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Burkina Faso : l'inscription à l'état civil, un instrument de lutte contre la diffusion de la violence

20 Février 2019 - BURKINA FASO

L'enregistrement à l'état civilBRAVO

La mise en place du programme Bravo! se poursuit

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Le fait qu'un enfant soit inscrit à l'état civil va de soi en Europe, mais dans de nombreux pays du monde, ce droit fondamental n'est pas garanti. Pour remédier à cela, la Communauté de Sant’Egidio a créé le programme BRAVO!, qui entend assurer à des centaines de milliers de mineurs africains la pratique de l'inscription, en sensibilisant les gouvernements et l'opinion publique, en promouvant le développement des systèmes d'état civil subsahariens.

Le programme fonctionne dans plusieurs pays africains et connaît ces jours-ci un déploiement supplémentaire au Burkina Faso.
Si les efforts s'étaient concentrés jusqu'à ce jour dans la région centre-ouest, au sud-ouest de Ouagadougou, aujourd'hui, grâce à de nouveaux financements alloués par l’Union européenne, le travail des employés et des activistes de BRAVO ! vise la capitale très peuplée et les districts qui l'entourent. Le programme sera présent dans chaque maternité de la région centre et donnera à toutes les nouvelles mères la possibilité d'inscrire gratuitement leur enfant.

Du reste, il ne s'agit pas seulement d'une question d'état civil. Les enfants non inscrits ont de plus fortes probabilités de se retrouver impliqués dans des violences de différents types (abus sexuels, exploitation de mineurs, mariages précoces, enrôlement de force dans les milices, etc.), et ce, d'autant plus dans un pays comme le Burkina, où la mobilité humaine est extrême et où l'on voit facilement des mineurs se déplacer d'un point à l'autre du pays, parce qu'ils sont habitués à faire la navette d'un foyer à l'autre dans un réseau familial élargi, parce qu'ils sont chargés d'une commission, parce qu'ils partent étudier.

Voici une histoire qui explique beaucoup de choses : un petit garçon de dix ans avait été envoyé par sa famille auprès de connaissances au sud de Ouagadougou et n'avait plus donné aucune nouvelle de lui. C. B. n'avait aucun papier d'identité et sa famille ne savait pas comment ni où le chercher. Quelques années après sa disparition seulement, il a été retrouvé par chance près de la frontière avec la Côte d'Ivoire, dans une zone rurale, contraint au travail forcé dans une plantation de cacao. Nombreux sont malheureusement les récits d'enfants qui disparaissent complètement et dont on perd la trace.

L'inscription à l'état civil est aussi un instrument qui permet d'avoir accès aux droits et aux services que l'État est tenu de garantir à ses citoyens et qui concernent toute la durée de l'existence. Elle a des conséquences sur la manière dont une personne percevra son appartenance à une nation, le fait d'être membre d'une communauté. Cela aussi a une valeur supplémentaire dans un pays comme le Burkina, malheureusement touché depuis plusieurs années par une intense activité djihadiste, pour partie endogène, ainsi que, plus récemment, par des oppositions ethniques croissantes.

Nous savons que, depuis quelque temps, une vague de violences (attentats, enlèvements, attaques armées) a investi le pays, et la nouvelle a été communiquée il y a quelques jours du meurtre dans le sud-est de quatre fonctionnaires des douanes et d'un prêtre espagnol, âgé de 72 ans, le père salésien Antonio César Fernández.


Au début, les attaques terroristes étaient pour la plupart concentrées dans la zone frontalière du Niger et du Mali, mais à présent le Sud et l'Est du pays sont également concernés par le phénomène, et le gouvernement (un gouvernement démocratique après des années d'autoritarisme) a proclamé l'état d'urgence dans plusieurs provinces. Une épreuve difficile pour la jeune démocratie.
Le fait que beaucoup de milices se soient unies dans un regroupement connu sous le nom de Jama’at al-Nasr al-Islam wa al-Muslimin (groupe de soutien de l’Islam et des musulmans) a compliqué les choses, tout comme le fait que certains de ses chefs soient d'ethnie peul (ou fulani), dédiée au pastoralisme. À Noël dernier, un groupe d'hommes armés (d'ethnie mossi) a attaqué Yirgou, village majoritairement habité par les pasteurs fulani, par rétorsion, faisant plusieurs victimes.


Une situation de tension et de danger face à laquelle il est plus que jamais urgent d'offrir les instruments de protection pour les jeunes générations, comme se le propose le programme BRAVO!.



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