JERRY ESSAN MASSLO

MIGRANTS

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Mémoire le 24 août


Jerry Essan Masslo est né à Umtata en Afrique du Sud, dans l'un des Bantustan assignés aux noirs. Fils de paysans, il s’est marié jeune et a eu trois enfants. Lors d'une manifestation, le père de Jerry est tué, ainsi que l’un des enfants de Jerry, âgé de seulement 7 ans.

À partir de là, Jerry prend la fuite : d’abord par bateau avec son frère, puis seul. Il arrive au Nigeria, où il achète un billet d'avion qu'il paye en vendant sa montre et un bracelet en or. Le 2 mars 1988, Jerry arrive à Fiumicino. Il demande l'asile, mais en ces années, l'Italie ne reconnaît le statut de réfugié qu’aux personnes qui viennent d'Europe de l’Est. La réponse est donc négative. Pendant 4 semaines, Jerry est retenu à l'aéroport. Amnesty International et le HCR entament une longue tractation avec le Ministère de l'Intérieur, au terme de laquelle on accorde à Jerry le permis d'entrer en Italie. Jerry obtiendra par la suite le statut de réfugié par les Nations Unies, et non pas par l'Italie.  Amnesty International entre en contact avec la Communauté de Sant’Egidio pour lui demander d’héberger ce réfugié. C'est ainsi que le 3 mai 1988, Jerry fait partie des premiers hôtes de la Tente d'Abraham, la première maison d'accueil de la Communauté à Rome. On y accueille tout le monde, sans distinction de race ou de religion. Pour la première fois, Jerry fait l'expérience de conditions de vie radicalement opposés à celles de l'apartheid. Il est surpris de pouvoir manger à la même table que les blancs. Avec son style direct, il touche le cœur de tous. Jerry est très apprécié parmi les immigrés. Il joue de la guitare et grâce à la musique, il arrive à créer la communion entre des personnes très différentes les unes des autres.

Jerry fréquente l'Ecole de langue italienne et la mensa de la communauté de Sant’Egidio : il va à l'église baptiste ; c'est un homme très religieux.  Pendant sa rétention à l'aéroport, il avait demandé une bible. En feuilletant la page de cette bible, on comprend que Jerry l’a méditée : certains passages ont été soulignés. Jerry a aussi eu la joie de rencontrer l'archevêque Desmond Tutu, qui rendit visite à la Tente d'Abraham le 26 mai 1988.

Pendant l'été 1989, il se rend avec des amis à Villa Literno pour la récolte des tomates. J'étais allé lui rendre visite, ce qui lui fit très plaisir. Je fus touchée par la désolation de villa Literno. J'avais le sentiment que dans notre pays, la vie était difficile pour beaucoup, mais surtout pour les travailleurs africains qui se cachaient, n'ayant pas le sentiment d'être acceptés.

Le soir du 24 août, dans la maison abandonnée où ils vivaient, Jerry et ses amis sont agressés par des jeunes des environs, venus leur voler un peu d'argent. Jerry s'oppose à ses agresseurs, qui lui tirent dessus et le tuent. Sa mort bouleverse l'Italie. Pour la première fois, les obsèques d'un homme noir sont retransmises par la RAI : le vice-président du Conseil des ministres Claudio Martelli et d'autres autorités sont présents. Les associations et les syndicats se mobilisent. En octobre 1989, à Rome, a lieu la première grande manifestation antiraciste avec la participation de plus de 150.000 personnes. En novembre 1989, Andrea Riccardi écrit : “ le débat sur les immigrés présents dans notre pays s'achemine vers des solutions assez rapides. Paradoxalement, l'assassinat de Jerry Essan Masslo a permis ces avancées.”

La mort de Jerry fut l'occasion de la loi Martelli, par laquelle on élimina la clause géographique : à partir de ce moment, en Italie, il fut possible de demander l'asile quel que soit son pays d’origine. En même temps, il y eut la régularisation des travailleurs étrangers présents en Italie, qui permit de sortir de la clandestinité environ 220.000 émigrés, pratiquement tous africains. En Italie et en Campanie furent créées plusieurs associations portant le nom de Jerry Masslo. En septembre 1989, à Naples, fut inaugurée l'Ecole de langue et de culture italienne de la Communauté de Sant'Egidio portant son nom.

Mémoire de Jerry Essan Masslo, par Daniela Pompei