Intervention de Dawood Yousefi, réfugié afghan, durant la visite du pape François à la Communauté de Sant'Egidio

16 Juin 2014

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VISITE DU PAPE FRANÇOIS À LA COMMUNAUTÉ DE SANT’EGIDIO

Rome 15 juin 2014

Intervention de Dawood Yousefi, réfugié afghan

 

Je m’appelle Dawood Yousefi, j’ai 29 ans, je suis un réfugié d’Afghanistan, musulman. Mon voyage vers l’Italie a commencé alors que je n’avais pas encore 18 ans révolus et que j’ai fui, car, dans mon pays, il y avait la guerre depuis 1978. Je fais partie d’un groupe ethnique persécuté dans mon pays, les Azara.

Je suis parti avec deux amis ne sachant pas bien ce qui nous arriverait. Le voyage depuis l’Afghanistan commence à pied pour arriver jusqu’en Iran. Parmi les passages les plus périlleux du voyage, je me souviens du chemin sur les montagnes entre l’Iran et la Turquie où je suis resté plus de deux semaines. J’ai vu sur les bords du sentier les squelettes d’autres réfugiés. J’ai eu peur de mourir, car il faisait très froid. Durant le parcours, nous avons risqué à plusieurs reprises de sauter sur les mines antipersonnel. Nous étions un groupe de cent et rien que le passage entre l’Iran et la Turquie nous a coûté deux mille dollars par personne. Les voies que nous font emprunter les trafiquants sont les mêmes que celles par où passent les armes, la drogue et l’alcool. Après être arrivés en Turquie, mon voyage n’était pas terminé. Avec quatre amis, nous avons acheté un pneumatique pour rejoindre la Grèce. Le trafiquant nous a dit que l’une des îles grecques était très proche. Nous avons choisi de voyager de cette manière, car c’était la plus économique. Nous n’avions plus d’eau et la mer était très agitée. Mon ami le plus cher, à la suite d’une forte vague, est tombé et nous n’avons rien pu faire pour lui. J’entends encore son appel à l’aide. C’est un SMS envoyé aux garde-côtes grecs par l’intermédiaire d’un vieux téléphone portable que j’ai encore sur moi qui nous a sauvés. C’est la première fois que je raconte cette partie de mon voyage, car cela me fait encore mal de l’évoquer. Je crois que c’est Dieu et la prière de mes parents et de tous ceux qui nous accompagnent qui nous ont sauvés. Je sais que vous êtes allé prier à Lampedusa et cela a touché de nombreuses personnes comme moi, nous vous aimons bien. Merci. La dernière partie de mon voyage est celle que de très nombreux jeunes afghans traversent pour entrer en Europe, c’est-à-dire par le port de Patras vers l’Italie. Je me suis caché sous un camion entre les roues et je suis resté accroché pendant trente-cinq heures sans bouger. Beaucoup de jeunes afghans sont morts car ils n’ont pas résisté et sont tombés sous les roues.

Aujourd’hui je vais bien, je travaille. J’ai rencontré la Communauté de Sant’Egidio un soir à la gare Ostiense où ils apportent le repas à ceux qui vivent dans la rue. Une amitié a commencé, qui m’a conduit à vivre en profondeur avec « Gens de paix ». Nous sommes nombreux et différents par la culture et les pays d’origine. Ensemble, nous essayons de construire la paix. Je vais souvent dans les écoles pour parler aux jeunes de mon histoire qui est semblable à celle de beaucoup de réfugiés. J’ai trouvé ici cette Paix que j’ai tant désirée. Je rêve de la paix pour mon pays et pour tous ceux qui souffrent encore à cause de la guerre. Merci.