église orthodoxe. J'avais trente ans. C'était un choix lucide et grave... Un choix conscient, si l'on veut, même s'il faut toute la vie, toute la mort, pour devenir conscients de la grâce baptismale, pour mourir et renaître en Christ. »

Son histoire est particulière, mais chaque vraie conversion mène finalement loin de soi, Et pourtant Clément est un Occidental. II ne se fait pas passer pour ce qu'il n'est pas. Il a puisé à la tradition orthodoxe avec ses interrogations propres et sa mentalité. Ce n'est pas un Russe de seconde génération, mais bien un homme d'Occident qui, cherchant le sens de la vie, a rencontré Jésus dans la foi et dans la tradition de l'Église d'Orient. Sa vie est la greffe féconde d'un Occidental, d'un Français, sur l'orthodoxie En lui nous ne trouvons rien d'exotique ni de lointain, mais nous rencontrons celui qui est allé loin pour trouver des réponses a la sensibili¬té et aux interrogations des hommes et des femmes de sa génération, du monde français et du monde occidental. Les réponses qu'il a trouvées, la sagesse qui a grandi en lui, sont une synthèse précieuse et rare entre les mondes, les cultures différentes que sont l'Occident de sa culture et de son histoire et l'Orient chrétien de sa foi.

Son existence est celle d'un passeur, comme l'écrit Franck Damour: « Il est un passeur entre les mondes chrétiens d'Orient et d'Occident. Un passeur est un révélateur d'unité, de relation... » C'est pourquoi il s'agit d'une existence et d'une pensée qui ont une grande signification pour nous tous car elles se sont développées en vivant et en respirant avec deux poumons, avec l'Orient et avec l'Occident (comme le disait Jean-Paul Il et avant lui Ivanov). Dans ce sens, l'oecuménisme comme recherche d'unité des chrétiens est inscrit en profondeur dans la vie de Clément et a mûri dans les nombreuses amitiés de son existence.

Olivier Clément a donc dépensé toute sa vie pour faire siennes les interrogations des jeunes et des moins jeunes rencontrés au cours de décennies de vie active, allant puiser aux sources de la liturgie et de la foi de l'Orient chrétien et des Pères de l'Église. Il a passion¬nément aime la recherche et la confrontation des idées, en traversant aussi des périodes de-fragilité. Ce n'est pas un homme fermé. Sa liberté intérieure consiste en une ouverture aux questions de tous qui l'amène a considérer les autres avec sérieux. Ses questions sont les nôtres : celles des générations des années soixante, de ceux qui se confrontent ,à la modernité, de ceux qui ressentent le poids d'un totalitarisme scientifique, de ceux qui devinent les limites de la psychologie et de la psychanalyse, de ceux qui perçoivent la faiblesse des idéologies, mais aussi de ceux qui sentent combien la vie s'est fragilisée... Ce sont les questions de ceux qui ne se cachent pas derriere les murs, mais qui puisent à l' Évangile, trouvant là leur force.

Notre auteur a vécu aussi de près la grande crise de 1968, attentif aux sentiments et aux espoirs des jeunes qui envahissaient de leur vacarme enthousiaste les rues de Paris, tout près du grand lycée ou il enseignait. Il s'aperçut que 1968 était une grande mise en scène liturgique » de la révolution, avec le refus généralisé du père, c'est-à-dire de la continuité entre générations et de la tradition. 1968 a été un banc d'essai difficile pour une génération qui, étant jeune, avait vécu la guerre et s'était jetée ensuite avec enthousiasme et courage dans la reconstruction. C'était un acte d'accu¬sation de la part des plus jeunes, tout au moins du monde universitaire, contre ceux qui les as aient précédés.

Clément procède à une lecture qui vide l'utopie de 1968 de sa substance. Mais il ne renonce pas à croire qu'il est possible de changer le monde et les hommes. Au contraire, il est de plus en plus convaincu que le chemin du coeur peut changer l'homme. Il. affirme en effet que « les seules révolutions créatrices de l'histoire sont nées de la transformation des coeurs ». En 1968, il fit justement une expérience complètement différente du mai parisien. Répondant à la proposition d'un éditeur, il se rendit à Istanbul pour écrire un livre-interview avec le patriarche orthodoxe de Constantinople, Athenagoras. Celui-ci représentait le père, l'histoire, la tradition de la grande Église du Christ qui vivait, quant à elle, un moment difficile et humiliant dans la Turquie moderne.

A l'époque de la révolte contre le père, Clément se plonge dans l'histoire et la vie de ce vieux patriarche orthodoxe ne en 1886, qui avait connu le demembrement de l'Empire ottoman, les crises du patriarcat orthodoxe, les haines nationalistes et les guerres. Le théologien âgé de quarante-cinq ans se mit à l'écoute du patriarche plus qu'octogénaire il découvrit l'indomptable force spirituelle et humaine d'un homme qui ne se résignait pas à la désunion des chrétiens, à la haine entre les nations, au vide de l'existence de tant de ses contemporains.

Au temps de la contestation des pères ou de leur meurtre, en 1968, Clément dialogua donc avec ce vieux père. C'est la réalité, mais c'est aussi une image symbolique de la transmission de la foi de génération en génération. Au cours de ses années de recherche et de sa conversion, il avait déjà expérimenté le passage décisif que représente la relation avec des témoins de la foi. À un tournant délicat de sa vie, mais aussi de la société française, le voici de nouveau en colloque, un colloque mûr, non pas entre égaux, mais avec un grand père. Il en est ne un livre qui constitue un véritable chef-d'oeuvre de spiritualité et d'histoire, dans lequel le théologien Clément et le patriarche se fondent dans un dialogue abordant tous les domaines. C'est un texte qui mérite d'être repris en main et médité, comme un grand livre du XXe siècle

Pour le théologien français, l'orthodoxie constitue la tradition de la foi vécue dans la liturgie et au contact vital des témoins, des pères et puis, de plus en plus, des Pères de l'Église, L'orthodoxie n'est pas le refuge dans un passé atemporel, à l'abri de la peine à oeuvrer dans le monde, à être touches et ébranlés par une histoire qui semble, à certains moments, glisser avec rapidité et confusion, Plus le théologien français se plonge dans la tradition, plus on ressent sa présence intelligente et inquiète dans l'actualité des débats, de la vie, des problèmes.

La ferveur de sa vie se nourrit à la source d'une inextinguible espérance devenue désir de se changer soi-même, de vivre dans le monde et de ne pas renoncer à le changer, Au début de son livre, La Révolte de l'Esprit (un titre ô combien important qui apparaît comme un défi lance a une époque ou nous sommes en 1979 - les idéologies se dissipent et les jeunes générations cherchera des paradis artificiels et spirituels), on trouve des paroles de Nicolas Berdiaev qui sont chères à Clément: « La révolte contre Dieu, n'est-ce pas un malentendu suscité par le mot? On ne peut se révolter qu'au nom de la réante ultime, de l'Esprit, c'est-à-dire au nom de Dieu.»

Il ne s'agit pas des sentiments d'une ancienne génération imprégnée de militantisme, mais de quelque chose de plus profond, qui va au-delà de la déception et de l'insuccès. Une attitude qui se fonde sur la pensée profonde de la foi chrétienne: la Résurrection. La culture historique, la passion pour les faits du monde et la vie des peuples augmentent le sens de l'histoire. Clément n'est pas un spirituel hors de l'histoire et sans rêves pour le monde. II a le sens de l'histoire et le goût de la sonder. Dans l'un de ses premiers écrits théologiques qui remonte à 1959, il observe: « Nous faisons pour l'histoire comme pour les visages : nous ne voyons que la surface... » Sonder l'histoire veut dire tenter d'en saisir aussi les profondeurs. On découvre au coeur de celles-ci une force de changement qui semble impossible à la surface et dans l'enchaînement mécanique des événements.

La résurrection du Christ fait que l'histoire ne devient pas un enfer, mais qu'elle est habitée en profondeur par une force de salut. « Si l'histoire n'est pas nourrie d'éternité, elle devient zoologie », conclut-il. Dieu n'a pas abandonné le monde; la pauvre et douloureuse histoire des hommes, le chemin des peuples. Aussi le regard du chrétien n'est-il pas as auvegle devant la douleur dans l'histoire, il ne se laisse pas plus enfermer dans le piège conservateur du pessimisme ou tromper par les utopies du paradis sur terre.

« Aujourd'hui, l'humanité fuit la mort mais multiplie les moyens de son propre suicide, a-t-il écrit. C'est pourquoi les chrétiens ont avant tout le devoir d'annoncer la grande joie de Pâques. De l'annoncer et de la faire rayonner par la beauté de la liturgie et le témoignage des saints... C'est à ce déploiement de la Résurrection à travers l'histoire que nous sommes appelés pour préparer le retour du Christ ou plutôt de toute chose en Christ. Retour qui doit s'anticiper déjà dans les signes posés par une "culture des visages"... »

Qui parcourt les pages de ce livre, qui prend en main cette boussole spirituelle, découvre la force intérieure issue de la foi chrétienne et d'une longue tradition d'hommes et de femmes, de saints et de martyrs. il en saisit dans le présent l'actualité et la capacité de transformation, mieux encore de transfiguration, pour soi et pour l'ensemble du monde.

Sans prétendre imposer quoi que ce soit, argumen¬tant, racontant, s'interrogeant, Olivier Clément transmet comme un ancien la fraîche sagesse de sa vie. Il vit aujourd'hui tout ce qu'il avait écrit voici plus de trente ans : « La vieillesse favorise une autre connaissance, cette connaissance que l'Orient chrétien désigne comme l'union de l'intelligence et ,du coeur. » Le christianisme, c'est aussi cela: une transmission humaine et spirituelle qui lie une génération à l'autre – bien que dans des situations différentes –, une solidarité avec son époque elle-même héritière d'un don qui vient d'autres avant moi et, en dernière analyse, de très loin.

Cette transmission n'est pas anonyme, mais peuplée de visages d'hommes et de femmes, de croyants, d'anciens, de savants. Ces pages nous transmettent non seulement les paroles et les réflexions d'Olivier Clément, mais font voir son visage intérieur, comme un témoignage d'intelligence et de coeur. Elles sont une invitation à s'orienter dans le monde présent à la lumière de l'Evangile. Ce qui signifie aussi choisir la voie de l'intériorité : « Seule la prière peut vaincre la tentation du narcissisme, rendre aux hommes leur finitude ouverte, acceptée mais ouverte, éclairée par le regard de l'autre, l'ordinaire des jours.»

Enfin, que ce livre soit aussi perçu comme l'hommage d'un ami qui, comme beaucoup, a énormément reçu de son témoignage et de son amitié.

Andrea Riccardi