Traduction Presse

Comme ils ont besoin d'air pour respirer, les enfants ont besoin de paix

1 Mai 2022

PaixAndrea Riccardienfants

Editorial d'Andrea Riccardi pour Famiglia Cristiana

Partager Sur


Un enfant à la frontière slovaco-ukrainienne, mars 2022 - Photo Sant'Egidio

Les enfants doivent être protégés et placés dans des lieux sûrs. Et il faut aussi les écouter : ils ne crient pas, pourtant ils souffrent beaucoup...

En Ukraine, il y a une guerre dans la guerre : la guerre contre les enfants. Peu de questions sont posées sur la façon dont les enfants voient la guerre. Ils la suivent souvent à travers les yeux de leurs parents ou d'adultes proches d'eux. Lorsqu'ils découvrent que leurs parents ou adultes sont impuissants et victimes du hasard, ils se sentent seuls et abandonnés. Souvent, même la main de leur mère ne les rassure pas : ils se rendent compte que leur mère est perdue et a peur. 

Tous, adultes, vieillards et enfants, sont désormais prisonniers des mains invisibles qui tirent brutalement les ficelles de la guerre et des opérations militaires. Ils tentent de se cacher ou de fuir, comme les nombreux réfugiés de l'est de l'Ukraine, et de Kiev vers Lviv et la Galicie ou l'Europe occidentale. Les enfants se sentent à la merci d'une tempête, dont il est difficile de s'abriter : du moins, ni eux ni leurs parents ne savent comment. Je les ai vus, à la frontière ukrainienne, tenant la main de leur mère, aller en Pologne ou dans d'autres pays. Peut-être ont-ils senti qu'ils avaient trouvé une direction à prendre. Même si à Varsovie, une fillette ukrainienne aux côtés de sa mère, a demandé en me voyant : "Et papa ?". Le père, comme tous les hommes, était resté dans sa patrie, peut-être pour se battre. Et puis il y a les enfants confiés à d'autres pour sortir du pays ou ceux qui sont seuls. En Ukraine, 98 000 enfants vivent dans des institutions, qui manquent aujourd'hui de personnel et de nourriture. Quel est leur avenir dans cette situation chaotique ?

Être arraché à son foyer, sinon aux membres de sa famille, à l'école, à son environnement, voilà la violence faite aux enfants. Mais la violence, c'est aussi le meurtre d'enfants. Pourquoi tuer des enfants ? Pourquoi bombarder les maisons, frapper les files d'attente de ceux qui attendent de recevoir de la nourriture ou des médicaments ? À l'intérieur de l'aciérie Azovstal, près de Marioupol, défendue par les Ukrainiens et durement touchée par les tirs russes, sont réfugiés des femmes et des enfants. 

Ne faudrait-il pas mettre en place une opération efficace pour ouvrir des couloirs humanitaires, ou devons-nous simplement continuer à nous battre et à tuer des innocents ? Les agences de presse ont diffusé la nouvelle que des enfants ukrainiens ont été déportés de Marioupol (dont 100 ont été hospitalisés), tandis que le président Zelensky a affirmé que, depuis le début de la guerre, 5 000 enfants ukrainiens ont été emmenés en Russie ou dans les zones occupées par celle-ci. 

Ce ne sont là que des extraits dramatiques de l'histoire douloureuse que vivent aujourd'hui les enfants ukrainiens. Mais que pensent-ils de la guerre ? Je me souviens avoir visité une école d'enfants réfugiés syriens au Liban il y a quelques années : leurs dessins représentaient des maisons brûlées et la couleur dominante était le rouge. Leurs sentiments douloureux sont apparus. 

Il va sans dire que les enfants doivent être accueillis, placés dans des lieux sûrs où on leur accordera attention et protection. Mais cela ne suffit pas. Ils ont besoin d'être écoutés. Les enfants traumatisés parlent souvent peu et demandent peu. Mais de leur désarroi et de leur douleur naît une demande profonde : la paix. 

Les enfants ont besoin de paix comme ils ont besoin d'air. En cela, ils sont plus sages que beaucoup d'adultes belliqueux. Les enfants ne crient pas et ne manifestent pas, mais ils souffrent beaucoup. Quand les "seigneurs de la guerre" écouteront-ils leur demande profonde ?

Editorial d'Andrea Riccardi paru dans Famiglia Cristiana du 1/5/2022
[traduction de la rédaction]
 


[ Andrea Riccardi ]