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Jésus prend soin de ce que l'homme moderne néglige : l'âme. Les paroles du pasteur Paolo Ricca à Santa Maria in Trastevere

17 Juillet 2019 - ROME, ITALIE

HOMÉLIES

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Le pasteur vaudois Paolo Ricca a participé à la prière du soir de la Communauté de Sant'Egidio à Santa Maria du Trastevere, le 16 juillet 2019.

Sa méditation sur l'évangile de Matthieu 9, 35-38

Chers frères et sœurs, 

Ce que les versets de l'Ecriture que nous venons d'entendre ont saisi doit être un moment crucial de l'histoire de Jésus, lorsque voyant les foules, il en eut compassion, car elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger. Un moment crucial car, je pense, un moment où Jésus comprend qu'il doit être lui-même le berger de ces foules, qui étaient comme des brebis sans berger. Non pas qu'il n'y avait aucun berger : il y avait des bergers, et même, il y en avait beaucoup : des bergers religieux, des bergers politiques. On ne manquait pas de bergers, comme aujourd'hui aussi, on ne manque pas de bergers, mais ils étaient comme ceux dont parle le prophète Ezéchiel au chapitre 34 de son livre, où il dit que ce sont des bergers qui n'en sont pas. Nous sommes entourés de bergers qui ne sont pas des bergers. Et qui sont-ils ces bergers qui n'en sont pas ? Ce sont, dit le prophète, des bergers qui prennent soin d'eux-mêmes, de leurs idées, de leurs programmes, de leurs rêves, de leurs projets, de leur contrat. En Italie, nous savons ce qu'est un contrat. Ces bergers ne s'occupent pas des brebis, mais de tout sauf des brebis : voilà ce que sont des bergers qui ne sont pas des bergers, et lorsque Jésus dit que les foules sont comme des brebis sans berger, il fait justement allusion à ceux qui s'occupent d’eux-mêmes, au lieu de prendre soin des brebis. Jésus, donc, a eu une intuition au moment où il prit compassion de ces brebis sans berger. Vous savez qu'un troupeau sans berger est perdu, il se décompose, il se perd, il se disperse. Et cela décrit amplement la situation dans laquelle Jésus trouve le peuple, les foules qui le suivent. C'est pourquoi il dit : “ comme des brebis sans berger” et il prend alors conscience : “moi je vais devenir le berger de ces brebis.” Lorsqu’il dit : “ la moisson est abondante mais les ouvriers sont peu nombreux ! Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson”, je crois qu'il pense surtout à lui-même comme berger des brebis qui n'ont pas de berger.

Mais que signifie être berger ? Cela veut dire prendre soin du troupeau, être avec lui, connaître le troupeau, connaître ses brebis, les appeler par leur nom, les aimer, les soigner, cela veut dire s'approcher comme Jésus s'est approché pour laver les pieds de ses disciples. Mais souvenez-vous, Pierre lui dit : “ C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? Non, jamais ! Je me lave moi-même, je suis le berger de moi-même, je n'ai pas besoin de berger, je suis à la fois brebis et berger.” C’est ainsi que nous raisonnons nous aussi, ça ne nous plaît pas toujours d'avoir un berger, parfois nous nous sentons blessés dans notre orgueil, dans notre autosuffisance. On se dit : “ je n'ai pas besoin d'un berger, je résous moi-même mes problèmes, je me lave les pieds seul”. Mais rappelez-vous ce que Jésus répondit à pierre : “ Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi.” En d'autres termes tu n'auras pas de relation avec moi, si je ne te lave pas. Et toi tu réponds : “ mais je n’ai pas l’impression d’être sale, je n'ai besoin d'être lavé par toi.” Tu n'as pas l'impression d'être sale, mais tu l'es, et le fait de ne pas avoir cette impression est le signe que tu es sale.

Voilà : nous avons besoin d'un berger, nous avons besoin que Jésus devienne notre berger. Et que fait Jésus comme berger ? Quel est le soin qu'il dispense à ses brebis ? C’est le soin des âmes. Si Jésus devient ton berger, il le devient pour prendre soin de ton âme. Aujourd'hui, beaucoup vivent comme s'ils n'avaient pas d'âme. Aujourd'hui, tout notre intérêt, tous nos soins se concentrent sur le corps. Bodybuilding, la construction du corps : voilà la grande passion de notre époque. Jésus a pris soin des corps, de tous les corps : aveugles, boiteux, paralysés, possédés, schizophrènes, des corps marginalisés, rejetés, abandonnés, humiliés, méprisés. Jésus a pris soin d'une infinité de corps, mais il n'a pas oublié le fait que dans chaque corps, il y a une âme. Et l’âme est la vie du corps. Jésus devient notre berger pour soigner notre âme, tandis que nous la négligeons si facilement. Jésus prends soin de ce que l'homme moderne néglige.

Le soin de l'âme : pourquoi ? Parce que l'âme est le lieu que Dieu veut habiter c'est sa demeure préférée. Dieu préfère habiter dans ton âme, plutôt que dans la plus splendide des cathédrales : ton âme est la cathédrale que Dieu préfère. Et comment demeure-t-il en ton âme ? Comment Jésus prend-il soin de ton âme ? Par sa parole, qui n'est pas une parole lointaine, une parole distante, une parole difficile. Non, c'est une parole très proche de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur. Ainsi Jésus devient ton berger en prenant soin de ton âme par sa parole.

Amen