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Soutenir la paix: un devoir pour les chrétiens

22 Février 2022

PaixL'UkraineAndrea Riccardi

La diplomatie ne suffit pas pour mettre fin au conflit ukrainien: l'opinion publique et les Églises doivent également être impliquées. Il y a encore trop de nationalismes et de divisions religieuses

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Les tensions entre la Russie et l'Ukraine s'inscrivent dans le cadre d'un ajustement géopolitique plus complexe après la fin de la géographie de la guerre froide. La réduction du territoire de Moscou a conduit à un processus d'humiliation de la dimension impériale de la Russie et à sa plus grande sensibilité à l'élargissement de l'OTAN et de l'UE dans l'espace de l'ancien Pacte de Varsovie et de l'URSS. Voici les racines des tensions actuelles qui pourraient conduire à un conflit. Les diplomates européens, américains, russes et ukrainiens se débattent avec le problème depuis des semaines. Espérons que le conflit a été évité, un scénario déraisonnable pour de nombreuses raisons. Ce serait un conflit très grave en Europe, impliquant une superpuissance et un grand pays européen.

J'ai été frappé, malgré l'inquiétude générale, par l'absence d'une opinion publique capable de réaffirmer la valeur de la paix.
Il y a une apathie selon laquelle les décisions à ce niveau semblent ne concerner qu'un petit club. Mais la guerre concerne tout le monde, elle est "une aventure sans retour", comme l'a dit Jean-Paul II, car c'est un processus dont le développement est imprévisible. Le rôle de la diplomatie européenne doit être soutenu par une opinion publique engagée qui montre une sensibilité profonde pour la paix. Les gens doivent se réapproprier cet aspect décisif de la politique et de la vie.

Les guerres ont toujours fait réfléchir les chrétiens sur le fait que la division entre eux alimente les conflits. Le mouvement œcuménique est également né de cette réflexion après 1914-1918. Le thème a été repris après 1945 et la Shoah. Aujourd'hui, après l'intense saison œcuménique des années 70/80, nous nous trouvons dans une phase de relations cordiales entre les Eglises, mais aussi de forte division à laquelle nous nous sommes résignés. Les Églises orthodoxes sont polarisées entre Moscou et Constantinople au sujet de l'autocéphalie accordée par ce patriarcat à un secteur de l'Église orthodoxe ukrainienne. Aujourd'hui, en Ukraine, le monde orthodoxe est divisé entre une Église loyale à Moscou et une autre autocéphale. A côté de ces deux Eglises, il y a l'Eglise gréco-catholique, unie à Rome : toutes deux célèbrent la même liturgie. Depuis le XXe siècle, la paix n'a pas été soutenue par l'unité chrétienne ; en effet, les conflits sont souvent entretenus par le nationalisme religieux. Qu'ont fait les Églises pour promouvoir la paix depuis 2014, début du conflit ukrainien ?

Je me souviens des paroles sincères du pape François en 2015, face à la guerre qui a éclaté dans le Donbass : " C'est une guerre entre chrétiens ! ". Vous avez tous reçu le même baptême ! Vous vous battez entre chrétiens. Pensez à ce scandale. Et prions tous, car la prière est notre protestation devant Dieu en temps de guerre". Le pape a fait allusion au fait que le christianisme de l'Ukraine et celui de la Russie sont nés ensemble lors du baptême de la Rus' sur les rives du Dniepr. Malgré les divisions, le christianisme dans ces pays a une seule souche et une histoire de plus de mille ans. Le Pape a conclu : " Quand j'entends les mots 'victoire' et 'défaite', je ressens une grande douleur... Ce ne sont pas les mots justes : le seul mot juste est 'paix' ". Il a raison : en effet, le 26 janvier dernier, il a appelé tout le monde à prier pour la paix. Les menaces de guerre posent à nouveau le problème de l'unité entre les chrétiens. Le patriarche de Constantinople a dit : "Églises sœurs, peuples frères". Ne faut-il pas proposer à nouveau l'unité et la paix à un monde chrétien qui ne semble pas vouloir rêver grand ?

[article paru dans Famiglia Cristiana - traduction de la rédaction]


(sur la photo : un enfant réfugié du Donbass fuyant vers la Russie)

 


[ Andrea Riccardi ]