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Coronavirus. La grande valeur des «solidaires». Valoriser les liens humains. Marco Impagliazzo dans Avvenire

6 Mars 2020

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Marco Impagliazzo

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Ces semaines qui mettent notre pays à rude épreuve, du fait de la diffusion du nouveau coronavirus, ont démontré la capacité des institutions démocratiques, l’abnégation du monde de la santé, de la protection civile et des forces de l’ordre ainsi que le sens de la responsabilité de nombreux citoyens. Pourtant, l’épidémie nous a surpris dans cette époque liquide où les liens sociaux et les relations habituelles se sont dissous. Chacun se trouve davantage seul dans l’océan de la vie. De là viennent l’incertitude, la confusion et parfois la peur devant ces jours. De là, les villes qui se vident de leur vie.

Chacun est un peu plus seul dans la crise et réagit de manière parfois contradictoire. Pourtant les réponses positives ne manquent pas. L’urgence a fait réapparaître le caractère central des réseaux de proximité et de solidarité aujourd’hui plus essentiels encore pour lutter contre la solitude et l’isolement de beaucoup de personnes. La vaste réalité des personnes qui appartiennent à ces réseaux, expression en grande partie du monde catholique, est à l’œuvre, avec générosité, afin qu’aucune des personnes les plus vulnérables et fragiles ne reste seule face à cette urgence. Ensemble avec les nombreux prêtres au service et à l’écoute des personnes.

Au temps de la solitude, les autorités compétentes demandent (pour une raison plus nécessaire que jamais et pour des motifs absolument compréhensibles) de créer une certaine distance, à laquelle on peut néanmoins répondre en faisant grandir la proximité relationnelle. Non seulement l’intérêt sincère porté à l’existence de l’autre, mais bien plus quelque chose qui se fait soin attentionné, chaleur, accompagnement. Nous ne vaincrons pas le covid-19 en restant davantage seuls, mais en nous faisant plus proches, tout en respectant une distance à même de résister à la contagion. Nous ne sortirons pas de cette épreuve en nous retirant du monde extérieur (et en isolant les autres), mais en créant des ponts capables de ne laisser personne aller à la dérive, à commencer par les plus faibles.

 

Le décret du gouvernement a insisté sur le fait que «les personnes âgées ou affectées par des pathologies, ou encore souffrant d’états d’immunodéficience congénitale ou acquise, [doivent] éviter de sortir de chez elles sauf en cas de stricte nécessité». Beaucoup d’aînés, de personnes handicapées ou de personnes qui vivent dans la rue sont davantage seuls : nous reconstruisons un tissu social, même si c’est de loin. Ce n’est pas difficile. Il s’agit de se souvenir de ceux qui vivent seuls, de faire une visite sur le palier, d’avoir une conversation téléphonique, de se proposer d’aller faire les courses ou de chercher les médicaments. Avec l’archevêque de Milan, nous dirons: «pour augmenter les raisons d’être serein».

 

L’ennemi à combattre est le coronavirus, mais nous devons empêcher un autre ennemi de vaincre, encore plus insidieux, l’isolement. Le diocèse de Rome a invité hier «les Caritas paroissiales et tous les groupes de bénévolat présents dans les paroisses à promouvoir des initiatives de proximité auprès des personnes âgées seules qui vivent sur leur territoire, tout au moins à travers des contacts téléphoniques». En outre, en ces jours, dans plusieurs institutions et maisons de repos de villes italiennes, les personnes âgées ont été destinataires de lettres et de messages vidéo de la part de jeunes de Sant’Egidio qui, du fait de la situation d’urgence sanitaire, ne peuvent plus effectuer leurs visites directement. La technologie peut être mise au service de cette urgence pour maintenir les liens sociaux quand les possibilités de se rencontrer sont limitées. Une situation inédite exige des réponses et des solutions nouvelles et créatives.

 

Parmi les populations exposées au risque se trouvent les personnes sans domicile. La précarité de leurs conditions de vie est aggravée en cette période de moindre circulation des personnes, un isolement supplémentaire qui rend plus difficile la possibilité d’obtenir de l’aide et de l’attention. La situation d’urgence sanitaire actuelle nous demande d’avoir particulièrement à cœur de prendre soin de leur santé. Les restaurants des Caritas et des associations restent en général ouverts bien qu’avec des restrictions, mais il est nécessaire de porter une attention plus grande à ceux qui vivent dans la rue, pour qui une salutation, une présence, une aide alimentaire ou de tout autre sorte constituent quelque chose de vital.

 

La force de l’épidémie nous rappelle notre faiblesse. Mais elle nous révèle aussi notre force potentielle (de relation, de soin, de recomposition des liens), la même que celle dont fait preuve depuis des semaines le personnel médical et paramédical. Chacun peut être une présence amicale, capable de prendre soin de ceux qui n’ont personne sur qui compter, de renforcer ces liens de solidarité sur le territoire qui représente un réel soutien vital. Le physicien Guido Tonelli écrivait hier dans le Corriere della sera qu’il faut immédiatement mettre en circulation un «vaccin social» en attendant que «le vrai vaccin» soit disponible. C’est la grande tâche des réseaux de solidarité.

 

Marco Impagliazzo

Avvenire, vendredi 6 mars 2020

 [Traduction de la rédaction]