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Que les flammes de Lesbos réveillent les consciences. Un éditorial d'Andrea Riccardi paru dans Famiglia Cristiana

18 Septembre 2020

Lesbos

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Une entente entre UE, nations, Eglises et ONG est nécessaire pour résoudre un drame aux portes du continent

Le camp de Moria sur l'île de Lesbos a brûlé. Il ne reste que des ruines. Plus de 13 000 réfugiés sont à la rue. Ils errent, déguenillés, sans abri et affamés. Je connais Moria, un camp d'une dureté incroyable: il était notamment entouré d'une masse de tentes "provisoires", destinées à rester longtemps, sous la terrible chaleur estivale et le vent glacial d'hiver.

Ce sont les premières limbes d'Europe, où arrivent des milliers et des milliers de personnes, après des voyages particulièrement difficiles depuis l'Afghanistan, la Syrie, les pays d'Afrique et ailleurs. L'Europe cependant leur échappe des mains, au moment précis où ils y mettent pied. Lesbos, avec ses camps, est un mur: l'Europe est là, mais ils ne peuvent y entrer. Ils restent dans cette situation pendant des mois, parfois des années, un temps qui semble ne pas finir, tandis que le désespoir augmente.

Cet été - également à cause du Covid-19 - des mesures plus sévères ont été prises. Le climat s'est tendu avec une partie des habitants de l'île (dont on n'oubliera pas l'accueil initial ni une certaine bienveillance diffuse).

La pandémie a aggravé la situation. Le camp de 13 000 réfugiés n'est pas loin de la ville de Mytilène, qui compte 37 000 habitants. On comprend les tensions. Les groupes souverainistes hostiles aux migrants ont grandi. Des protestations dures ont eu lieu, les empêchant par exemple de se baigner dans la mer, ainsi que de petits incendies non loin du camp.

Quand en 2018, suite à l'un de mes voyages à Lesbos, je parlai de la désolation humaine des camps au pape François, rappelant sa visite en 2016, son visage manifesta sa douleur: «Une visite ne suffit pas, il faut faire plus!» dit-il. En 2016, sa présence mit en lumière l'existence d'une frontière européenne de la douleur.

La Communauté de Sant'Egidio a passé l'été à Mytilène avec les réfugiés: école, cours d'anglais, nourriture, fêtes, rencontres, entretiens pour identifier les perspectives d'avenir... En outre, toujours pour être à leurs côtés, deux couloirs humanitaires ont été ouverts, ayant conduit en Italie une soixantaine d'entre eux. Le président Macron a donné son accord pour en ouvrir un autre pour une trentaine de personnes. L'Allemagne accueillera une trentaine de réfugiés et, après l'incendie, d'autres encore. L'archevêque du Luxembourg a accueilli deux familles et, en tant que président de la COMECE, qui réunit les Eglises catholiques de l'UE, a sollicité les conférences épiscopales à prendre en charge le drame de Lesbos.

Les flammes, cependant, réveillent les institutions de tout type, endormies ou distraites face à ce drame aux portes de l'Europe. Celui de Lesbos semble un incendie volontaire. Qui l'a fait ? Pour le moment personne ne le sait. Ce pourrait être des hôtes du camp. Ou peut-être d'obscurs intérêts. Ou encore la seule colère. C'est en tout cas la conséquence d'une situation impossible à tenir, qui a fini par exploser.

Une alliance de personnes "de bonne volonté" est nécessaire pour remédier à une situation gangrenée: Union européenne, Etats, Eglises, organisations humanitaires et tant d'autres. On ne peut décharger le problème sur la Grèce, ni attendre un autre incendie. Mais déjà se dessinent quelques "non" de la part des pays européens de l'Est et de l'Autriche.

Comment pouvons-nous continuer à nous appeler Européens, quand tant de douleur s'accumule à nos frontières et que nous détournons le regard ?

Editorial d'Andrea Riccardi paru dans Famiglia Cristiana le 20/9/2020

Traduction de la rédaction